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Jason Lytle : « Grandaddy ? Un plaisir coupable »
Propos recueillis par Pauline Le Gall - Le 28/08/2012
La reformation de Grandaddy, six ans après leur séparation était, avec le concert de Noel Gallagher, LE véritable événement de Rock en Seine. Rencontre quelques heures avant le concert de Grandaddy avec son leader, Jason Lytle, qui s’apprête à sortir le 16 octobre son deuxième album solo Dept. of Disappearance avant peut-être un nouveau Grandaddy !
Le bonnet vissé sur la tête, Jason Lytle arrive tranquillement au point presse. Vu de loin, il n’a pas la trempe du héros qu’il a été pour les fans de musique indé ces quinze dernières années. Et pourtant, sa musique continue à être une influence majeure, citée par une bonne partie de la scène américaine. Jason Lytle revient pour Evene, avec beaucoup d’humour et de gentillesse, sur la reformation de son groupe ainsi que sur son album solo Dept. of Disappearance, enregistré au fin fond du Montana.
Jason LytleComment appréhendez-vous le concert de ce soir ?
Je le sens très bien ! Je suis très content du concert que nous avons donné en Suisse hier. Ce soir, ce sera sûrement encore meilleur ! Cela dit, ce genre de grands festivals n’a pas ma préférence. J’ai fait une série de concerts récemment à Portland, une résidence où je jouais chaque soir devant 150 personnes et je vivais dans l’hôtel au-dessus. J’y jouais des morceaux solos, des chansons de Grandaddy, des reprises… C’était vraiment l’idéal. Même si les chansons plus rock de Grandaddy s’adaptent plutôt bien aux grandes scènes.
Qu’est-ce que ça vous a fait de jouer tous ensemble, six ans après votre séparation ?
C’est très amusant. En même temps, ça fait peur de se rendre compte comme le temps est passé vite. C’est aussi assez étrange de jouer des vieilles chansons. Mais j’ai l’impression que tout le monde s’amuse beaucoup, pas seulement moi mais les autres membres du groupe et le public.
Est-ce que c’est l’occasion d’écrire de nouveaux morceaux de Grandaddy ?
Pas pour le moment… Cette série de concerts, c’est avant tout un plaisir coupable. L’occasion d’avoir une bulle de concerts de Grandaddy. On ne compose rien pour le moment, mais qui sait par la suite ? J’ai toujours envie de faire un nouvel album de Grandaddy… Peut-être l’année prochaine.
Vous êtes devenu un groupe encore plus culte depuis votre séparation, pour la jeune génération…
Oui, et jouer pour ces personnes, c’est vraiment l’une des choses qu’on trouve très cool. Tous ces gens qui apprécient Grandaddy mais n’ont jamais eu l’occasion de nous voir sur scène, on a envie de jouer pour eux. Si j’avais beaucoup aimé un groupe qui s’est séparé, j’aurais été content de pouvoir les voir sur scène. Et puis j’ai l’impression qu’on est meilleur sur scène.
Quand vous avez décidé de mettre un terme à la carrière de Grandaddy en 2006, vous aviez un rapport très conflictuel avec les tournées. Est-ce que ça a changé ?
Je ne fais plus le genre de tournées que l’on faisait à l’époque avec Grandaddy. On partait très longtemps, et les tournées ne s’arrêtaient jamais… Ce n’était pas un environnement naturel pour moi. Maintenant, quand je tourne, je m’aménage des moments de liberté, où je peux être seul, prendre du temps pour moi. Ça rend l’expérience très différente. Je peux apprécier les tournées. Avec Grandaddy, on en était arrivé au point où je n’appréciais plus du tout la scène, et c’était dommage. C’est bien mieux maintenant. Je pars pour des plus petites tournées, très resserrées.
Quel regard portez-vous sur les quatre albums de Grandaddy ?
Quand j’ai décidé de faire de la musique mon métier, je n’ai voulu enregistrer que des choses dont je pourrai être fier plus tard. Si je pouvais refaire les albums de Grandaddy, bien sûr que je changerai quelques petites choses ici et là. Mais je ne suis pas comme ces artistes qui peuvent dire « oh, ce disque ne nous ressemble plus trop » ou « je déteste mon deuxième album ». C’est inconcevable pour moi ! Chaque disque doit être spécial, je dois pouvoir en être fier et me dire que j’ai fait quelque chose de bien. Je suis content de l’héritage laissé par Grandaddy.
Jason Lytle, © J. GarnerVous avez toujours enregistré dans votre propre studio, est-ce que ça a participé au style si particulier de Grandaddy ?
Oui, c’est vraiment nécessaire pour moi d’enregistrer dans mon studio. J’arrive à créer avec d’autres personnes, parfois, mais je n’arrive à tirer le meilleur de moi-même que quand je suis seul, avec mon propre rythme. Quand j’enregistre, je ne compte plus mes heures. J’entre dans mon propre monde et il n’y a pas de place pour d’autres personnes. J’adore l’idée de travailler avec d’autres personnes, mais je travaille mieux tout seul. Avoir un studio chez moi, ça me permet d’enregistrer tout de suite si j’ai une idée alors que je suis dans la cuisine en train de préparer mon dîner ou dehors en train de réparer ma voiture. Quand on enregistrait avec Grandaddy, je faisais beaucoup de choses seul. Certes, j’étais le capitaine du navire, mais j’avais une entière confiance en mon équipage, et le bateau ne pouvait pas se déplacer sans eux. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir des musiciens qui me faisaient assez confiance.
On sent une vraie liberté sur votre nouvel album solo Dept. of Disappearance. Comment s’est passé l’enregistrement ?
Je l’ai enregistré pendant un an ou deux. Je travaillais dessus chez moi, dans le Montana. J’avais vraiment envie d’un sentiment d’espace. J’aime bien travailler en fonction de la météo. Au début de la semaine, je regarde les prévisions. S’il y a trois jours de neige et quatre jours de soleil, alors je sais que je vais travailler trois jours, et que le soleil sera ma récompense. J’ai écrit une partie de cet album pendant l’hiver, qui est très dur dans le Montana. Mais en effet, je me sentais très libre. Il y a même des morceaux qui sont si optimistes qu’ils en sont embarrassants, comme « Get up and Go ».
Quels sont vos projets pour la suite ?
J’ai envie de travailler sur une version plus intimiste des chansons de Dept. of Disappearance que je veux appeler Dept. of Reappearance. Et, peut-être, comme je le disais un nouvel album de Grandaddy… Oui, vous voyez, je suis très occupé en ce moment !
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