Le Figaro
  • « François Floret : « À La Route du Rock, les groupes ne passent pas avant Yannick Noah » »

    Soyez le premier à ajouter cet article à vos favoris

    Ajouter à mes favoris
    Votre espace personnel sur Evene.fr vous permet de découvrir du contenu culturel qui vous correspond. L'espace personnel, c'est un moteur de recommandations selon vos goûts.
    Ajouter à mes favoris 0

François Floret : « À La Route du Rock, les groupes ne passent pas avant Yannick Noah »

Propos recueillis par Manuel Delort - Le 09/08/2012

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
0 avis
  • Membres (1)  
François Floret : « À La Route du Rock, les groupes ne passent pas avant Yannick Noah »

C’est LE rendez-vous estival de la scène indépendante. Du 10 au 12 août à Saint Malo, la Route du Rock préfère les artistes pointus aux têtes d’affiche (Dominique A, The XX et The Walkmen tout de même). Son directeur et co-programmateur François Floret revient sur des choix qui peuvent surprendre mais qui restent complètement assumés. Rencontre.

Rien à voir avec Les Eurockéennes ou les Vieilles Charrues. À Saint Malo, le public de connaisseurs ne fredonnera que de l’indie. Pour la plupart des groupes (encore) peu connus du grand public mais qui commencent à percer (Breton, Yeti Lane, Egyptology, etc.). Cette recherche d’exclusivité a un prix, celui de la qualité, et a fait de ce festival l’une des places fortes de la musique des petits labels. Parmi les 30 artistes programmés, peu de français et encore moins de têtes d’affiche. Le pari semble risqué mais François Floret, l’assume complètement. 

 

© Route du RockFrançois Floret, libre programmateur, © Route du RockCette année, une bonne partie des groupes que vous programmez ne tournent pas dans les autres festivals d'été. Est-ce que cette volonté d’exclusivité ne représente pas un risque financier ?

Cela ne vient pas du tout d’une idée snob, histoire d’avoir des groupes que personne n’a. On est loin de ce débat. C’est un concours de circonstances, une coïncidence je dirais. On programme d’abord avec le cœur. Si un groupe nous plaît et qu’il fait deux ou trois autres dates, on s’en fiche. Après, ça dépend des groupes, c’est au cas par cas. Si une tête d’affiche nous réclame un cachet trop élevé, alors on va demander à l’agent de baisser la note. La seule chose qui nous intéresse, c’est la qualité du groupe. Qu’il joue ailleurs ou pas, on s’en moque. Après, le constat est peut-être de se dire qu’il n’y avait pas de bons groupes à tourner cet été ailleurs ! Il a fallu qu’on aille chercher des artistes qui n’étaient pas forcément disponibles. Alors oui, ça coûte plus cher, mais ce sont des groupes qu’on reverra sans doute plus tard à la rentrée en France. Et, à mon avis, cela coûtera beaucoup moins cher à ceux qui vont les produire à ce moment-là. 

Vous n’avez pas peur de paraître trop élitiste ?

On s’en fiche, en réalité. Certaines personnes nous taxent d’élitistes, c’est vrai. Nous souhaitons juste programmer les groupes qu’on aime dans un environnement agréable et un lieu magique, le Fort de Saint-Père. Ce n’est pas le monde des Bisounours, mais nous n’avons pas l’ambition de faire un festival branché, ou au contraire, agir pour ne pas paraître trop branché. Il n’y a pas de calcul.

© Young Turks2012, le retour de The XX, © Young TurksContinuer à programmer « avec les tripes », ce n’est pas un luxe étant donné le contexte difficile ?

Tout à fait et je pense qu’on va en pâtir ce week end, puisqu’on prévoit déjà une baisse de fréquentation. C’est clair qu’on va se reposer la question quinze fois par jour, en se disant « à quoi bon ? », puisque ça ne suit pas. Jusqu’à présent, c’est un luxe qu’on pouvait se permettre, là j’ai l’impression qu’on pourra moins se le permettre à l’avenir. Les préventes sont catastrophiques, et il faudra peut-être revoir les choses.

Jusqu’à repenser la ligne artistique ?

Non, ça ne changera pas. Si on commence à y toucher, le festival est mort. La Route du Rock gardera son identité jusqu’à la fin de ses jours. Tant que je serai là en tous cas (rires) ! Mais le format pourrait changer. Si on enregistre toujours moins d’entrées, il faudra revoir la formule, paramétrer le site d’une autre manière, ou l’organiser ailleurs. Mais il est trop tôt pour le dire. Enfin, il y a quand même de bonnes chances qu’on se prenne un gros bouillon.

L’augmentation des cachets des artistes met-elle en péril un festival comme le votre ? 

© Cinq7Dominique A revient pour la quatrième fois à Saint Malo, © Cinq7On a mis le paquet sur certains groupes, mais cela reste le strict minimum pour les artistes, c’est ça qui est triste ! Je pense notamment à Chromatics avec qui il a fallu longuement insister avant d’avoir une réponse positive. Le niveau de cachet est devenu énorme. Même quand on le multiplie par trois, ça ne suffit pas. C’est le système de l’offre et de la demande, on est sur un marché mondial. Alors certes, on se fait plaisir, mais on a la tête sur les épaules, il faut qu’on ait un minimum de public pour que l’affaire perdure. Alors oui, il nous faut des artistes comme The XX ou Dominique A. Hélas, pour The XX, on s’est un peu fait avoir : leur deuxième album, qui devait sortir en juin, sort finalement en septembre, donc on ne profite pas de la promo. Quant à Dominique A, il a écumé pas mal de salles, et fait complet à chaque fois ! Pour nous, ça nous a paru évident de le programmer dans deux lieux, le Fort de Saint-Père et le Palais du Grand Large. Ce qui est étonnant, c’est qu’il affichait complet partout, sauf chez nous. Je ne sais pas si nous somme maudits ou si nous pâtissons de la baisse globale de 30% de l’économie bretonne cet été. 

La Route du Rock a bonne réputation auprès des artistes qui y passent. Comment expliquez-vous qu’ils s’y sentent bien ?

Chez nous, ils se retrouvent un peu comme dans une famille. Ailleurs, beaucoup d’artistes prennent l’avion, jouent et s’en vont, sans savoir vraiment où ils se sont produits. Ils sont bien trop souvent accueillis de manière strictement professionnelle : on va respecter leur fiche catering (le programme des artistes en dehors de leur prestation, le nombre de bouteilles de vin et le type de menu, entre autres, ndlr). Chez nous, il y a un petit plus. Déjà, une cohérence dans la programmation, qui est homogène et unique. Les artistes n’ont pas l’habitude de ça. Certains, ailleurs, pourraient très bien jouer avant Yannick Noah. Ce qui n’est pas toujours très cohérent avec ce qu’ils défendent sur scène. Donc arriver sur un site où ils connaissent et apprécient presque tous les groupes fait qu’ils se sentent en famille. Chacun va voir les concerts des autres et les artistes échangent des idées. Pour eux, c’est comme une petite chapelle qui résiste et le bouche-à-oreille fonctionne. Beaucoup de groupes parlent de nous en bien quand ils rentrent chez eux.

Pour cette 22e édition, on compte dans la programmation beaucoup de musique électronique, mais aussi du folk. Et ce n'est pas nouveau. La Route du Rock est-elle devenue La Route de l’indie

© InfestiousAlt-J, l'une des révélations indé de l'année, © InfestiousEn effet, cela fait longtemps qu’on ne programme plus uniquement de la Brit pop. Cela part dans toutes les familles de ce qu’on appelait avant la musique indé. De toute façon, le nom de ce festival, je le déteste ! Et ça fait des années que je le dis. C’est un jeu de mots bidon par rapport à la Route du Rhum. J’ai jamais vu un nom aussi minable que le nôtre. Mais les gens sont habitués. J’ai même envisagé à un moment de changer de nom : Indie Way of Life, qui me paraissait beaucoup plus cohérent. Parce que toute l’année, on a droit à des groupes qui nous appellent et nous envoient des démos, soi-disant parce qu’ils font du rock, mais en fait c’est du Téléphone. 

Cet été, vous avez programmé plus de formations françaises que dans les précédentes éditions, mais cela reste une minorité : sept sur trente groupes. La scène française ne vous emballe toujours pas ? 

On ne fait pas de racisme anti-français. Mais ce qui se passe aux États-Unis, par exemple, me semble beaucoup plus inventif. Et souvent, ce qu’on retrouve en France s’inspire énormément de ce qui se fait là-bas. Je pense notamment à Yeti Lane qui a sorti un album phénoménal, l’un des meilleurs albums français de l’année selon moi. C’est du Granddady tout craché ! Le problème avec les artistes français, c’est que pour assurer sur scène, il faut vraiment avoir des textes comparables à ceux de Dominique A. Dès qu’on commence à manier notre langue avec de la musique, ça peut très vite devenir pathétique, parce qu’hélas, on comprend tout ! Ce qui n’est pas toujours le cas chez les Anglais ou les Américains, qui ont sans doute des mauvais textes, mais qui ont aussi l’énergie et l’attitude que n’ont pas les Français. Après, à Saint Malo, on défend trois labels français. On est dans le militantisme et on assume.

  • « François Floret : « À La Route du Rock, les groupes ne passent pas avant Yannick Noah » »

    Soyez le premier à ajouter cet article à vos favoris

    Ajouter à mes favoris
    Votre espace personnel sur Evene.fr vous permet de découvrir du contenu culturel qui vous correspond. L'espace personnel, c'est un moteur de recommandations selon vos goûts.
    Ajouter à mes favoris 0

vos commentaires

 
 

Pour aller plus loin

Articles & dossiers associés

  • Dominique A : « Mes chansons ne me servent pas de thérapie »

    Dominique A : « Mes chansons ne me servent pas de thérapie »

    Avec 'Vers les lueurs', Dominique A signe son neuvième album. Un disque qui remet le chanteur dans l'actualité après la ressortie pour ses 20 ans de carrière de sa discographie complète,...

    Plus sur Dominique A : « Mes chansons ne me servent pas de thérapie »

    « Dominique A : « Mes chansons ne me servent pas de thérapie » »

    1 personne a déjà commenté cet article

    Voir les commentaires

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
    1
    • Membres (2)  
  • Trois bonnes raisons d'aimer Breton

    Trois bonnes raisons d'aimer Breton

    Révélé en 2011 aux Transmusicales de Rennes, le groupe électro-rock londonien s'encre dans une culture web 2.0 et invite ses auditeurs à participer à ses créations. Entre Pink Floyd et...

    Plus sur Trois bonnes raisons d'aimer Breton

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (1)  
  • La Route du Rock sur la mauvaise pente

    La Route du Rock sur la mauvaise pente

    Baisse de fréquentation, caprices de stars et annulation... La 22e édition du festival malouin cumule les couacs. Côté scène, les coups de coeurs ne sont pas forcément ceux que le public...

    Plus sur La Route du Rock sur la mauvaise pente

    Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

    Réagissez
     
    • Membres (1)  

Les événements associés

La Route du Rock 2012

Festival de musique

La Route du Rock 2012

Demain: Fort Saint-Père - Saint-Malo Dates : du 10 Août 2012 au 12 Août 2012 TERMINÉ

Le festival breton pour sa 22ème édition propose comme à son habitude une programmation pointue. Pendant trois jours, des artistes internationaux de la scène indépendante se succèderont sur...

Plus sur La Route du Rock 2012 Réservez vos places sur fnac.com

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (0)  
Plus

vidéos

  • "Sirens Call" le nouveau clip de Cats on Tree © Tôt ou tard

  • "Un déluge", nouveau clip de Bertrand Belin extrait de son album "Parcs" (27 mai) © Cinq7

Plus

photos

  • Jean-Louis Murat, figure de la scène française qui sort son nouvel album « Toboggan » le 25 mars 2013. - Jean-Louis Murat

    Jean-Louis Murat, figure de la scène française qui sort son nouvel album « Toboggan » le 25 mars 2013. © Frank Loriou

  • An Pierlé, chanteuse belge qui sort son nouvel album solo « Strange Days » le 18 février 2013. - An Pierlé

    An Pierlé, chanteuse belge qui sort son nouvel album solo « Strange Days » le 18 février 2013. © Athos Burez

nouveautés

Fnac.com
Pop-rock
Unorthodox jukebox
Unorthodox jukebox Bruno Mars 15,99 €

Together alone
Together alone Alex Hepburn 14,99 €

Jazz – Blues
Let them talk
Let them talk Hugh Laurie 13,00 €

Didn't it rain
Didn't it rain Hugh Laurie 17,99 €

Lento
Lento Youn Sun Nah 18,00 €

Classique
Héros - Legio patria nostra
Héros - Legio patria nostra La Légion Etrangère 14,99 €

Concertos pour violon
Concertos pour violon Max Bruch, ... 14,99 €

Musique du monde
Deep rockers back a yard
Deep rockers back a yard Naaman 12,99 €

Fiesta
Fiesta Chico and the Gypsies 17,99 €

Sonjé
Sonjé Kassav 15,99 €

Plus

citation du jour

« Vivez, ah ! Vivez donc, et qu’importe la suite ! N’ayez pas de remords. Vous n’êtes pas Juge.  »

de Blaise Cendrars

Extrait du Bourlinguer En savoir plus sur cette citation

Vous aussi écrivez votre commentaire ou votre critique

Réagissez
 
  • Membres (13)
     

la lettre evene

L’actualité culturelle au quotidien
Citation, livre, événement, célébrité, jeu concours... › Voir la lettre du jour

agenda