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INTERVIEW DE GERALD TOTO Musique en tête

Amélie Petit pour Evene.fr - Juin 2005 - Le 01/06/2005

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La musique est sa vie. Si la vie est sa musique, alors elle fait envie. A vous d'en juger du 7 au 25 Juin à 22h, au théâtre des Déchargeurs, à Paris, ainsi que sur son prochain album, à paraître à la rentrée.

Il s'est passé sept ans entre ton premier album solo, 'Les premiers jours', et celui qui paraîtra à la rentrée. Est-ce le temps qu'il t'a fallu pour mûrir celui-ci ?

Entre-temps, j'ai réalisé, composé, écrit pour d'autres, j'ai fait pas mal de scène sur différents projets... En fait, pour moi, l'idéal artistique serait de faire un album par an, puisque ça correspond à mon cycle de création. L'album permet de fixer ça, de le jalonner en tout cas. Mais bon. Après, on n'est pas maître de son destin. Le premier album a commencé en étant une belle histoire et puis ne l'a finalement pas été jusqu'au bout au niveau de la maison de disque… Il s'avère que, malheureusement, la plupart du temps, lorsqu'on est jeune artiste et qu'on subit ce type d'affres, on a du mal à se relever. J'ai pu le faire parce que, heureusement, j'ai plusieurs cordes à mon arc, qui sont justement la composition, la réalisation, voire l'écriture, pour d'autres personnes. C'est ce que j'ai fait, avec des artistes comme Marcel Kanche, avec les cousins des Fugees, Lili Bonniche… et puis j'ai participé à une expérience électro orientale avec Smadj, ce qui m'a permis d'expérimenter pas mal de choses sur la voix en tant qu'instrument. Donc, heureusement, j'ai vécu ma musique. Ce qui est du domaine du destin, c'est la musique. Ma vie, c'est la musique. Après, ce qui est du domaine du professionnel, bon, on doit s'en accommoder. C'est bien de se rappeler que la maison de disque n'a pas droit de vie ou de mort sur l'artiste. Et ça, ça m'a permis de le vérifier. En fait, comme tout artiste, j'ai une quête. Une quête identitaire, mais personnelle, pas culturelle, même si elle en fait partie. Et donc, à travers cette quête là, j'écris, pour essayer de cristalliser justement mes tâtonnements. Et là, c'est bien de fixer ça au jour d'aujourd'hui. Mais il a fallu toutes ces années pour effectivement marquer ce que j'ai mis aujourd'hui.

De quel ordre est cette quête ?

Quand j'ai fait mon premier album, c'était assez… j'allais dire juvénile, mais c'est pas vraiment ça. On va dire… que j'ai tendu la main. Voilà. J'ai fait un constat : en gros, j'assumais pleinement mon métissage que je vivais pleinement, et j'avais besoin de le montrer au grand jour. De dire, voilà, qui je suis . D'où le titre : 'les premiers jours'. Et en fait j'ai été très désorienté par la manière dont ça a été reçu. Les gens n'ont pas vraiment compris cette démarche là. Enfin… Pas tous heureusement… D'ailleurs, au moment où je l'ai fait, pas mal d'artistes qui vivaient un peu le même genre de problématique, sont venus me dire "merci" d'avoir fait ce type d'album. Pour autant, je me suis retrouvé sans famille, en fait. Les gens voulaient toujours m'associer à l'une d'entre elles. Comme si j'étais orphelin. Et en même temps, toutes les familles artistiques me repoussaient un peu d'une certaine manière. Pas vraiment chanson française, pas vraiment caraïbes pas assez noir, trop noir… Tout un tas de problématiques qui me dépassaient totalement. J'étais un peu fatigué de ça, désorienté. Aujourd'hui, j'ai répondu à un certain nombre de questions. Je sais d'où je viens, j'ai fait l'inventaire de mes valises, donc je peux aller d'autant plus sereinement vers les autres. Plus ça va, plus je suis fidèle à ce que je vis, à ce que je suis, en fait. Encore une chose que m'ont apporté toutes ces années, c'est l'assurance que, décidément, c'est ce que l'on fait qui parle pour nous. Pas ce que l'on scande, ce que l'on revendique. Ce que je suis en train de faire, c'est tout simplement de me présenter. Donc, si je suis honnête, par rapport à ce que je fais, je vais me présenter d'autant plus clairement.

Ca va donc être sur un album qui va s'appeler...?

'Kitchenette'. Pourquoi ? Au-delà du nom que je trouve sympa, c'est surtout que j'ai fait ma sauce…. C'est aussi le rapport au culinaire, que je trouve vraiment cousin à la musique. En quoi ? Ce sont des stéréotypes : le mélange des saveurs évidemment, mais c'est aussi une histoire de matière que j'aime bien, de profondeur, de champ, comme lorsqu'on boit un alcool - j'adore l'alcool sans jamais avoir été saoul - car, dans l'alcool, il y a différents étages : le visuel, l'odeur, et puis la bouche, le goût de la langue, la gorge, puis ça descend… et à chaque fois, des sensations différentes… J'aime bien avoir ces degrés là en musique aussi ; je les recherche en tout cas.

Tu parlais du fait que tu avais expérimenté ta voix comme instrument de musique. En quoi cela est-il important dans ton travail ?

A vrai dire, considérer la voix en tant qu'instrument me paraît tellement naturel… C'est celui qui permet de prendre le chemin le plus direct entre l'inspiration et la formulation. Juste armé d'un dictaphone, je pense à une chanson, je pense au rythme, et je l'ai en tête. Ca vient tout de suite, c'est tellement simple. Je ne rentre pas dans les contingences techniques, justement, d'un instrument, je chante ma tête. Après il y a une vraie jouissance à être dans exploration de toutes les variations possibles de l'expression. Là, ça touche à l'émotion. On lance un fil tendu à l'autre, qui l'attrape au vol, et se dit " ah oui, j'ai déjà ressenti ça", " ça me dit quelque chose "… Après, il n'y a pas de règle, il y a des personnes qui ont réussi, fort heureusement, à faire passer des émotions très fortes avec des instruments... Mais, pour moi, la voix est un vecteur essentiel que j'aime utiliser. Vraiment .

Tu joues beaucoup avec la sensualité. Est-ce indissociable de la musique, de ta personnalité, ou est-ce un rôle de composition ?

Surtout pas ! Non. Le monde du sensuel, pour moi, c'est une évidence. C'est la vie. Tout est sensualité. Ce que j'adore dans le monde du sensuel, c'est qu'on peut le transcender. Ca devient presque mystique en fait, si on va à fond. Parce que c'est magique. Parce que c'est bouleversant ! C'est quand même fou. Ca crée des parenthèses qui n'existent pas - et pourtant, elles sont bien là ! Et en plus, ça paraît intemporel...On peut voyager dans le temps, grâce à la sensualité. Rêver de personnes que l'on ne connaît pas.

Qui existent ?
Bien sûr qu'elles existent puisque je les ai vues en rêve !

Tu vas jouer au théâtre des déchargeurs, une salle plutôt intimiste, puis au Tryptique, lieu de nuit plutôt électro - le 24 juin. Comment appréhendes-tu ces deux scènes et - sans doute - ces deux publics assez différents ?

Au Tryptique, ça va être un plateau acoustique, avec peut-être juste deux personnes avec moi qui vont chanter. Au Déchargeurs je vais jouer guitare voix, avec peut être aussi une basse et une guitare avec moi deux soirs par semaine. Par rapport à l'album, ça va changer, mais ça reste des chansons. Je peux jouer la plupart de mes chansons guitare voix : telles que je les compose. Le format change, mais le propos reste. On retrouve le geste naturel de chanter, sans artifice. Quant au public, je préfère ne pas anticiper, c'est la vie qui va nous dire de quoi on est capables. J'espère que ça va bien se passer, bien sûr, mais je ne souhaite rien ; c'est plus excitant de se dire 'alors, qu'est ce que la vie va m'offrir ? C'est la raison pour laquelle j'aime bien commencer toujours par une improvisation, parce que justement, ça me met tout de suite dans le "aujourd'hui et maintenant". Qui on est aujourd'hui. Qui je suis, qui vous êtes et qu'est-ce qu'on va faire ensemble. Ca permet de jauger un peu ça.

Une de tes chansons s'intitule 'J'fais c'que j'veux'. C'est significatif ?

C'est une des choses que je voudrais dire. La vie est une aberration. Le corps est une aberration. Il suffit de regarder ses mains dix secondes pour se dire "qu'est ce que je fais là ?" Je suis là, j'ai pas fait exprès d'être là, mais je suis là. Donc je vais vivre. Je vais avoir peur de quoi ? Je comprends qu'on ait peur de perdre sa vie, c'est animal, mais pour le reste, je ne comprends pas.

Tarif EVENE du 7 au 25 juin au Théâtre des Déchargeurs : 10 Euros au lieu de 15 en appelant 01.42.36.70.56. Dites evene !

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