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Masculin singulierINTERVIEW D'ALBIN DE LA SIMONE
C'était super. Le public était très sympa, il y avait une réelle ouverture et un vrai échange. Pas mal de gens ne me connaissaient pas, ils venaient sans trop savoir, et moi je ne les connaissais pas non plus, je ne savais pas du tout à quel public j'avais à faire, et j'ai vraiment eu l'impression d'une découverte mutuelle au fur et à mesure du concert. Au début, on se regarde un peu de traviole, puis l'échange devient de plus en plus important, et à la fin c'est vraiment très sympa. Dans ce contexte, j'arrive à m'oublier complètement. Avant vous faisiez partie du décor, vous étiez musicien, maintenant les gens se déplacent pour vous, quel est votre sentiment ? C'est très bizarre. Dans un premier temps je me surveillais un peu trop parce que je me disais "oh la la, j'ai de la responsabilité vis-à-vis de ces gens". Je me souviens que je flippais - par exemple - à l'idée que les gens aient pu prendre une baby-sitter, payer leur place, consacrer leur soirée pour aller me voir, je me sentais une responsabilité de dingue ! Et finalement, une fois ce truc-là dépassé, puisque globalement tout va bien, ça me donne vraiment l'envie de passer une bonne soirée et de faire passer une bonne soirée à tout le monde ; qu'on s'éclate tous. Et j'ai compris aussi que je ne m'éclaterais que si j'arrêtais de me regarder et maintenant je me marre beaucoup plus mais il ne faut surtout pas que je tombe sur une vidéo, je pense que je serais catastrophé. Car quand on ne se contrôle plus on fait sûrement plein de choses qu'on déteste, mais au moins je m'amuse. Justement, j'ai entendu dire que vous n'aimiez pas votre voix, n'est-ce pas un tantinet paradoxal pour un chanteur ?
Que pensez-vous de ce mouvement musical actuel dit "nouvelle vague" ? Il y a en ce moment une grande vague de chanson française, un grand engouement du public et beaucoup de choses sympas qui se passent. C'est une grande période pour la chanson française, mais rien de nouveau dans tout ça, rien de révolutionnaire ; ça n'est pas comme si on venait d'inventer un nouveau style ! Ce n'est pas un style d'ailleurs : Bénabar n'a rien à voir avec -M-, qui n'a rien à voir avec Frank Monnet… Artistiquement, musicalement, humainement, aucun rapport ! C'est une tendance peut-être. Comment vous décririez-vous à quelqu'un qui ne connaît pas ce que vous faites? Albin de la Simone par Albin de la Simone… C'est très dur de se décrire. Honnêtement, je ne sais pas. Je peux dire que je fais de la chanson, qu'il y a de la batterie, de la guitare. Par élimination, que ce n'est pas du Brassens, que ce n'est pas en anglais. Que c'est un peu pop mais pas uniquement. Que ça ne peut pas passer sur NRJ a priori, que ça n'est pas fait pour passer uniquement sur France inter (ce qui n'est pas réducteur pour France inter). Qu'on peut m'écouter debout ou assis. Qu'on peut se marrer et ne pas se marrer du tout. Voilà ! Qu'est-ce qui vous a fait passer de musicien-pour-les-autres à chanteur à part entière ?
Jusqu'à maintenant vous n'aviez jamais eu un tel contact avec le public, comment voyez-vous les prochains mois, les prochains concerts ? Au moment du premier album on tournait à deux et on a fait beaucoup de premières parties (-M- entre autres). Il y a le petit côté frustrant de ne passer qu'une demi-heure au lieu d'une heure et demi et en même temps, je n'avais pas un répertoire suffisant. Aujourd'hui il y a plus de matière et plus de vrais concerts. Plus le temps passe et plus les gens connaissent mes chansons, plus je repasse dans une ville et plus il y a du monde. Je suis content. Il pourrait y avoir plus de dates mais en même temps, chaque concert me fait du bien pour au moins une à deux semaines, donc cela se régénère assez naturellement. Puis ça me laisse du temps pour me faire mon métier de musicien. Je peux continuer à participer à des projets extérieurs qui m'apportent énormément aussi. J'approche la vision de quelqu'un d'autre. Il y a un petit échange sympa dont je profite quand je retourne à ma discipline de chanteur. Le projet d'un troisième album ? Bien sûr ! Je commence à avoir des envies formelles. Pas forcément pour un album, peut-être pour une musique de film, un documentaire… Vous aimeriez vendre plus ?
Dans la chanson 'Avant tout, I want you' vous évoquez le même thème que dans 'Elle fréquentait la rue Pigalle' : l'homme salaud et la femme victime. C'est une fatalité ? Je trouve l'Homme masculin dans le meilleur des cas touchant, quand il dit "je vais changer" et dans le pire des cas répugnant quand il dit "I want you". Etant moi-même un homme, je me pose des questions, je suis craintif. J'ai l'impression qu'il faut lutter contre ses côtés "salopard" et du coup j'en fais beaucoup pour ne pas l'être. C'est une grande préoccupation mais sûrement disproportionnée : cela voudrait dire que toutes les femmes sont des victimes et tous les hommes des salauds, c'est ridicule. Mais j'ai tendance a être hanté par ce modèle-là et je fais tout pour dire que je suis lucide sur ça : identifier le danger et le localiser pour ne pas participer à ça. Vous faites un serment sur votre dernier album : "Je vais changer". Où en êtes-vous de cette mutation ?
Vous semblez choyer votre site internet - www.albindelasimone.com - est-ce pour cultiver la sphère auprès des curieux ? Dans un disque ou dans un concert je peux faire passer certaines choses que je maîtrise le mieux : la musique et l'écriture de chansons, choses que j'accepte de moi et que je commercialise. En dehors de ça, je suis sensible à plein d'autres trucs que j'ai envie de raconter sous d'autres formes et le site me permet de le faire pour des gens qui ont choisi de venir et d'aller un peu plus loin. Je ne force personne, je n'arnaque personne donc je me sens très libre. Dès que j'ai une petite idée de film débile, de dessin, ou d'un commentaire sur une situation que je viens de vivre, je peux le faire car ne le lira que quelqu'un qui a choisi d'y venir. Il y a un côté très rassurant et très libérateur. Parlez-nous de votre "marraine", Simone, qui nous ouvre ses tentacules sur le site, et que vous évoquez sur vos deux albums.
Propos recueillis par Claire Mione pour Evene.fr - Mars 2006
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