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INTERVIEW DE JESSE HUGHES DES EAGLES OF DEATH METAL L’aigle à moustaches
Propos recueillis par Mikaël Demets et Aurélie Louchart,photos (c) Jean-Nicolas Berniche pour Evene.fr - Janvier 2007 - Le 02/02/2007
Produits par Josh Homme des Queens of the Stone Age, qui est habituellement le batteur de la formation, les Eagles of Death Metal (ça en fait des noms à coucher dehors) passent par Paris. Une occasion unique de rencontrer leur leader Jesse Hughes, chantre d’un rock bourré d’énergie, d’insouciance et d’humour rafraîchissant.
Le concert s’est terminé il y a une heure. Si ‘Death by Sexy’, le dernier album des Eagles of Death Metal (EoDM pour les intimes), avait impressionné par sa fougue et sa variété, sur scène, c’est époustouflant. Finalement, Jesse Hughes et ses acolytes sortent et restent plus de trois quarts d’heure avec leurs fans. Jesse - la moustache virile, les lunettes à la ‘Starsky et Hutch’, et une douce odeur de shampooing (si, si !) - enchaîne les blagues, drague grossièrement tout ce qui ressemble de près ou de loin à une fille, déclenchant des éclats de rire. Puis il nous reconnaît et vient nous prendre dans ses bras. Combien de stars vous ignorent une fois l’interview terminée ? Lui vient personnellement vous congratuler et vous remercie d’avoir parlé de lui, allant même jusqu’à demander si l’on a pu prendre toutes les photos que l’on voulait. Notre bonheur est palpable : non seulement Jesse et sa bande nous ont régalés, mais ils sont en plus fidèles à leur simplicité et leur enthousiasme découverts quelques heures auparavant chez leur leader, juste avant les balances du concert du soir…
Alors Jesse, heureux d’être à Paris ?
Je passe un excellent moment (coup d’oeil à la journaliste…), j’adorerais vivre une histoire d'amour à Paris... (rires) C'est la première fois que je viens à Paris. Je suis un ambassadeur des Etats-Unis, mais vraiment, et je ne dis pas ça parce que je suis ici, mon pays préféré est la France. J’aime votre culture, votre style, votre sens de la présentation... Vous savez tirer profit de votre beauté, vous savez tout rendre beau. Parce que bon, ne le répétez pas, mais en Angleterre, ça, ils ne savent pas le faire…
Comment avez-vous rencontré Josh Homme (absent de la tournée car il prépare le nouvel album des Queens of the Stone Age, ndlr) ?
Joshua est le meilleur des amis que j’ai eus. Un ami de toujours. Nous nous sommes rencontrés quand j’avais 13 ans, il m’a botté le derrière à une fête et nous ne nous sommes plus quittés. Depuis il m’a toujours protégé des voyous. Dans ce groupe, il est mon vrai partenaire, non seulement le batteur, mais aussi le producteur. J’écris la musique, je lui apporte et il fait ce qu’il faut. C’est le mec qui fait que je peux être tranquille : je n’ai à me soucier de rien. J’ai une chance fantastique de l’avoir.
Considérez-vous les Eagles of Death Metal comme un groupe professionnel ou est-ce simplement une bande de potes qui s’éclatent ?
C’est quelque chose de professionnel, mais qui s’avère être le fruit du travail de deux p*** d’amis. C’est ce que nous vous donnons qui compte : ce groupe est un témoignage d’amitié, d’intégrité. On ne se prend pas au sérieux, par contre on prend la musique très au sérieux. Quand je fais de la musique, je ne plaisante pas, mais cela ne m’empêche pas de raconter des conneries !
Vous êtes d’ailleurs beaucoup dans l’humour, notamment à travers vos paroles, très drôles, et votre côté parodique. Jugez-vous la scène rock actuelle trop sérieuse ?
Malheureusement oui ! Tout est pollué par le sérieux. Ou pire : par la vanité. Les gens qui se prennent au sérieux, c’est vraiment de la connerie. Dans ce business, certains agissent comme si les autres avaient de la chance de pouvoir les regarder, c’est n’importe quoi ! C’est le boulot le plus génial qui soit ! T’es le p*** de mec le plus chanceux de ce p*** de monde si tu fais ce que je fais ! Je suis à Paris, des gens prennent des photos de moi (il pose pour notre photographe) et je parle de moi à des gens que ça intéresse ! C’est fabuleux ! Il n’y a rien de mieux au monde.
Auparavant, vous étiez journaliste. Comment un journaliste devient-il une star du rock ? Je suis moi-même journaliste…
(Rires) Tu dois vivre le pire divorce imaginable, prendre beaucoup de drogues et surtout - surtout ! - être hanté par la beauté de toutes les femmes avec lesquelles tu as dû refuser de coucher.
Quel a été le déclic qui vous a donné envie de passer de journaliste à rocker ?
J’ai une histoire unique. Tout ce que j’ai toujours voulu être, c’est politicien. Je voulais finir sénateur, être un bon républicain. C’était mon seul but. (Il prend un air grandiloquent) Sérieusement, le rock’n’roll m’a choisi, mec ! Je n’ai jamais rien fait pour être dans un groupe. Jamais. En 1998, quand Josh m’a fait enregistrer pour les ‘Desert Sessions’, c’était cool, mais je ne voulais pas en faire mon boulot… Et puis un soir, je suis rentré du travail : j’étais alors cadre en costume-cravate, je pesais 95 kilos, bref j’étais devenu vieux et gros. Ce soir-là donc, je suis tombé sur ma femme au lit avec sa meilleure amie. Ca m’a foutu en l’air ! Je ne voulais plus voir personne, j’étais tellement paumé que ma mère s’est inquiétée et a appelé Joshua pour qu’il vienne prendre soin de moi. Le soir de la Saint-Sylvestre, il a débarqué chez moi alors que j’étais sorti. Quand je suis revenu, je l’ai trouvé devant mon ordinateur, sur lequel il avait trouvé trois chansons : ‘I Only Want You’, ‘Whorehoppin’ et ‘Bad Dream Mama’. Il était en train de les écouter, et en me voyant il m’a demandé d’où ça sortait. J’avais écrit ces chansons en secret alors que je divorçais de ma femme. J’avais l’impression d’être un moins que rien, je me sentais laid, alors j’avais envie de me sentir comme une star du rock... Deux semaines plus tard, Josh me conduisait à Hollywood dans la voiture de ma mère. J’ai écrit l’album en une semaine, on l’a enregistré et je ne suis jamais revenu à ma vie d’avant. Comment entrer dans le monde du rock ? Je n’en sais rien ! Le rock t’attrape et te dit : “Hé toi, tu as gagné, ouais !”
L’élaboration du premier album fut donc très particulière… Comment cela s’est-il passé pour le second ?
Pour le premier, j’étais écrasé par la magie : être à Hollywood, enregistrer un album avec Josh et cet enf*** de Jack Black... Je planais. Pour le second disque, j’avais fait une tournée, je jouais mieux de la guitare, je ne me sentais plus comme un gosse gâté, j’avais une légitimité. Parce qu’honnêtement, pour le premier, j’avais l’impression d’être un intrus, de ne pas mériter ce que j’avais. La deuxième fois on était à Sun City, là où Nirvana a enregistré ses disques. Je savais à peu près ce que je faisais et j’étais avec mon meilleur ami. C’était génial. Le troisième album qu’on fera à notre retour de tournée sera enregistré dans un nouveau club que Josh vient d’acheter, le Big Duck. Un p*** de studio géant, où il y aura une pièce pour les Queens of the Stone Age, et une autre pour les Eagles of Death Metal !
Sur le second album, chaque titre a son style propre. Il y a du garage, du boogie, du metal, de la country... Cet éclectisme était-il voulu ?
Il y a une constance sur cet album : le rythme. Tout est orienté vers le rythme. Donc je ne suis pas aussi éclectique que je suis efficace : je ne recherche pas un truc en particulier, je ne veux qu’une chose. Si je le pouvais, j’écrirais la même chanson encore, encore et encore, parce que je veux juste danser et secouer mon derrière. Le reste je m’en fous.
C’est aussi dû à des influences variées ?
J’ai grandi dans le Sud en chantant du gospel à l’église baptiste. Mon père, un fan de rock pur et dur, m’a emmené à mon premier concert : Kiss. Puis mes parents ont divorcé, ma mère et moi avons déménagé en Californie ; j’ai commencé à écouter Black Flag et d’autres groupes punks. On écoutait aussi les classiques à la radio, comme Led Zeppelin. Si on est sincère et honnête dans son approche de l’écriture, la musique n’est rien d’autre que la régurgitation de ce qu’on a écouté. Tout a déjà été fait, ce n’est que de la réécriture.
Vous parliez de politique tout à l’heure, avez-vous songé à mélanger celle-ci avec la musique, comme le font certains groupes ?
(Il réfléchit) J’y pense souvent mais je crois vraiment que c’est une très mauvaise idée. C’est un coup bas d’embobiner les gens en les faisant danser et s’éclater pour ensuite leur dire pour qui voter. En politique, la dernière personne que j’écouterais est un rocker ou un acteur. Honnêtement, si tu veux savoir en quelle politique croire, écoute ce que disent les acteurs et fais exactement l’inverse. Les gens qui veulent être connus n’en ont pas grand-chose à carrer des autres. Ce sont juste des p*** de stars. Quant aux politiciens qui utilisent ces stars, ils sont mauvais, bien plus mauvais que n’importe qui d’autre. Parce qu’ils se foutent du message. Ils veulent juste paraître cool.
On retrouve souvent les même personnes autour de vous et Josh Homme : Mark Lanegan, Dave Grohl (ex-Nirvana, leader des Foo Fighters), l’acteur Jack Black (aussi leader de Tenacious D), le batteur Joey Castillo… On a l’impression qu’il y a une vraie bande dans le metal californien.
Oui, on est une sorte de gang. Je suis très heureux que ce groupe se fonde sur l’intégrité et la loyauté. Ca signifie non seulement que quelqu’un va prendre soin de toi, mais aussi que tu es un membre de la bande à part entière. On s’influence les uns les autres, on s’entraide, on échange nos idées… J’ai beaucoup de chance d’être accepté parmi eux. Quand tu vas à Hollywood, tu meurs avec les amis que tu avais en arrivant. On ne se fait jamais de nouveaux amis dans le monde du rock - sauf exception. Mon grand-père me disait : “Si tu peux compter tes amis sur les doigts d’une main le jour de ta mort, t’es un p*** de petit veinard !” Il avait raison.
Vous avez récemment fait à Londres un concert où seules les femmes étaient autorisées. Etait-ce l’apogée de votre carrière ?
Deux ans que j’essayais de concrétiser cette idée... (rires) D’une certaine manière c’était un truc très important. Ca a marqué quelque chose qui, à mon avis, est primordial : le lien entre les femmes et le rock’n’roll. Et ça m’a donné une p*** d’opportunité d’aimer des femmes en public... C’était incroyable. Non seulement c’était bourré de filles, mais de filles sapées ! Quand je suis arrivé sur scène il y avait 400 coupes de champagne levées pour moi ! Un rêve…
Pourtant tout à l’heure vous disiez que les Anglaises n’étaient pas terribles…
Il y avait trois quarts de Françaises et beaucoup d’Allemandes !
Un mot sur cette moustache, devenue le symbole du groupe. C’est votre arme pour séduire les femmes ?
N’importe quel mec qui a un enfant porte la moustache. Je suis un vicieux et j’adore les femmes. Je vais te dire le secret : la meilleure manière de séduire une femme est de ressembler à son père quand elle avait douze ans ! (Il éclate de rire) Bingo ! Ca marche vraiment. C’est le complexe d’Electre, tu profites juste de la psychologie, baby. Quand j’étais au lycée les filles ne voulaient pas coucher avec moi, mais maintenant c’est une autre histoire…

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