mercredi 10 février

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Dernier Boléro à Marciac

IBRAHIM FERRER, HOMMAGE A UN "PAPY"


Sortant de sa tournée européenne ‘Mi Sueño’, le maître du boléro et du son cubain (1) Ibrahim Ferrer s’est éteint à l’âge de 78 ans le 6 août dernier à La Havane.


Les planches du festival de jazz de Marciac vibrent encore du souvenir de ce qui fut son ultime concert. Ibrahim y était apparu fatigué aux yeux des spectateurs. "Nous savions qu’il était malade. Lors de son très émouvant concert, son orchestre lui a témoigné une forte solidarité. Il était soucieux d’honorer son contrat moral avec le festival", indiquait à l’AFP Jean-Louis Guilhaumon, le président de Jazz in Marciac.
‘Mi Sueño’, "mon rêve"… Son rêve : chanter les boléros qu’il aimait tant. Ces douces chansons sentimentales de Cuba, de Porto Rico et du Mexique. Ces douces chansons dont il s’était privé, ses chefs d’orchestre successifs prétendant qu’il n’avait pas la voix pour un tel répertoire. Durant toute sa carrière, Ibrahim Ferrer s’est donc cantonné au ‘son’ cubain. C’est pourtant avec un boléro inoubliable, ‘Dos Gardienas’ (de la compositrice Isolina Carrillo) qu’il a bouleversé son auditoire.
Après avoir parcouru le monde, c’est aussi au rythme d’un lent boléro - son préféré - ‘Mil congojas’ ("Mille tristesses") qu’il a été délicatement accompagné au cimetière Colon de La Havane pour son ultime voyage. Il s’en est allé rejoindre ses compagnons d’aventure, le chanteur Compay Segundo (mort en juillet 2003) et le pianiste Ruben Gonzales (mort en décembre 2003). "Ibrahim était une personne digne d’admiration, non seulement comme musicien, mais aussi comme père et comme époux. Il a terminé sa tournée avec beaucoup de courage." a déclaré sa femme Caridad Diaz.

Ibrahim, l’enchanteur…

Casquette vissée sur la tête, deux perles noires à la place des yeux, une moustache grisonnante, le visage d’un ange illuminé en permanence par un sourire enjôleur, une voix chaudement savoureuse, Ibrahim Ferrer a enchanté les clubs les plus prestigieux de Santiago et de La Havane. "Je le considérais comme mon frère. (…) C’était un grand musicien et un grand ami", avoue l’un de ses compagnons de route du Buena Vista Social Club, le guitariste Manuel Galban.
Confiné dans l’obscurité de l’'anonymat pendant trop longtemps, c’est en 1999, enfin, qu’il est révélé sur la scène internationale à travers le long-métrage ‘Buena Vista Social Club’, réalisé par Wim Wenders . A l'origine, l'idée du projet était de rassembler des guitaristes africains et des guitaristes cubains. Nick Gold de la maison de disque World Circuit fit appel au guitariste texan Ry Cooder. Les Africains ne purent se rendre à La Havane mais le projet fut maintenu. Cooder-Ferrer : une rencontre magique et un nouvel élan pour l’une des plus belles voix cubaines, au repos depuis 1991, après avoir fait vibrer ses cordes pendant près d’un demi-siècle.

La musique, une destinée…

Son premier son, Ibrahim Ferrer le pousse un jour de février 1927 à San Luis, près de Santiago, dans l’Oriente. Sitôt les premières bouffées d’air inspirées, Euterpe, muse de la musique, lui insuffle la passion des croches et autres petites rondes. L’histoire veut que sa mère ait ressenti ses premières contractions alors qu’elle dansait dans un de ces "social club" de Santiago.
Mais livré à lui-même dès l’âge de 12 ans après la mort de celle-ci, trois ans après celle de son père, Ibrahim est contraint à multiplier les petits boulots. Il se confiait au Monde en 2003 : "[Mon père] ne s’est pas du tout occupé de moi, puis est mort juste avant mes 9 ans. Ma mère est morte trois ans plus tard. Quand elle est partie, j’ai dû commencer une nouvelle vie. Je me suis mis à faire des petits boulots et à chanter pour vivre." Il est tour à tour, maçon, vendeur de journaux, peintre en bâtiment, menuisier, docker, cireur de chaussures et même scaphandrier dans le port de La Havane. C’est à ce prix que le jeune Ibrahim peut assouvir sa passion.

Il fait ses gammes en montant son premier groupe ‘Los Jovenes del Son’, avec lequel il écume tous les bals de son quartier. Mais c’est au début des années 50, à Santiago, qu’Ibrahim débute véritablement sa carrière. Il intègre le groupe Pacho Alonso. Puis, deux ans plus tard, rejoint en tant que soliste l'orchestre de Chepin-Choven, le plus prestigieux de Santiago à l’époque. Toutes les nuits, Ibrahim chante de cabaret en cabaret. A l’aube, sans même dormir, il s’en va travailler.

1958. Ibrahim prend sa valise et son talent. Cap sur La Havane. Il fait de courtes apparitions dans le légendaire big band de Beny Moré, le plus grand chanteur cubain du 20ème siècle ; pose sa voix feutrée de-ci de-là, au gré des participations dans diverses formations. Mais cette Havane pré-révolutionnaire accorde davantage ses faveurs à des "distractions" plus lucratives. Prostitution, casinos et combats de boxe font alors la réputation de la capitale. Ibrahim n’a pas l’âme d’un leader. "Je n’aime ni donner des ordres ni gronder les gens ou les critiquer, je déteste dire non à ceux que j’aime". Il renoue vite avec son rythme de vie passée : les tempos infernaux du travail le jour, et ceux plus langoureux de la musique la nuit.
Mais dans les grondements de la révolution, alors que les "Yankee no, Cuba si !" font vibrer les rues de La Havane, Ibrahim, devenu musicien professionnel, entame ce qui sera sa plus longue collaboration musicale au sein de la formation ‘Los Boucos’ (formée par son ancien patron Pacho Alonso). 34 ans !

Dors en paix Ibrahim !

Début des années 90, usé par cette précarité, lassé de vivoter chichement, le crooner de Cuba se retire. Ry Cooder le tirera de l’oubli avec le succès qu’on connaît. L’aventure ‘Buena Vista Social Club’, renforcée par la sortie de trois albums, lui apporteront une reconnaissance amplement méritée, unanime et mondiale. Et en dépit d’une renommée encore toute relative sur sa terre natale, celui que l’on surnomme le Nat King Cole cubain a su émerveiller les plus grandes salles du monde au rythme de la guaracha, du ‘son’ montuno et du boléro, laissant traîner pour longtemps encore sa voix de velours.

Y buen viaje ! (2)







(1) musique traditionnelle des années 40-50
(2) "Et bon voyage !"


Mathieu Menossi pour Evene.fr - Août 2005


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Chanteur cubain
Né à Santiago de Cuba le 20 Février 1927
Décédé à La Havane le 6 Août 2005

Le chanteur cubain Ibrahim Ferrer a été mondialement révélé grâce à "Buena Vista Social Club" dont l'univers musical est celui de la musique cubaine des années 40 et 50. Enfant précoce, il chante dès l'âge de 14 ans dans les groupes de Santiago : c'est le début d'une longue carrière musicale. Jouant régulièrement avec Pacho Alonso ou apparaissant aux côtés de Benny Moré, la voix de Ferrer [...]

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