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ENTRETIEN AVEC FABIEN MARTIN Le rose et le noir
Ariane Beauvillard pour Evene - Décembre 2004 - Le 15/12/2004
Après la sortie de son premier album intitulé 'Ever everest', le chanteur Fabien Martin a accepté de répondre à nos questions : entre malice des mots et humeurs de l'existence, on découvre un artiste en demi-teinte.
C'est votre premier album, comment l'avez-vous conçu ?
J'ai l'écriture difficile en ce qui concerne les mots, et non en ce qui concerne la musique. Je ne pense pas être original quand je dis cela car c'est le cas de plein d'auteurs-compositeurs-interprètes. La musique est une chose qui vient toute seule en général, qu'on ne contrôle donc pas ; on ne maîtrise pas grand-chose en fait. Pour le texte, en général, il y a deux phrases qui arrivent toutes seules : le travail commence vraiment là. Si on veut faire des choses qui ont l'air un peu intelligentes, et sensibles à mettre sur de la musique, il ne faut pas tout gâcher.
C'est un album assez sombre. On a, à son écoute, l'impression d'une soumission des différents narrateurs aux événements.
Je ne suis pas d'accord. C'est un mélange entre la tristesse et l'espoir. Je vois ça comme ça. J'essaye de ne pas sombrer, de ne pas entretenir, de ne pas me complaire dans la morosité. Ca fait partie de la vie, donc j'en parle. Mais une autre chose fait partie de la vie, c'est l'espoir, le désir de s'en sortir. C'est cela qui m'intéresse. J'adore Houellebecq par exemple. J'adore le lire, mais je ne pourrais pas écrire que des choses sombres. Cela me remplit un petit peu mais j'ai besoin d'ouverture. La première chanson, 'Même si', parle de cela : même s'il y a des choses difficiles, un peu exagérées peut-être... 'Ever everest' est pareil.
Et 'L'Instant volatil' ?
C'est sûr qu'il n'y a pas tellement d'espoir, mais 'L'Instant volatil', c'est un moment parmi d'autres.
Il y a un sujet qui vous tient visiblement à coeur : la femme. Est-ce une source d'inspiration exceptionnelle ? Comme les histoires d'amour ?
Oui, voilà, ce n'est pas la femme. Je suis assez obnubilé par les rapports, pas seulement avec les femmes mais avec les gens en général. C'est quelque chose qui me préoccupe depuis que je suis môme en fait. Mais ce sont des prétextes pour donner son point de vue, sa vision de la vie. Alors évidemment, les relations homme-femme, c'est une grande partie de nos vies. Et heureusement car sinon il n'y aurait plus d'espèce car c'est comme cela que l'on se reproduit quand même... Il n'y a ceci dit pas que cela qui m'intéresse : je pourrais parler de la cuisson de la betterave dans mes chansons mais ça n'intéresse pas beaucoup de monde. Ce n'est pas le sujet l'important, c'est la façon dont on le traite.
L'écriture de vos chansons est-elle un exercice poétique ?
Je ne suis pas un poète, je ne suis pas un intellectuel, je ne suis pas un littéraire. J'aime bien la musique des mots, mais je ne revendique pas cela. J'aime les trucs un peu immédiats, qu'il y ait à la fois quelque chose d'immédiat et du double sens ; que, quand on écoute une chanson pour la troisième ou quatrième fois, l'on découvre encore des choses. Je n'ai pas envie que cela ait l'air tarabiscoté, sinueux. Ca peut le devenir, je commence à écrire des choses qui peuvent être plus mystérieuses, un peu selon une écriture automatique. Je fais très attention à ce que j'écris, mais j'ai envie que cela semble naturel.
Et les jeux de mots, les images ?
Il faut éviter les jeux de mots... jeux de mots, jeux de vélos !
Paris est-il un lieu particulier pour vous ?
La femme est le côté intérieur, la ville le côté extérieur ; j'aime bien les jeux de miroir, les deux côtés d'une barrière, à la fois noir et blanc, souffrance et joie, j'aime l'ambivalence. Je parle de Paris parce que j'y vis. Si j'habitais à Valenciennes ou à Saint-Nom-la-Bretèche, je parlerais de ces villes. Murat parle de l'Auvergne, il habite dans le Cantal, il ne parle pas de Paris.
Du point de vue strictement musical, on reconnaît des tonalités de Souchon, par exemple, et de jazz : dans l'ensemble, le spectre est assez large, d'une chanson comme 'A la campagne' à 'La Tzigane'...
J'ai toujours aimé me remplir de sources différentes, j'ai écouté tellement de choses différentes que c'est devenu naturel de mettre une certaine variété dans ma musique, au sens "divers", pas "formatage". Pour ne pas être une seule forme de la première minute jusqu'à la quarante-sixième. Je n'ai pas envie d'entendre toujours la même chanson ; pourtant cela donne une chose homogène. Mais c'est un mélange. La variété aujourd'hui n'a jamais été moins variée, elle est très uniforme, formatée. La variété au sens populaire du terme ne me dérange pas : celle de qualité comme Delpech à l'époque, Souchon. Si la variété se compose de "comédies musicales", là elle devient un problème ! J'adore tout ce qui est chanson française, toute la musique américaine m'a marqué, le jazz, la soul, Stevie Wonder... Tom Waits que j'adore, Lou Reed que j'ai découvert il n'y a pas longtemps, Johnny Cash, le rock... j'aime vraiment ces univers-là. En somme, c'est Ménilmontant et Manhattan.
Dans l'univers musical français d'aujourd'hui, y a-t-il des artistes que vous appréciez particulièrement, hors des comédies musicales donc ?
J'adore Franck Michaël par exemple... J'adore les gens qui ont un univers. Il faut une musique et des textes, je n'aime pas que l'on mette la musique trop de côté. C'est pour cela que j'aime les mélodies, le travail sur le son, chez des gens comme Mathieu Boogaerts, M, c'est à la fois varié et particulier... comme Clarika, Florent Marchet. J'adore aussi Mano Solo, Arthur H, Bashung...
La scène est-elle pour vous une étape obligatoire ?
Ce que j'aime dans ce métier, c'est qu'on ne fait jamais la même chose. Un jour on est chez soi, enfermé, à écrire comme dans un laboratoire, puis après on expire tout cela sur scène. Je n'aime pas plus la scène que le studio, j'aime que cela change tout le temps. La scène, c'est chez moi, j'y ai l'impression de pouvoir tout me permettre. Comme dans la vie. J'ai fait la première partie de Cabrel : c'était un accueil génial parce que le public de Cabrel est très attentif, assez expressif... sur dix dates en province et au Casino de Paris. Je ne connaissais que le Casino de la rue de Ménilmontant, donc j'étais content d'aller au casino de Paris.
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11/02/2012 08h50 geniale! j'aimeeeeee
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