Le Figaro

INTERVIEW DU GROUPE THATUM Mélodies du monde, mélodies nomades

Propos recueillis par Mélanie Carpentier pour Evene.fr - Janvier 2006 - Le 23/01/2006

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INTERVIEW DU GROUPE THATUM

Au confluent du jazz, de la soul, de la musique brésilienne, du trip-hop, et de bien d'autres inspirations musicales, découvrez l'univers singulier de Thatum qui mêle poésie et simplicité... Un premier album déjà dans les bacs et le 2 février prochain à la Guinguette pirate !

Pouvez-vous revenir brièvement sur la formation de Thatum ? Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Raphaël Hara - On s’est rencontrés par un ami en commun en 2002, avec lequel je travaillais sur des compos. J’avais envie depuis pas mal de temps de me mettre à écrire des chansons, alors que je venais plutôt du jazz instrumental. Quand on a commencé à travailler ensemble, j’ai vraiment accroché à la voix de Raphaëlle et vu qu’on s’entendait bien dans le boulot, on s’est lancés et tout s’est mis en place au fur et à mesure.

Raphaëlle Naudin - Pour ma part, je sortais de mon école de jazz, et j’avais envie de m’atteler à la composition dans un projet où se mélangeraient les différents styles de musique qui me touchent : cette heureuse rencontre me l’a permis !

Pourquoi ce nom pour votre formation ?

Raphaël Hara - On avait pensé à s’appeler "The Rapha’s" mais bon... En fait il n’y a pas de signification particulière à Thatum, si ce n’est qu’on en aime bien la sonorité parce qu’elle est "percussive" et qu’elle groove.

Votre album 'Hangin' around' mêle jazz et rythmiques électro, sonorités ethniques. Quelles sont vos sources d'inspiration ?

Raphaël Hara et Raphaëlle Naudin - En fait notre démarche a été surtout de construire de belles chansons, avec de belles mélodies : nous ne nous étions pas fixé de style précis, au contraire on a vraiment voulu sortir ce qui nous touchait et nous semblait naturel... Et vu que nous avons chacun nos univers musicaux propres, mais avec beaucoup de sensibilités communes, tout ça donne ce mélange entre jazz, soul des années 60-70, musique brésilienne, trip-hop, et bien d’autres !

Vous chantez en anglais et en français : ce choix révèle-t-il votre désir de composer une musique 'sans frontières' ? Une musique qui s'exporte ?

Raphaël Hara - Qui s’exporte, ce n’était pas vraiment notre souci premier... Sans frontières, par contre, carrément !

Raphaëlle Naudin - Notre culture musicale de base tournant plutôt autour du jazz et du rhythm’n blues, il était plus logique pour nous de commencer à écrire en anglais... D’autant que j’ai vécu une bonne partie de mon enfance à New York et que les artistes américains m’ont très vite fascinée par leur univers et leur sens du show. Ecrire en anglais nous semblait plus facile aussi : l’écriture en français est très intime et très exigeante, on a mis un peu plus de temps à s’y mettre... avant d’équilibrer la balance dans notre prochain disque ?

Comment se passe la collaboration des deux Raphaël(le)? Composition des mélodies, écriture des paroles, enregistrement... Quelle est l'implication des musiciens qui vous entourent dans le processus de création ?

Raphaëlle Naudin - Il n’y a jamais eu de règles ou de rôle attitré, c’était vraiment au feeling et selon les morceaux. Pour les morceaux composés tous les deux, tous nos textes ont été écrits "à quatre mains", et chacun a apporté des mélodies au fil de l’inspiration ; pour ce qui est de l’orchestration et de la production, c’est souvent Raphaël qui s’en est occupé.

Raphaël Hara - Sinon nous avons aussi composé la moitié environ avec des amis talentueux : Brice de Margerie (alias Sikim) - qui est aussi celui qui nous a présentés, Romain Tranchart - l’un des deux membres de Modjo et le compositeur du tube 'Lady', Sacha Hladiy, qui a aussi enregistré toutes les parties claviers sur l’album, et enfin Paul de Homem-Christo. Là on a commencé à monter le live et on espère bien que pour la suite, les musiciens avec lesquels on joue seront là pour apporter leur pierre à l’édifice pour les prochaines compositions.

Raphaëlle, vous êtes chanteuse mais également comédienne, danseuse... Comment gérez-vous toutes vos passions au quotidien ? L'accueil du public est-il différent ?

Raphaëlle Naudin - J’ai la chance d’avoir commencé le chant assez tôt, en classe de lyrique avant de multiplier les styles, et je suis arrivée au théâtre sur le tard... J’ai adoré cette autre approche de la scène, et je n’ai pour l’instant aucune envie d’avoir à choisir entre musique et théâtre ; les publics aussi différents soient-ils me donnent à chaque fois un peu plus l’envie de continuer mes passions artistiques ! Quant à la danse, j’adore ça, cela fait partie de mes activités, mais je n’oserais me prétendre professionnelle... Le modèle de l’artiste américain ultrapolyvalent y est, là aussi, pour quelque chose !

Voyage, évasion, souvenirs... Quels sont selon vous les mots qui peignent le mieux vos créations ? Est-ce une volonté de les teinter de sérénité, de calme et de plénitude ?

Raphaël Hara et Raphaëlle Naudin - C’est vrai que nous avions envie que notre musique fasse voyager, et que le voyage a été à la fois le thème de deux de nos morceaux, et une source d’émotions et d’inspiration pour tout l’album. Nous voulions parler de thèmes universels comme l’amour, l’amitié ou le rapport au temps, et en parler avec poésie et simplicité, ce qui caractérise bien notre musique. Un des aspects qui nous tenait à coeur était aussi d’offrir une musique généreuse, une musique accueillante, où on entrerait comme dans une maison amie...

Quel regard le groupe Thatum qui s'autoproduit porte-t-il sur le monde du disque ? L'envie de signer chez une major vous tient-elle à coeur ou souhaitez-vous garder un contrôle total sur vos créations ?

Raphaël Hara - L’industrie du disque est en profonde mutation, ce n’est pas un scoop : surtout pour les majors, qui ont mis en place depuis plusieurs années des politiques à court terme dont elles récoltent les fruits aujourd’hui : c’est vrai qu’on a moins de scrupules à télécharger le hit du moment, dont on sait que l’interprète aura disparu dans 6 mois, qu’en aurait un fan de Pink Floyd à "flouer" son groupe fétiche... Du coup, l’impact pour des groupes comme nous est assez clair et net : on se débrouille tous seuls ! Ceci dit, nous serions ravis de signer dans une major et d’avoir accès à leurs compétences et leurs moyens de promotions... tout en gardant une totale indépendance artistique.

Sur la scène actuelle, quels sont les artistes qui vous touchent ?

Raphaël Hara - Les deux, trois derniers disques qui m’ont "mis une claque" : Brazilian Girls (électro-jazz), Ed Motta (groove do Brasil) et Handsome Boy (hip-hop). Sinon j’ai un petit faible pour Richard Bona, qui peut vraiment tout jouer avec une facilité déconcertante et une expressivité unique, jazz, musique africaine, fusion, pop...

Raphaëlle Naudin - Je suis autant électrisée par une Sharon Jones absolument phénoménale sur scène, que touchée par la sensibilité d’une Rickie Lee Jones, le talent d’une Camille ou l’originalité d’une Feist...

Le 2 février, vous envahirez l'espace de la Guinguette pirate... Comment appréhendez-vous cette date ?

Raphaël Hara et Raphaëlle Naudin - On espère surtout "l’envahir" agréablement ! Plus sérieusement, nous sommes très très impatients puisqu’après de longs mois de studio, ce sera notre premier concert, notre premier échange en direct avec le public. D’autant plus impatients que ceux qui nous ont rejoints pour le live sont tous d’excellents musiciens, qui savent se mettre au service de la musique... Ca devrait être vraiment chouette !

Quel sera l'après-Guinguette ? Un nouvel album ? D'autres scènes ?

Beaucoup d’autres scènes, des festivals, dans un premier temps... Quant au prochain album, nous avons déjà pas mal d’idées, que nous aurons l’occasion de jouer sur scène avant de les enregistrer...

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