Faire découvrir cet article à un ami
Voyage en KlokochaziaINTERVIEW DE NOSFELL
Ca y est, votre nouvel album est sorti : aviez-vous peur après le succès du premier ? Nosfell : Oui, et on a encore peur ! Pour le premier, je jouais les chansons déjà 5 ou 6 ans avant la sortie de l'album, leur forme était déjà bien définie. Pierre est arrivé en tant qu'invité, même un peu plus, nous formions un duo, et le disque est né. Pour le deuxième, on voulait concrétiser ce duo qui existait surtout sur scène. On a eu peur parce que le premier disque a eu une vie que l'on n'imaginait pas. On l'a fait avec des bouts de ficelle, sans pognon, vendu au cul du camion. Tout ce qu'on voulait, c'était trouver un tourneur pour avoir des dates, on n'espérait pas trop que le disque intéresse quelqu'un… Et finalement, ça a intéressé les gens. Pour le deuxième, on ne voulait pas faire du réchauffé, on voulait se renouveler, se remettre en question. On se demandait comment les gens allaient accepter ce changement. Nous, on l'assume complètement, on est très contents du disque, de ce qu'on a voulu dire. Sortir un nouvel album est une drôle d'expérience : on a commencé la tournée, c'est marrant de voir comme le public s'est approprié le premier disque. Il applaudit plus pour les chansons qu'ils connaît que pour celles qu'ils ne connaît pas, c'est très déstabilisant. Je ne pensais pas que je vivrais ça un jour. Un premier disque est le fruit d'une très longue gestation ; est-ce plus difficile d'en livrer un deuxième sur un temps réduit ?
Pierre Le Bourgeois : Et puis surtout, ça annonce la suite. Maintenant ce sera comme ça, on va à chaque fois remettre sur la table des nouvelles chansons. C'est plutôt le premier, finalement, qui est quelque chose de très spécial à vivre. Notre idée c'est quand même de continuer à en faire, si on nous le permet… S'enfermer, mettre à plat de nouveaux morceaux, c'est une étape qui nous plaît. Vous avez une musique très visuelle, très "live". Le disque était-il un but ou plutôt un passage obligé pour compléter vos performances scéniques ?
P : On ne se dit pas : "Dépêchons-nous de faire le disque pour pouvoir tourner !" N : On a envie de se retrouver et de s'épanouir dans les deux. Ca nous permet d'avoir une vision d'ensemble, une globalité. Signer chez V2 en restant autoproduit vous permet de conserver la liberté que vous souhaitez ?
Comment se répartissent les tâches au sein du groupe, notamment pour l'écriture ? N : Pierre n'a pas participé à l'écriture du premier, mais il avait une liberté par rapport à son instrument. J'étais un peu dogmatique, je voulais des choses acoustiques, je ne voulais pas trop d'électrique parce que je ne me sentais pas à l'aise avec ça. P : C'est sur le live qu'on s'est vraiment rencontrés musicalement. Sur le disque, on est parti d'une écriture… (il cherche ses mots) pas vraiment en commun, Nosfell restait la personne qui propose, qui écrit les morceaux, et ensemble on a fait un travail d'archivage, de tri. J'ai souvent joué l'arrangeur-réalisateur : j'écoutais ce qui était proposé et je disais ce que j'en pensais. Ca permettait de simplifier, de répartir les rôles pour que l'ensemble soit clair. On travaillait chacun dans son coin avec un assistant son, puis on partait sur de grandes discussions qui permettaient d'avoir du recul et de se mettre en confiance sur des choses toutes fraîches. Ensuite, on discutait des arrangements et on jouait sur des ouvertures tous azimuts. Comment allez-vous transposer ce nouvel album sur scène ?
P : Il faut laisser le temps au public de s'approprier le nouvel album et de le comprendre. L'album est tout récent, ceux qui viennent nous voir entendent des morceaux qu'ils ne connaissent pas, il faut leur laisser le temps de nous redécouvrir. C'est dû au fait que le disque arrive en même temps que la tournée. On verra dans quelques mois… Sur 'Kalin Bla Lemsnit Dunfel Labyanit', vous chantez plusieurs titres en français. C'est un désir de vous faire reconnaître pour vos textes ? N : Non… J'aime ces textes, je vis et j'écris en français. La plupart des passages en klokobetz sont d'abord écrits en français. Ces deux-là me plaisaient, j'ai eu envie de les laisser en français. Ils sont aussi en rapport avec des lectures qui m'ont touché : 'Ta main, leurs dents' est inspiré d'un texte de Dostoïevski, 'Le Rêve d'un homme ridicule'. Les textes d'Henri Michaux m'ont également beaucoup touché, comme 'Ailleurs'. 'Le Long Sac de pierres' vient de… Pierre, qui a écrit la mélodie de fin, et moi je m'en suis inspiré pour créer la partie chantée.
N : On n'a pas de tabou. Je crois qu'on doit prendre du plaisir à jouer un morceau pour l'interpréter de la façon la plus sincère possible. C'est le cas sur chacune de nos chansons. D'où vient ce mystérieux klokobetz ? N : C'est un langage qui est lié à des épisodes douloureux de mon enfance, à la relation que j'avais avec mon père, passionné par les langues, puis, à l'adolescence, aux questions posées sur soi, à l'existentialisme. Ce langage existait avant la musique, depuis mon enfance. Quand j'ai voulu l'exprimer, c'est par la musique que c'est passé. Ce n'est pas du tout un concept, c'est juste ma personnalité. Vous dites parfois que ce personnage pourrait disparaître d'un jour à l'autre. Est-ce que vous en avez parfois marre du personnage de Nosfell ?
P : Nosfell évolue. Sur le nouvel album, ce n'est déjà plus le même que sur le premier. Je pense, vu de l'extérieur, que Nosfell peut très bien changer sans pour autant disparaître. Ce personnage est réel, il n'a pas été créé pour la scène, il a sa vie propre, c'est ce qui fait son intérêt. Revenons à cette voix si remarquable qui participe au succès de votre musique : est-ce un don ou le fruit d'un travail acharné ? N : Un don ? Je ne crois pas. Je pars du principe que ça peut disparaître n'importe quand. Je n'ai jamais pris de cours, je ne fume pas, je ne bois pas, et je travaille, seul. Sur ce deuxième album, on a laissé plus de place à ma voix. Sur le premier, je pouvais, dans la même chanson passer plusieurs fois d'un "Hiiii" aigu à un "Grrrr" très rauque. Cette fois, on a mis en place des séquences plus longues, je chante en étant moins renfrogné, plus ouvert. C'est plus posé, les ambiances durent. Nosfell se démarque par sa musique originale, inclassable. Mais quelle musique aime Nosfell ? N : J'ai été très influencé par le free-jazz. Mon père écoutait souvent de la musique que l'on qualifierait aujourd'hui de "world" : j'ai été bercé par les chanteuses d'Egypte ou du Maghreb. Beaucoup par le hip-hop français aussi - NTM et Assassin. Et évidemment le rock. Les classiques, Led Zep, les Who, les Kinks, puis tout le son des années 1990, les groupes des Grands Lacs. Captain Beefheart, il est complètement fou : j'adore ! Sans oublier le metal. Les Eagles of Death Metal, c'est super, ça. P : Les Queens of the Stone Age ! N : J'aime aussi beaucoup Loïc Lantoine, qui nous a proposé une collaboration. Il a dit avoir aimé ma voix, notre univers. Ca m'a vraiment fait chaud au coeur.
Propos recueillis par Jean-Nicolas Berniche et Mikaël Demets pour Evene.fr - Novembre 2006
|
Réagissez à l'article "Voyage en Klokochazia"
Tous les avis sur les articles et interviews
Festivals de l'été 2008Retrouvez la programmation complète des événements culturels estivaux : musiques actuelles, jazz, musique classique, jeunesse, arts de la rue, théâtre, danse, arts, patrimoine, livres... Des Eurockéennes de Belfort au Festival d'Avignon, des Francofolies de La Rochelle aux Solidays, de Rock en Seine à Jazz in Marciac en passant par la Japan expo, tout y sera pour vous permettre de découvrir les festivals qui ont lieu près de chez vous. Galeries photo, reportages vidéo, articles, comptes rendus, billets d'humeur de la rédaction d'Evene seront aussi présents pour vous guider dans la jungle des manifestations estivales.
Voir le dossier spécial "Festivals de l'été 2008"
Après la sortie de son troisième album le 8 juin, Nosfell revient cette fois avec un étrange objet : un livre-disque illustré par Ludovic Debeurme, qui paraît aux éditions Futuropolis le 25 juin. Ou lorsque deux artistes aussi géniaux que biscornus se rendent (enfin) compte qu'ils étaient faits l'un pour l'autre.
Lire "INTERVIEW DE NOSFELL ET LUDOVIC DEBEURME"
Nosfell - accueilli plusieurs fois en résidence depuis son concert fin 2003 - est l'une des découvertes de ces dernières années. Car, outre son talent, l'homme est singulier à tous niveaux. En premier lieu, il articule toute sa création [...]
Plus sur "Nosfell - Serge Teyssot-gay et Khaled al Jaramani"



Est-il encore bien nécessaire de le présenter ? Nosfell est tout simplement devenu un artiste incontournable de la scène rock française. Oiseau rare, tantôt de proie, tantôt de paix, Nosfell nous livre un rock inclassable, une langue étrange, [...]
Plus sur "Nosfell"





Nosfell en trois mots ? Brillant, original et doué. Un chanteur à la voix envoûtante qui délivre un flot de paroles inventées, directement puisées de sa contrée d'origine imaginaire. Dans ses chansons, ce sont des contes et des légendes [...]
Plus sur "Nosfell"
Toujours fidèle au premier week-end d'août, le festival Les Vaches au Gallo prend place sur le calendrier estival à la date du 4 août 2007.
Après une année 2006 délicate, l'équipe, toujours pleine d'enthousiasme, a souhaité repenser, relancer [...]
Plus sur "Les Vaches au Gallo"
» A fleur de rock 2007 » Nosfell à la Salle Pleyel » Jazz à la Villette 2008
Sur son premier album, Nosfell invite l'auditeur à la découverte d'un pays imaginaire, le Klokochazia. Ses habitants parlent tantôt l'anglais, tantôt le klokobetz, une langue dont les riches sonorités semblent s'inspirer de l'allemand ou [...]
Plus sur "Pomaïe Klokochazia balek"



Avec 'Kälin Bla Lemsnit Dünfel Labyanit', Nosfell poursuit ses aventures en Klokochazia, un archipel imaginaire dont les personnages parlent le klokobetz. "Tout est parti d'un problème de communication au sein de ma famille, et donc d'une [...]
Plus sur "Kälin Bla Lemsnit Dünfel Labyanit"



Après 'Pomaïe Klokochazia balek' et 'Kälin Bla Lemsnit Dünfel Labyanit', Nosfell clôt avec cet album éponyme sa trilogie consacrée au pays imaginaire de Klokochazia. Surtout, il met en lumière sa propension à susciter les rencontres artistiques [...]
Plus sur "Nosfell"
Auteur, compositeur, interprète, arrangeur, Nosfell est un musicien complet et inclassable. Sur scène, il conte ses histoires dans un mélange de français, d'anglais et de klokobetz, un langage qu'il a inventé, comme Philippe Vander l'avait fait à son époque avec Magma. Inclassable, donc, il crée une musique entre world et rock, dans laquelle sa voix, tantôt rocailleuse, tantôt enfantine, [...]
Plus sur "Nosfell"


Nosfell raconte la naissance d'un des personnages principaux de son univers muscial, Günel, dans le gouffre lugubre d'un tronc d'arbre, ses jeunes années d'enfant solitaire, et de quelle terrifiante manière, il chercha à percer les secrets [...]
Plus sur "Le Lac aux vélies"
L’actualité culturelle au quotidien
Citation, livre, événement, célébrité, jeu concours
Voir la lettre EVENE du jour
Actualité [musique] |
Evene RadioVINYLE OU LATEX ? |
Flux de conscienceINTERVIEW DE MASSIVE ATTACK |
Avant les robotsKRAFTWERK, ALBUM 'KRAFTWERK 1', 1970 |
Il faut réfléchir attentivement aux problèmes importants, même si c’est fatigant.
Abonnez-vous à la Citation du jour
Les événements à l'affiche actuellement
POP-ROCK
» Ed Laurie
CHANSON
» Thomas Fersen
JAZZ, SOUL & FUNK
» Bibi Tanga
CLASSIQUE & OPÉRA
» Idomeneo
WORLD & REGGAE
» Rokia Traoré
HIP-HOP & RAP
» Tumi & The Volume
ELECTRO
» General Elektriks
|
