mardi 09 février

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Le cirque des gens qui pleurent

INTERVIEW DU WEEPERS CIRCUS


Quelques mois après la sortie de 'Tout n'est plus si noir', leur dernier album ironique et éclectique, les Strasbourgeois sont aujourd'hui en tournée dans toute la France, et de passage à Paris le 31 janvier 2008 au Café de la danse. A découvrir absolument.


C'est dans les locaux de leur maison de disques que nous avons rencontré deux des membres fondateurs de cette joyeuse troupe. Alexandre Georges (chanteur accordéoniste) et Eric Kaija Guerrier (guitariste) nous confient leur rapport à la contestation et leur ennui de la "nouvelle scène française". Ils nous invitent surtout à découvrir les coulisses magiques du "cirque des gens qui pleurent", où l'on croisera entres autres Olivia Ruiz, Dino Buzzati et Georges Bizet. Un groupe décidément hors norme dans le grand Barnum de la chanson hexagonale.


'Tout n'est plus si noir' est votre 6e album. Depuis combien d'années le Weepers Circus existe-t-il ?

Eric : Cela fait 19 ans qu'on a commencé la musique et 10 ans qu'on en vit. L'une des particularités du groupe, c'est que tout s'est fait très lentement, petit à petit. On continue d'être dans cette logique, un peu comme des artisans.

Alexandre : On était un groupe de lycéens, on est devenu le groupe de la fac, et puis on a joué devant de plus en plus de gens…


Pourquoi ce titre d'album ?

Alexandre : Pour notre précédent album 'La Monstrueuse Parade', on s'était plongé dans l'univers sombre du film 'Freaks' de Tod Browning comme source d'inspiration. On évoquait la question de la différence sous des traits un peu noirs, avec le thème de la monstruosité. Avec 'Tout n'est plus si noir', c'est une manière de rattraper quelque chose de plus serein et de moins torturé. L'atout de cet album, c'est qu'il est plein d'univers différents, et on ne nous l'a pas encore reproché !

Eric : C'est l’une des caractéristiques de ce qu'on fait depuis toujours dans nos albums : d'un titre à l'autre, on change d'horizon. Comme on est plusieurs à écrire dans le groupe, chacun va apporter sa sensibilité. Il y a aussi une dimension ironique dans 'Tout n'est plus si noir'. On fait le constat d'un monde qui ne va pas bien, avec aujourd'hui ce point de non-retour qu'est la mondialisation. On aborde cette question sans pour autant revendiquer. On ne se range pas dans la catégorie des militants, mais on utilise des métaphores oniriques pour poser ces questions. C'est aux gens de trouver leurs propres réponses.

Alexandre : A l'époque des Présidentielles de 2002 où le Front national était arrivé au second tour, on a fait un concert anti-Le Pen. Mais à quoi sert un concert contre le Front national devant un public qui ne votera forcément pas Le Pen, vu qu'il adhère déjà à tes chansons et à ton univers ?


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Avec le morceau 'Tout le monde chante', vous faites un portrait assez épicé de ce qu'on appelle la "scène française actuelle". Comment vous situez-vous par rapport à cette étiquette ?

Eric : Il y a tellement d'albums qui sortent chaque année en France que c'est difficile de tout saisir. Mais, sur ce qu'on entend à la radio, je fais un constat d'ennui. Je n'aime pas cette idée de "nouvelle scène française". Pour moi ça ne veut rien dire. Que ce soit par rapport au genre musical ou à l'époque, je ne comprends pas cette définition. Le morceau 'Tout le monde chante' se moque des poncifs et des clichés de cette "scène actuelle", même si je ne conteste pas le fait qu'il y a toujours eu des modes. La musique commerciale a toujours existé, la seule différence aujourd'hui c'est la multiplication médiatique, notamment grâce à Internet. Personnellement, on se positionne avec sincérité par rapport à notre travail, et on essaie de prendre des chemins de traverse. Mais on ne se place pas au-dessus des autres ! Je trouve que l'album 'Le Fil' de Camille est un chef-d'oeuvre, tout comme 'L'Imprudence' d'Alain Bashung.



Plusieurs invités participent à ce 6e album, notamment Olivia Ruiz et Mathias Malzieu. Comment se sont passé ces rencontres ?

Eric : Avec Olivia, c'est une rencontre spontanée qui a eu lieu en 2002, pas du tout orchestrée par les maisons de disques. On a fait beaucoup de concerts avec elle au moment où elle n'était pas encore aussi connue que maintenant. C'est elle qui nous a présenté Mathias, à qui on n’avait pas forcément pensé auparavant. On a été fasciné par son univers et son côté burtonien.

Alexandre : C'est souvent du hasard complet, mais on a beaucoup de bonheur à inviter des artistes sur nos morceaux. Il y a d'autres gens avec qui on ne désespère pas de travailler un jour, comme les Ogres de Barback, et puis j'espère que les membres de Debout sur le Zinc viendront participer à un prochain projet.


Le morceau 'Le K' fait référence à une nouvelle de Dino Buzzati. On trouve dans l'univers de Weepers Circus de nombreuses inspirations qui viennent du cinéma ou de la littérature. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Alexandre : Je peux relire 'Le K' à n'importe quel moment et y voir un reflet de la société. L'idée c'est de courir toute sa vie sans se rendre compte du bonheur qu'on a raté. J'avais envie de parler du fait de s'arrêter juste deux secondes et de regarder le monde tel qu'il est. On s'est fait plaisir sur cet album. Par exemple au niveau des thèmes on ne s'est mis aucune barrière. Quand j'apporte un morceau avec une rythmique disco, je me demande si les autres vont sentir le second degré ou le côté un peu fanfaron de mon idée, et au final ça fonctionne très bien. J'ai aussi travaillé sur un thème de Bizet qui s'appelle 'Pêcheurs de perles' pour le morceau 'Je crois entendre encore', et puis Eric a travaillé sur un thème de Vivaldi.

Eric : Au niveau des textes, plutôt que de décrire le désenchantement du monde, on a envie de le réenchanter en introduisant une dimension magique dans ce qu'on évoque. La description du quotidien du "bobo" parisien ou du sentimentalisme béat, ça ne nous intéresse pas. Dans 'Je crois entendre encore', Alexandre parle du cancer de manière métaphorique. Ce n’est pas immédiatement clair mais c'est bien de la maladie dont le texte parle.


Lors de vos précédents concerts, vous faisiez la part belle aux costumes étonnants et aux interventions scéniques, d'où vous vient cette envie de présenter de vrais spectacles ?

Alexandre : Un jour, on a rencontré un groupe qui s'appelle les Joyeux Urbains. Ils sont de super musiciens et des artistes complets, tous issus du théâtre d'improvisation. On les a vus jouer sur scène et on a tous pris une claque phénoménale. Depuis, on a décidé de travailler la scène autrement. On critique souvent la mise en scène dans les concerts, mais nous on ne veut pas se présenter avec le jean et les baskets, la cigarette et la canette devant le public. On a envie que les gens passent un moment exceptionnel, de les faire voyager pendant le spectacle, et pour ça il faut qu'il y ait des choses un peu imprévues qui s'y passent. On nous dit souvent qu'on a du mal à nous caser et c'est ça l'idée : on sort le public un peu hors du monde en jouant à perdre ses repères et à donner des fausses pistes. Et puis on a tout simplement envie que les gens ressortent avec un grand sourire et des petites étoiles dans les yeux. Le Weepers Circus, ça reste l'idée du cirque où tous les arts sont représentés.

Eric : On n'est pas comédiens, mais on essaie tous d'incarner un personnage qui fait des choses sur scène. La nouveauté pour ce spectacle c'est qu'on utilise la vidéo comme nouvel élément. On est de vraies éponges : on a besoin qu'on nous apprenne plein de choses et on a besoin de recevoir aussi.


Propos recueillis par Minnie Benoliel et Blandine Josselin pour Evene.fr - Décembre 2007


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