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INTERVIEW DE MON COTE PUNK Objet Musical Non Identifié
Propos recueillis par Blandine Josselin et Rémy Pellissier pour Evene.fr - Septembre 2007 - Le 19/10/2007
Tel un O.M.N.I., le collectif Mon côté Punk ne ressemble à rien de connu dans la constellation de la chanson française. Une formule festive et détonante, une musique hybride aux influences multiples, attitude punk sans concession, le groupe est à découvrir sans attendre, sur scène ou avec leur dernier album ‘Anawah’.
La rencontre avec la bande de Mon Côté Punk se déroule sur la terrasse ensoleillée d’un bar proche de la gare Montparnasse, à Paris. Sympathie, simplicité et rigolade sont de la partie. A l’aube de la nouvelle tournée qui accompagne la sortie de leur album, les membres du collectif savourent une bière en plaisantant, se chamaillent gentiment, et, parfois... répondent à nos questions ! Entretien sous le signe de la bonne humeur...
Pouvez-vous nous parler de votre rencontre, de la création du collectif ?
Fathi : En un mot : Roland Le Blévennec.
`
Mourad : C'est un peu notre mentor, il joue dans 'Le Soldat inconnu' et tient une salle assez réputée sur Genève, le Chat noir. Ca faisait longtemps qu'on se tournait autour les uns des autres, on s'était rencontrés avec Karim aux Abbesses quand on jouait dans la rue, on a fait le théâtre du Fil avec Yahia et Fathi, Boris jouait avec Karim. On avait envie de se réunir et de travailler ensemble puisqu'on vivait tous à notre manière de la musique. Roland nous a offert cette opportunité en nous offrant une résidence à Genève. Et puis voilà, on a monté un gros bazar. Ce n’était pas tout de suite bien défini, c'était le but aussi de ne pas être tout de suite calé. On n'a pas monté un groupe en se disant : "On va faire du jazz, du rap, ça ou ça." Des gens sont venus, d'autres sont repartis, on a testé des choses et maintenant, on arrive à notre deuxième album et aussi à notre stabilisation à nous. On est bien contents de ça.
Le nom du groupe, ça vient d'où ?
Mourad : C'est une chanson de Loïc Lantoine. On cherchait un nom, on voulait s'appeler "le rendez-vous des clowns" ou "les amis gratteurs", on a cherché plein de noms et puis Mon Côté Punk est devenu le plus évident, ça restait un gros bazar avec quand même une certaine directive.
Et le punk dans tout ça ?
Le punk, c'est un état d'esprit auquel on essaie de rendre hommage, sans les crêtes bien sûr, parce qu'avec la calvitie, c'est pas évident... C'est une manière d'être, une certaine contestation contre l'ordre établi, on peut continuer à être un peu punk tous les jours de notre vie. Notre manière à nous, c'est de faire de la musique, raconter des histoires, partager avec les gens. Et tant qu'à faire, s'ils ont le sourire à la fin du spectacle, ça nous rend le sourire aussi à nous. Même avoir le sourire, on pense que c'est une attitude punk.
Fathi : C'est ça, c'est notre maladie !
Dans le punk, il y a aussi une notion d'engagement social et politique. Vous considérez-vous comme un groupe engagé ?
Mourad : Non, on n’est pas engagés, on a justement écrit une chanson qui s'appelle ‘Je vous ai entendu, je n'ai rien compris’. Mais engagés, on l'est forcément à partir du moment où on monte sur une scène et qu'on raconte nos histoires à nous. On est engagés quand on arrive dans des villes où on sent les gens énervés, on leur chante des chansons d'amour et ce n'est pas ce qu'ils attendaient. Notre métier c'est la rencontre, entretenir des liens et c'est justement quelque chose qui nous manque en politique, rencontrer les gens avant de leur donner des directions. On peut jouer dans une cité à Massy-Palaiseau comme on joue en campagne à Montemboeuf ce week-end et les gens réagissent pareil, ça veut dire qu'on n’est pas très loin les uns des autres. On est un peu la Poste en fait, on apporte des messages aux gens : "On se ressemble, on prépare les sourires, on a deux heures de fiesta et plus si affinités." On s'engage à être heureux en quelque sorte...
Comment combinez-vous votre travail en commun dans Mon Côté Punk et le travail de chacun dans vos groupes respectifs ?
Mourad : On habite loin les uns des autres, on écoute des musiques différentes. Quand on se retrouve, on apporte chacun nos petites touches. C'est comme si on avait un vaisseau spatial et qu'on allait visiter plusieurs planètes. Quand on revient, on rapporte des fragments des autres planètes. Moi personnellement, Mon Côté Punk, ça m'a permis d'amener la guitare électrique dans la Rue Kétanou, un truc que je n'aurais jamais fait avant. C'est important de continuer à faire d'autres choses pour toujours se surprendre.
Justement, par rapport aux groupes auxquels vous apparteniez déjà, vous ne jouez pas trop sur l'étiquette "chanteur de la Rue Kétanou" ou autre…
Mourad : Non, c'est super important, même. On n’est pas là pour haranguer. On a une entité en tant que groupe, on présente un autre spectacle. Yahia, par exemple, assume des choses avec Dikès que nous, on n’assumerait pas. Moi c'est pareil. De toute façon, si les gens viennent aux concerts pour voir la Rue Kétanou, ils seront déçus. Mais on a toujours connu ce phénomène. Au début, quand on jouait avec la Rue Kétanou, les gens dans le public criaient "Du Georges Brassens !" Les gens ont besoin de repères, nous on a besoin de les déstabiliser, de proposer une différence, de les emmener dans un autre voyage. Ce qu'on a envie de dire, c'est "Abandonnez-vous, ne vous inquiétez pas, vous ferez un beau voyage !"
Quel est le rôle de chacun dans le groupe ?
Mourad : Karim à la guitare crée beaucoup de musique, les chanteurs arrivent aussi avec des petites musiques, ça lance le processus. Après, on calcule pas...
Vous utilisez des instruments peu communs comme le cymbalum ou le sousaphone, pourquoi ce choix ?
Fathi : Il y a des sonorités qui nous plaisent, qui nous parlent. Le groupe vient de partout : l'un vient de l'Est, l'autre du Maghreb, encore un autre d'Amérique du Sud ou du Portugal. On essaie de puiser des instruments d'ici, de là-bas, et surtout de mettre en valeur ces instruments nobles.
Comment avez-vous choisi les invités sur l'album ? Ce sont eux qui vous contactent ?
Fathi : Non, ça part toujours d'une rencontre.
Mourad : Avant tout, ce sont des copains. Loïc Lantoine, qui était là sur le premier album, et qui est moins là sur le second parce qu'il tourne beaucoup et c’est tant mieux pour lui. Alain Leprest, parce que c'est un des premiers punks français, il fait de la chanson depuis 30 ans, sans avoir malheureusement jamais cartonné auprès du grand public, alors que ses textes restent des petits chefs-d'oeuvre. MAP parce qu'on habite à Lille et dès qu'on peut, on s'invite. Et Mell, parce que c'est la plus belle. La Peña, on les a invités, on était un peu obligés parce que c'est eux qui nous donnent des cours de flamenco. Comme on n'a pas pu les payer, on les a juste invités... (rires)
Quel a été justement le rôle d'Alain Leprest dans l'aventure ?
Mourad : On l'a rencontré au Limonaire, et c'est lui qui nous a donné nos premières armes d'écriture, qui nous dirigeait. Il a donné une autre direction à notre écriture. On était très rap et on a commencé à s'ouvrir à d'autres choses, venir à des choses plus essentielles. Et puis on aime énormément ce qu'il fait, on essaie de lui rendre ce qui lui appartient en chantant ‘C'est peut-être’, une chanson magnifique et transgénérationnelle.
Vous êtes un groupe qui se donne beaucoup sur scène. Comment appréhendez-vous le travail en studio ? Comme un passage obligé ?
Mourad : Non, au contraire, on aime bien. Mais c'est vrai que quand on est dedans, on est tout le temps un peu en panique. Alors, heureusement, on est méthodique avec notamment Karim à la direction musicale. On se cale sur les textes, on bosse en amont. Comme ça, une fois arrivés dans le studio, on n'a plus qu'à rajouter les petits délires, les petites histoires de vie qui vont forcément se passer pendant ces deux ou trois semaines d'enregistrement.
Fathi : Et puis tu as une énergie différente en studio et sur scène, et tu essaies de retrouver l'énergie de la scène par la magie qu'il y a dans le lieu.
Mourad : De toute façon, c'est important le studio. Ca te fait travailler, ça te fait avancer, ça te fait synthétiser des moments dans ta chanson. Le studio, ça permet d'avoir une version officielle, qui peut toujours se travestir après.
Sur scène, y a-t-il un gros travail de scénographie, de mise en place, ou tout se passe surtout à l'énergie ?
Fathi : C'est spontané.
Yahia : Il y a aussi une expérience théâtrale derrière. Dans le groupe, plusieurs ont fait du théâtre, d'autres ont fait de la musique de rue. On se trouve naturellement sur scène. Mais il y a quand même une part de spontanéité importante.
Mourad : Mais ne croyez pas qu'on a une mise en scène précise, des répliques écrites entre les chansons, tout peut changer tout le temps. Par contre, la semaine prochaine, on va bosser avec JP, qui nous avait fait travailler au théâtre du Fil. Il nous fait travailler des immobilités, des regards, qui sont pour nous plus essentiels que de prévoir la blague qui va faire mouche. C'est un spectacle qu'on propose, pas seulement un concert.
Justement, ça ne vous titille pas de sortir un album live ?
Mourad : Peut-être que ça viendra, car on a des chansons qu'on joue sur scène et qui n'ont jamais été sorties, comme ‘L'Ivrogne’ ou ‘La Part du fromage’. Ca peut être un petit cadeau pour les gens qui nous suivent. Mais sortir un album live pour sortir un album live…
Fathi : Il y a aussi des chansons sur le premier album qui ont changé au fil des concerts, ça peut être une idée aussi de proposer d'autres versions sur un CD ou en téléchargement sur Internet.
Parlez-nous de vos projets dans l'immédiat, une grosse tournée en perspective ?
Mourad : C'est de continuer à survivre dans notre bagarre, continuer à faire exister Mon Côté Punk. On est en condition de survie, on ne va pas se mentir. Mais on continue à se battre parce qu'il y a des gens qui ont envie de nous voir. Notre projet, c'est de continuer à être punk et surtout de ne pas changer notre directive.
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