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31/05/2009 12h00 Intéressant, mais il manque bon nombre de brillants batteurs à l'affiche tels que les illustres Michael Shrieve de Santana, Robert Wyatt de Soft Machine ou encore le français Christian Vander du groupe Magma.. Il est vrai qu'actuellement, il est rare d'entendre des rythmiques de batterie très recherchées, en dehors du jazz évidemment; probablement à cause des maisons de disques qui ne recherchent ni risques ni créativité en leurs artistes. Ou alors, il s'agit de la tendance actuelle. Disons que cela passera alors...
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LES BATTEURS Eloge
Merci à Gérard SraïkiMikaël Demets pour Evene.fr - Juin 2007 - Le 03/07/2007
« LES BATTEURS »
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Méconnus, incultes, poilus même, les batteurs sont, malgré leur image de barbares, aussi indispensables au rock que ce prétentieux de guitariste soliste ou ce flambeur de chanteur maquillé. Pour contrer les préjugés et la condescendance habituelle qui affectent ces marteleurs, chantons ensemble une ode aux batteurs.
Le batteur, dans un groupe, c’est le type interchangeable qui tape, au fond là-bas. On le voit à peine. On ne connaît pas son nom. On louera inévitablement sa régularité - même si un batteur irrégulier ça n’existe pas - et, s’il tape fort, sa puissance. Rarement plus. Son art paraît souvent plus proche de la performance physique que de la musique. Dans l’imaginaire collectif, au mieux, il est une sorte de métronome qui, parfois, fait le spectacle. Au pire, un bourrin tout juste civilisé, incapable de lire la musique, suant et bestial. Pourtant, il semblerait que les batteurs aient une âme.
Sur scène
Soir de concert. La chaleur écrasante des projecteurs sur le crâne. Caché par les cymbales scintillantes, le batteur galère : il n’a que quelques secondes pour resserrer le pied de ce tom qui s’éloigne dès qu’on tape dessus. Pour une fois, les bavardages du chanteur l’arrangent. Enfin, la chanson va commencer. La préférée des fans, tant attendue. Immanquablement, la plus ennuyeuse à jouer pour lui. Elle plaît parce qu’elle est simple. Pas la place pour autre chose qu’une rythmique basique. Le guitariste, lui, y place son solo. Facile : le batteur est derrière lui, garant de l’ordre et du tempo. L’autre peut faire ce qu’il veut avec sa six-cordes, son parachute rythmique est en place. Le chanteur s’égosille, le public hurle sa joie et se met à taper dans les mains en rythme. “La ferme !”, pense l’homme aux baguettes. Les milliers de mains ralentissent, accélèrent, se décalent… Un beau bordel pour garder la pulsation. Heureusement les gens se fatiguent, et le batteur retourne à sa rythmique. Et s’ennuie...
Age d’or
Il repense à cette salle électrique, ce concert de 1964, lorsque le batteur des Detours se fait déloger par un jeune gars de 17 ans monté sur scène pour prendre sa place. Le mythe du batteur de rock est né. Keith Moon s’installe, les Detours deviennent les Who, et désormais il va falloir attacher la batterie à un poteau tant le petit nouveau tape fort. Avec son jeu outrancier, agressif, violent, excessif, Moon devient le premier batteur star. Joueur d’exception, infatigable et fou, il vit comme il tape : la légende des rockeurs qui dévastent leur chambre d’hôtel est née avec lui (interdit à vie dans la chaîne Holiday Inn). Relevant tous les défis idiots, il avale un jour un calmant pour cheval et s’évanouit en plein concert. Beau gosse du groupe, il est l’égal des autres, aussi célèbre qu’eux.
Dans son sillage arrive son compagnon de beuverie John Bonham, batteur de Led Zeppelin - nom d’ailleurs trouvé par Moon comparant la lourdeur de leur musique à un zeppelin en plomb (“lead zeppelin”) s’écrasant. Tout aussi puissant, plus carré, le barbu a droit pendant les concerts du plus grand groupe des années 1970 à des solos de 20 minutes (peut-être plus épuisants pour le public que pour lui). Leur batterie est à la hauteur de leur démesure : Moon rajoute une deuxième grosse caisse à son instrument qu’il prend plaisir à martyriser ; Bonham y joint lui deux timbales ou un énorme tam-tam (1). Ces deux-là sont des stars planétaires, et finissent d’ailleurs comme telles : overdose de médicaments pour le Who en 1978 (32 cachets dans l’estomac), noyade dans son propre vomi pour le barbu de Led Zep en 1980.
Anonymat
Depuis, le batteur semble être devenu un type interchangeable, sans réelle personnalité ni influence sur le groupe. Incolore, inodore, presque étranger. D’ailleurs on ne verra jamais un journaliste interviewer un batteur : pourquoi ce type aurait-il quelque chose à dire sur le groupe ? La déferlante actuelle du rock anglais inaugurée par Franz Ferdinand a stéréotypé le rôle de l’homme du fond : ouverture régulière du charleston pour l’effet disco dansant, jeu rapide, régulier et mécanique, sans la moindre place pour les breaks. La technique est irréprochable, l’endurance est là. La folie, la créativité, la musicalité paraissent par contre secondaires. Sans sombrer dans la nostalgie, le manque de considération actuelle envers les batteurs est bien réel. Déjà placé en retrait sur scène, le batteur a vu l’écart avec la façade du groupe se creuser à cause de l’arrivée du clip. Relégué en arrière-plan, encore plus petit au fond du petit écran, il ne participe plus à l’image du groupe, dominée par le chanteur, voire le guitariste.
Dans ces conditions, le batteur a peu à peu disparu. Aujourd’hui, très peu sont (re)connus. Parce qu’il est passé au chant avec Genesis, Phil Collins fait partie du gotha du rock, mais beaucoup auront sans doute oublié qu’il fut avant tout batteur. Lars Ulrich de Metallica, qui participe pleinement aux créations du groupe, reste cantonné au public metal. En France, Manu Katché fait la couverture de Télé 7 Jours grâce à la ‘Nouvelle Star’, mais personne ne l’a vu jouer - à tort vu son impressionnant talent. Denis Barthe, le chauve de Noir Désir, est d’autant plus reconnaissable qu’il a diversifié ses activités, en se tournant vers la production notamment.
En réalité, il ne reste plus qu’un seul batteur star, et il se nomme Dave Grohl. Son rôle de chanteur-guitariste chez les Foo Fighters a joué, bien sûr : pour être connu il faut être plus qu’un batteur. Héritier de l’aura incroyable de Nirvana, Grohl a poursuivi une carrière exemplaire. C’est lui que les Queens of the Stone Age appellent pour faire de ‘Songs for the Deaf’ un chef-d’oeuvre tiré par une locomotive dévorante. De même, Jack Black et ses Tenacious D., Killing Joke ou Juliette Lewis l’appellent à la rescousse si besoin. A part lui, seuls des musiciens de jazz comme André Ceccarelli ou Daniel Humair peuvent mettre leur nom en gros sur des pochettes. Les autres restent dans l’ombre.
Enfance difficile
Dans cette ombre qui grandit au fur et à mesure que les lumières baissent. La musique ralentit. Puis arrive la note finale, sur laquelle le batteur se défoule lourdement. Pourquoi les batteurs ont-ils souvent cet insupportable défaut ? Parce qu’ils peuvent enfin taper. Comme ils veulent. Libres. Quelques spectateurs montrent, à juste titre, des signes d’agacement en voyant s’éterniser cette apothéose. Mais s’ils savaient, ils laisseraient faire. Car le batteur a eu une enfance difficile. Tous les batteurs, riches, pauvres, chauves, gros ou orphelins, auront eu la même enfance. D’abord, il leur faut une batterie. C’est cher, même très cher si l’on veut des cymbales, mais surtout ça prend de la place. Beaucoup de place. Ensuite, qui dit batteur dit bricoleur. Savoir régler une batterie, c’est déjà pas mal, mais la monter, réparer une pédale, remonter un timbre ou changer une peau, c’est un métier. Reste ensuite LE dilemme du lieu de répétition. Trouver un endroit où les voisins n’appelleront pas les flics. Puis y transporter la batterie. La démonter, la porter (“Quelqu’un m’aide ?”), la mettre dans la voiture (des parents), la sortir, la remonter. Draguer les filles au coin du feu avec une guitare c’est facile. Avec une batterie, mieux vaut organiser le plan deux semaines à l’avance.
Ne parlons pas des dizaines de paires de baguettes cassées, capables de vous ruiner rapidement. Et puis ce tic de taper tout le temps, partout, avec n’importe quoi, vaut au batteur en herbe des bordées d’insultes de son père/frère/mère/collègue/voisin stressé par le bruit (à taper sur une table avec un stylo, c’est pourtant fou ce qu’on apprend). Dans ce monde hostile, au milieu des autres élèves du conservatoire qui tiennent la batterie pour un non-instrument loin de la noblesse d’un violon ou d’un piano, le batteur progresse pourtant. Quand il sera grand, sur scène, ce sera à son tour de se moquer du violoniste qui n’attirera qu’un public de cinquantenaires. Le batteur, lui, se ramassera les jeunes filles qui auront succombé à son côté sauvage (et/ou mystérieux).
Mais qui es-tu vraiment, toi, batteur ?
Le public rock’n’roll aime quand le batteur joue vite et fort. Sans savoir que le plus difficile, c’est de faire des nuances et de placer ses coups. D’inventer sa batterie. Beaucoup de frappeurs actuels ont un style semblable, ce qui ne veut pas dire que les batteurs sont morts. Moon, Bonham et les autres ne sont que des exceptions et le resteront. Le batteur a toujours vécu dans l’ombre des frontmen que sont le chanteur et le guitariste, et s’en accoutume. L’injuste condescendance à son égard, il sait l’oublier. Il a conscience d’être la base du groupe, celui sur qui tout repose, celui sur lequel on se place. C’est le batteur qui fait monter la mayonnaise, tout cuisinier le sait. D’ailleurs, des Who aux Clash, une multitude de groupes n’ont décollé qu’après avoir trouvé le bon batteur. Et à l’inverse, Moon mort, Bonham mort ou le Clash Topper Headon écarté pour ses problèmes de drogue ont tous sonné le glas, réel ou artistique, de leur formation. On pourrait aller plus loin : finalement, il n’existe pas de mauvais batteur. “Si notre batteur avait été bon, nous n’aurions jamais été les Cure”, a déclaré un jour Robert Smith. Le batteur fait le groupe. De la même manière, une Meg White, au jeu plus que basique, carrément débutant et minimaliste, a fait le son brut des White Stripes. Le batteur ne mérite décidément pas sa place dans l’ombre. Ombre dans laquelle le rejoint souvent le bassiste, presque aussi mésestimé que lui (à part que lui sait lire les notes). Mais ça, c’est une autre histoire…

(1) Ce que l’on appelle généralement, à tort, un gong. Or un gong correspond à une note précise, alors que le tam-tam est une grosse cymbale (derrière Bonham sur la photo).
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