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L'éruption balkaniqueINTERVIEW DE GORAN BREGOVIC
Retour vers le passé… Que retenez-vous du statut de rock star que vous aviez dans les années 1980 ? J'ai commencé très tôt, je jouais dans les bars de strip-tease quand j'avais 16 ans. Je savais que mon destin serait de faire de la musique. Après, je n'ai pas joué pendant mes études de philosophie et de sociologie. Et, à l'époque du communisme, quand tu faisais des études de philosophie, tu devenais professeur de marxisme… Je pense que professeur de philosophie, c'est le métier le plus triste au monde. Qui a besoin de philosophie à l'âge de 17 ans ? Alors, j'ai fait mon disque, et il m'a sauvé la vie, je suis devenu tout à coup une star du rock et j'ai échappé à ce destin de professeur. (rires) Au début, c'était vraiment joyeux parce que tout le monde s'imaginait riche et célèbre… Mais après quelques années, c'est devenu une routine et je jouais avec de plus en plus de difficulté. Déjà, avant la guerre, j'avais pris ma retraite… Quand la guerre à Sarajevo a commencé, j'étais à Paris et j'ai dû recommencer à zéro. Aujourd'hui quand je regarde cette période, je suis assez ému. On a fait, l'année dernière, après vingt ans, trois concerts à Sarajevo, Zagreb et Belgrade, et c'était un grand moment pour tout le monde parce que la musique de mon groupe est peut-être la dernière chose élégante qui reste de ce pays déchiré. J'ai l'impression que les gens avaient envie d'être ensemble sans distinctions entre Serbes et Croates… Juste être ensemble et chanter. C'est joli de voir qu'après cette guerre terrible, on a encore des chansons qu'on peut chanter tous ensemble. Donc vers 30 ans, j'en avais assez du rock qui a toujours besoin d'amplifier tout, l'image, le son, les personnages... Maintenant, j'ai découvert un moyen de faire la musique sans toutes ces choses un peu ridicules. Alors quand je regarde cette période rock, c'est un peu confus, j'ai parfois un peu honte, mais ces trois concerts m'ont donné une jolie émotion ! (rires) Comment s'est passée la transition entre le rock et votre musique actuelle ? En réalité, c'est toujours la même chose, j'ai toujours écrit une musique influencée par la musique traditionnelle, mon rock comme ma musique actuelle. Aujourd'hui je ne me cache plus derrière cet habillage rock ridicule. Mais je fais toujours la même chose. De Stravinsky à Bartok en passant par Gershwin, c'est toujours la même méthode, qui consiste à voler à ta tradition pour créer ta musique. Quel rapport entretenez-vous avec vos racines, alors que vous avez été contraint à l'exil au moment de la guerre ?
D'où vient le nom de votre Orchestre des mariages et des enterrements ? C'est un clin d'oeil, parce qu'avant de jouer avec moi, mes musiciens étaient tous spécialistes des mariages et des enterrements. Je viens d'un endroit où ces cérémonies sont les moments les plus importants dans la vie ; pas seulement dans la vie privée mais aussi dans la vie sociale. Pendant l'enterrement, vous jouez la musique préférée du mort, même si c'est une musique joyeuse. Et moi, en tant que compositeur, j'aime bien l'idée que ma musique est jouée dans les mariages et dans les enterrements, parce que si tu veux être un compositeur important, ta musique doit être jouée dans des moments importants. Quelle forme a votre orchestre actuellement ?
Lorsqu'on écoute votre dernier album, 'Karmen', on retrouve une multitude d'influences. D'où vous viennent-elles ? Je viens d'un endroit où il n'y a rien de pur, un endroit "Frankenstein" musicalement. La composition n'est pas rationnelle, elle vient de ton vécu. Depuis mon passage dans les bars de strip-tease jusqu'à la musique que je fais aujourd'hui, tout se mélange. Il n'y a pas de volonté de fabriquer un art à partir de certaines influences. Je ne crois pas à cette méthode. Je connais beaucoup d'artistes malins qui composent comme ça, mais ce ne sont pas de bons artistes. Je crois plutôt à une méthode où on laisse les choses vivre afin qu'il se passe quelque chose entre la musique et les musiciens. Quelle place occupe la musique gitane dans le monde d'aujourd'hui ?
Après toutes ces expériences, comment êtes-vous venu au cinéma ? Les stars de rock ne font pas de musique de films habituellement. Je l'ai surtout fait pour l'argent. Ma première musique de film, c'était 'Arizona Dream', pendant la guerre. Mais aujourd'hui, je ne fais plus de cinéma. Je compose une musique qui est trop mélodique ou trop agressive pour les films. J'ai eu la chance de tomber sur des films comme 'La Reine Margot', qui supporte un compositeur comme moi, ou sur Kusturica. Heureusement que je n'ai pas besoin de ça, parce que je ne suis vraiment pas bon ! Le travail de composition pour le cinéma est-il différent du travail de composition classique ? Pour moi non, parce que je ne suis jamais dans une situation où l'on me demande une musique "à la carte". J'ai travaillé pour des films qui sont en dehors des grandes industries. Les metteurs en scène pour lesquels j'ai écrit sont intelligents et laissent une grande liberté au compositeur. Quand ils revoient leur film avec la musique, c'est comme s'ils le regardaient pour la première fois. La musique, c'est quelque chose qui joue beaucoup sur l'image, et donc sur le film. Après le cinéma et le théâtre, vous vous lancez dans l'opéra avec votre nouvelle composition, 'Karmen'. Comment s'est passée cette évolution ?
Pourquoi avoir choisi de composer une nouvelle version de 'Carmen' ? J'ai la mauvaise habitude d'aller au théâtre pour boire. Quand je veux écouter de la musique, je vais dans les bars gitans et quand je veux boire, je vais à l'opéra. Une fois, j'étais donc à l'opéra, pour voir 'Carmen', et peut-être ai-je trop bu, je ne me souviens pas… Je me suis dit que si j'amenais un gitan écouter un seul opéra, je voudrais que ce soit celui-là. Le lendemain, j'ai commencé à imaginer un film, avec l'idée de raconter une histoire vraie comme peut-être Mérimée quand il a écrit pour Bizet. Je voulais raconter, encore une fois, cette histoire d'une fille de l'Est qui, avec une petite promesse, part en Occident pour se prostituer. J'en suis arrivé à une histoire terrible très connectée à l'histoire du 'Carmen' original. Ensuite, il a fallu écrire cet opéra et je me suis dit que je pouvais faire ce que je voulais. Et j'ai écrit une fin heureuse où je marie tout le monde, parce que c'est comme ça que les gitans imaginent une fin heureuse : tout le monde doit se marier... Carmen est plus que le personnage d'un opéra de Bizet, c'est l'archétype du personnage qui ne fait pas de compromis avec la liberté. La suite, des projets ? Je veux rester un peu avec 'Karmen' parce que, maintenant, je voudrais réaliser un film. J'aime bien être débutant. Je ne veux surtout pas rentrer dans la routine ! Propos recueillis par Marie Morin et Rémy Pellissier pour Evene.fr - Juin 2007
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Avis de KENAVOBREIZH 
Tout simplement génial.
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