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INTERVIEW D’ELISA TOVATI Trop bulle pour toi !
Propos recueillis par Fanny Dutriez et Rémy Pellissier pour Evene.fr - Novembre 2006 - Le 24/11/2006
On connaît Elisa Tovati comédienne (Chochana Boutboul, fiancée de José Garcia dans le deuxième volet de ‘La Vérité si je mens !’). On connaît moins Elisa Tovati chanteuse. Pourtant, après ‘Ange étrange’ en 2002, elle sort cette année son deuxième opus, ‘Je ne mâche pas les mots’.
Rencontrer Elisa Tovati est un véritable plaisir. Comme toute personne normalement constituée, nous sommes tombés sous le charme de la jeune femme, à peine âgée de 30 ans. Pétillante, drôle, jolie, talentueuse, sans tabou, elle “ne mâche pas les mots”… Et c’est tant mieux !
On te connaît actrice. La chanson, c’est une passion de toujours ou un petit coup de folie ?
Pas du tout un coup de folie. C’est une passion depuis toujours. Je me demande même si ce n’est pas arrivé avant la comédie. Le seul truc, c’est que j’ai eu très vite des rôles au cinéma avec un casting à 15 ans pour ‘Macho’, le film de Bigas Luna qui a marché. Ca m’a emportée très vite. Et puis tant mieux : maintenant que j’ai trente ans, je me rends compte que, pour la musique, il faut du temps pour savoir où on veut aller, qu’est-ce qu’on veut dire… Si c’est pour faire comme tout le monde, c’est dommage ! Les deux ont grandi en moi. Ca a pris du temps pour la musique, mais les deux ont pris leur place naturellement, en tout cas.
Tu as décrit ton premier album comme “lisse et consensuel”. Qu’est-ce qui a été différent au niveau de la conception, puis au niveau du résultat pour le deuxième ?
Tout a été différent. D’abord, j’avais cette envie incroyable de chanter, mais j’avais du mal à savoir quel style, ce que je voulais exactement. A l’époque, j’avais super envie de chansons un peu romantiques. Je l’ai fait. Je me suis entourée d’auteurs compositeurs super, mais dans un style assez variété française, assez classique. Vraiment des chansons qui auraient pu aller à n’importe qui. Mais c’était proche de ce que je ressentais, de ce que j’étais à 20 ans. Ca prouve que j’ai pas mal changé… Les bouchons ont sauté ! J’ai fait ce premier album. Je ne le renie pas, au contraire. J’étais vraiment à fond dans ce que je faisais. Et puis avec le temps, avec la compréhension du métier, de comment ça marchait, je me suis dit que, si je refaisais un album, je voulais l’album de la liberté. Je ne voulais plus de choses consensuelles. J’avais envie de m’assumer comme j’étais. Mettre plus en avant mes défauts que mes qualités. Etre cash… Entre le premier album et ce que j’étais dans la vie, il y avait un décalage. Je suis une fille qui ne mâche pas ses mots, assez rigolote dans la vie. J’avais vraiment envie d’être ça sur le disque… Et c’est pas facile ! Tant qu’on n’est pas filmé, être naturel est facile. Mais dès que les caméras s’allument, c’est plus pareil… Ca a été une recherche aussi. J’ai vu un psy. Cette thérapie m’a donné plein de thèmes de chansons. Le fait de vouloir faire un album sans producteur, sans maison de disques, sans rien, aussi. L’avancer jusqu’au bout toute seule. J’ai pris toutes les responsabilités. Ca n’a pas été facile. On a fait des maquettes dans des conditions dures. Financièrement, c’était difficile. Mais je ne voulais pas qu’on change une virgule de ce que j’allais faire. Je me suis dit “C’est comme ça et c’est tout.” On aime ou on n’aime pas. Je serai signé ou pas, mais ça sera ça. Du coup, je suis extrêmement heureuse maintenant parce que j’ai signé, et je n’ai pas eu à faire de concessions.
Dans ton disque, tu abordes des thèmes qu’on ne trouve pas partout : la masturbation féminine, la boulimie… Des sujets assez tabous ! Tu es à l’origine de ces choix, ou c’est le parolier Vincent Baguian qui te les a proposés ?
Rien n’a été écrit. J’avais des idées de thèmes, quand j’étais chez mon psy. Genre pourquoi dès que j’ai une peine de coeur, je vide le frigo dans tous les sens. Pourquoi je me fous d’avoir un mec dans ma vie, mon canard et mon Hydragel me suffisent. Quand on est avec son psy, il n’y a pas de pudeur. Et je me suis dit “Si je pouvais avoir ce ton-là, si je pouvais dire tout haut ce que les gens pensent tout bas, avec intelligence et finesse...” Il n’y en avait qu’un pour faire ça, c’était Vincent Baguian. Je pense que j’aurais donné la masturbation à n’importe quel imbécile auteur de textes poubelles écrits en quatre minutes, ça aurait été pathétique… Je savais que j’étais face à un mec qui était génial. Donc j’en ai profité. Mais ça ne marche que quand on est face à des gens qui ont beaucoup d’esprit, qui ont une très jolie patte. Mais ça n’a pas été gagné tout de suite, parce qu’il ne voulait pas écrire pour les filles. Je lui ai dit que j’avais les thèmes. On a fait une espèce d’accord. Je lui ai donné les thèmes, il écrivait, mais je n’avais pas le droit de dire non. Je ne devais pas m’autocensurer sans avoir essayé. Pour ‘Cinq minutes pour moi toute seule’, par exemple, on s’est mis à faire un peu ma psychothérapie. On a parlé sexualité. Puis masturbation. Il m’a dit OK, j’écris là-dessus, mais tu y vas, chiche ! J’ai reçu le texte, j’ai flippé. Je ne voulais pas le faire. Il m’a dit d’essayer. Je l’ai fait, mais à contrecoeur… Je ne peux pas vous dire que tout s’est fait tout seul… “Que pour moi, que pour ma gueule”… On peut peut-être changer cette phrase, juste celle-là ? Non ? (rires) Finalement, je suis contente de l’avoir fait, ça ne me gêne plus du tout, en fait !
La rencontre avec Vincent Baguian s’est passée comment ?
Ca s’est super mal passé. Il est plutôt hyper strict. Quand on est intelligent, les cons nous font chier… Quand il a écouté mon premier album, on ne peut pas dire qu’il jubilait. Sa fille l’écoutait en boucle, il me maudissait… (rires) Finalement, on est devenu amis. Les rapports humains ont compté énormément. Il a compris qui j’étais. On s’est super bien entendus. C’est né comme ça. Mais ce n’est pas quelqu’un qui s’ouvre facilement, encore moins pour donner ses textes.
Par rapport à toutes ces collaborations, autant pour les compositions et pour l’écriture que pour les invités qui chantent sur ton album, c’est toi qui démarchait les gens ?
J’ai démarché, mais j’ai galéré. J’avais une idée tellement précise, j’ai passé des heures à expliquer, à faire écouter, à me battre pour que ces gens-là soient vraiment sur cet album. Ca a été un boulot non-stop pendant un an et demi, tous les jours. J’ai aussi rencontré plein de personnes qui ne convenaient pas. Moi aussi, les différentes versions de mes textes… Le nombre de fois où on a jeté des musiques et recommencé ! C’est un truc de fou. J’ai plein d’archives à la maison… En CD, en chansons… C’est génial, finalement. Mais il y a eu des moments de découragement. On a eu vingt-trois chansons, on en a choisi treize, et je suis super contente…
Pendant cette période, tu as fait un break par rapport au cinéma ?
Je faisais des breaks quand les caisses étaient pleines. Dès que je n’avais plus de sous, je retournais tourner. J’ai fait quelques rôles sympas, des téléfilms, des films… Je n’ai pas travaillé à outrance, j’avais la tête très prise, mais j’ai quand même tourné…
C’est un album qui s’adresse essentiellement aux filles. La chanson qui parle le plus de toi, qui t’illustre le mieux ?
‘Au fond de mon bain’, parce que je me suis rendu compte que j’avais un TOC, les bains. J’en prends deux ou trois par jour… Quand je suis dedans, je déconnecte, je m’apaise… ‘Dormir avec toi’. Je me suis sentie très angoissée à l’idée de me coucher pendant un moment. J’avais l’impression que c’était vraiment une petite mort. Je regardais la télé, je surfais sur le Net, je clopais… Je ne savais plus quoi faire pour ne pas aller me coucher… ‘L’Ennui’. Des moments sans casting, sans boulot… Je suis une boulimique de la vie donc les moments où il n’y a rien, c’est insupportable. ‘Je compense donc je suis’, mille fois, cent milliards de fois… Pendant trois ans j’ai été célibataire… ‘Cinq minutes pour moi toute seule’, mille fois… (rires) ‘Un garçon facile’, j’y ai pensé cent mille fois. Après avoir interprété le personnage de Chochana Boutboul, j’étais la bimbo dans l’esprit des gens, en plus… Les gens s’imaginent que ce que tu es dans un film te ressemble dans la vie. C’est très réducteur, ça me rend hystérique ! Donc je voulais me venger, utiliser les garçons comme ils m’utilisaient… (rires) Le foot, le psy, tous les thèmes parlent de moi. Ce disque, c’est moi ! Il est particulièrement proche de moi.
Tu as fait la première partie de Marc Lavoine au Zénith. La rencontre avec le public s’est passée comment ?
In-croy-able ! J’étais morte de trouille, ce qui est compréhensible. J’avais un peu tourné avec Marc dans les Zénith en France, j’avais un peu d’expérience… Mais je me suis fait choper par ce public incroyable… Les premières parties, on n’est pas attendu, ce n’est jamais facile. Là, je suis arrivé, j’ai eu un public hyper attentif. Ils tapaient des mains. Ils chantaient avec moi. Ils m’ont fait une standing ovation. Ce qui est fantastique ! Je crois que ça restera le plus beau souvenir de ma vie, avec mon mariage.
D’où vient l’idée d’organiser un concours de textes sur ton site web ?
J’ai tellement galéré pour trouver des auteurs doués que je me suis dit qu’il y en avait forcément cachés quelque part. Je ne voulais pas être la centième à chanter les textes de… je tairais les noms. (rires) J’ai eu cette idée de concours d’auteurs. En plus, j’avais des thèmes que je n’avais pas eu le temps de développer, donc je les ai mis. Je pensais en avoir 150 ou 200 textes. On en a eu 1.500 ! Ce qui prouve qu’il y a plein d’auteurs géniaux en France… J’ai agrandi le concours. Le gagnant va avoir son texte mis en musique par Vincent Baguian et enregistré. Les vingt suivants vont gagner des CD. Je vais faire un recueil avec les autres, pour les faire éditer et que d’autres artistes puissent piocher dedans. Ca va donner l’opportunité à plein de gens de se faire connaître, et ça c’est super !
La question qui fâche… Chochana Boutboul, encore maintenant ?
Je pense que ça me poursuivra jusqu’à ma mort… (rires) Tu sais, c’est comme une énorme croix que tu portes sur toi. Je l’accepte. C’est pas tous les jours facile. D’un autre côté, elle m’a probablement aidée… Pas au quotidien, mais vis-à-vis des médias, très certainement. Si ça reste un rôle, c’est bien, si on s’imagine que je suis comme elle, c’est dommage !
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Elisa Tovati
Actrice et chanteuse françaiseNé à Paris Né le 23 Mars 1976Née d'un père marocain et d'une mère russe, Elisa Tovati suit le cours Florent pendant deux ans avant de coprésenter l'émission de télévision 'Y'a pas de lézard' au début des années 1990....
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