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INTERVIEW DE RAUL PAZ Cubain libre
Propos recueillis par Anne Yven pour Evene.fr - Novembre 2007 - Le 10/12/2007
Après cinq albums et des tournées dans le monde entier, Raul Paz sort aujourd'hui un CD live et un DVD 'En vivo !', enregistrés à Cuba. Il était en concert le 12 décembre à l'Elysée Montmartre de Paris avec de nombreux invités, pour une soirée exceptionnelle.
Si sa musique se joue des rythmes traditionnels cubains, Raul Paz aime y injecter un souffle de renouveau, fait de sonorités et de couleurs diverses. Après avoir vécu aux Etats-Unis et en France pendant des années, l'artiste est retourné vivre pour quelques mois à Cuba. Il y a enregistré 'En casa' en 2006. Le CD et le DVD live 'En vivo !' sortis récemment prennent une saveur particulière, pour un artiste qui se définit essentiellement par la scène. Entretien avec un artiste très ouvert, qui évoque ses origines, sa musique, et son aventure cubaine…
A quoi ressemble la musique de Raul Paz ?
C'est difficile à dire. Pourrait-on passer à la question suivante ? (rires) Non, sérieusement, c'est impossible à décrire pour moi, la musique est quelque chose d'inexplicable. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, il est déjà très difficile de parler de musique pour quelqu'un qui n'en fait pas, mais c'est encore pire pour quelqu'un qui a les mains dans le cambouis ! Cela équivaut à demander à un peintre "Pourquoi avez-vous utilisé le rouge et pas le bleu ?" Cela ne s'explique pas.
Que pensez-vous de la création musicale contemporaine ?
Personnellement, je veux seulement faire la musique qui me plaît. J'essaie d'être honnête. Et c'est le cas pour beaucoup d'artistes, qui aspirent à la liberté. C'est ce que les grandes majors n'ont pas compris, et ce doit être la raison pour laquelle elles sont en train de couler. On ne peut vendre et consommer la musique comme n'importe quel produit ! Les gens ne sont pas seulement des acheteurs. On les a pris pour des imbéciles, et voilà le résultat… Ils se vengent ! Et je pense que c'est le cas dans d'autres domaines. On tend à vouloir tout organiser, prévoir, expliquer. Le jour où on y arrivera, on sera foutus ! Restons instinctifs…
Difficile d'échapper au stéréotype du musicien cubain ?
Je fais effectivement plus ou moins ce que je veux aujourd'hui. J'ai la chance de pouvoir fonctionner comme cela. J'ai si souvent été rejeté parce que je n'étais pas le Cubain parfait : j'étais trop blanc, trop jeune et en plus je ne fumais pas le cigare ! (rires) Une maison de disques m'a même dit une fois "Quel dommage que vous ne soyez pas noir…" ! Je suis arrivé avec ma guitare électrique, et je ne collais pas à l'image carte postale, j'étais frustré qu'on ne me laisse pas cette chance. Ce n'est la faute de personne, chaque pays, sur chaque continent, possède ses clichés. Mais aujourd'hui, les choses changent de plus en plus vite : les jeunes artistes cubains revendiquent leur droit d'exister et de produire leur musique comme ils l'entendent, partout : dans tous les pays, tous les festivals. Je défends cela. On appartient au présent, pourquoi la musique cubaine serait-elle "à part" ? C'est dur parfois, mais nous nous retrouvons aujourd'hui face à un public qui a compris cela et qui est capable de recevoir toutes les musiques. Je prépare d'ailleurs un documentaire sur cet élan nouveau, avec les témoignages de l'écrivain Wendy Guerra, de Laura de la Uz (l'actrice la plus en vue de Cuba), ou du peintre Javier Guerra. Nous adoptons une position différente de celle que les artistes ou les intellectuels prenaient par le passé, nous voulons simplement pouvoir cohabiter tous ensemble. Cela semble peu de chose, mais à Cuba c'est important.
On a l'impression que vous êtes très éclectique. De quoi se nourrit votre musique ?
Elle se nourrit de tout ! Si je devais observer la musique de manière scientifique, je dirais qu'il s'agit d'ondes, et les ondes n'ont pas de nationalité, pas de frontières. Elles voyagent, libres. Pas besoin de passeport, de papiers… la musique prend le bateau et l'avion sans problème ! J'appartiens à un pays où le mélange culturel est normal. Mon pays est une terre d'escale pour de nombreux peuples qui y ont apporté leur culture, et par conséquent leur musique. Il s'agit par essence d'une terre de métissage.
Le métissage est donc votre façon d'être cubain ?
Tout à fait ! Au risque de choquer, je dirais même qu'être cubain ne signifie rien ! On me parle souvent des faits historiques et politiques marquants de Cuba à partir de la colonisation, mais c'est une façon européenne de voir les choses. Nous ne pensons pas en ces termes-là. Notre repère à nous c'est la liberté : être cubain, c'est avoir la possibilité de choisir la culture qu'on veut, la partie de l'histoire que l'on veut, et mélanger tout cela à notre façon.
Pourquoi avoir joué et enregistré à Cuba ?
Quand tu te retournes sur ce que tu as fait, tu vois ton parcours, l'Europe, l'Amérique du Sud, les Etats-Unis… Dans tout ça, il ne manquait que Cuba. L'idée est venue naturellement, en regardant la feuille de route d'une tournée de concerts et en se disant "Tiens, pourquoi pas une date à Cuba ?"
Etait-ce compliqué à organiser ?
Tu as l'impression que rien n'avance, que ce ne sera pas faisable, et puis, miraculeusement, les choses se dénouent et tout le monde commence à travailler dans le même sens : ministère de la Culture, équipe technique sur place, équipe vidéo, staff français, maison de disques, partenaires, musiciens…
Dans quel état d'esprit avez-vous abordé le premier concert à l'Acapulco de La Havane ?
J'étais mort de trouille, j'allais vers un public que finalement je ne connaissais pas. C'était bouleversant : je ne m'attendais pas à un accueil comme celui-là. Le concert a duré 2h30, un moment vraiment très fort. J'ai joué devant un public qui comprend si bien ma musique, mes textes, les troisièmes degrés, les malices… Je voulais avoir leur aval, les voir s'approprier ma musique. J'avais besoin de ça, comme un fils a besoin que son père lui dise qu'il est fier de lui.
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11/02/2012 08h50 geniale! j'aimeeeeee
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