mercredi 10 février

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La musique adoucit les coeurs

INTERVIEW DE MANO SOLO

Propos recueillis par Thomas Chouanière pour Evene.fr - Septembre 2009


Mano Solo nous quitte et laisse derrière lui une oeuvre qui frappe juste. Evene l'avait rencontré en septembre 2009, à l'occasion de la sortie de 'Rentrer au port' dans lequel il démontrait, encore une fois, sa sincérité et une plume à la fois touchante et révoltée.


Interprète prolifique, multipliant les projets, Mano Solo n'en est pas moins prolixe en interview. Difficile ainsi de garder les meilleurs passages des deux heures d'entretien qu'il nous a accordées, tant sa façon de détailler ses méthodes d'écriture et les thèmes qui l'habitent attestent de sa transparence et donnent envie de l'écouter encore. Face au tourbillon de la promotion, l'artiste témoigne "en vrai" des qualités humaines qui font la beauté de ses oeuvres, et de sa volonté de ne pas faire de concession. Florilège.

Lire la critique de 'Rentrer au port'

Sur la chanson 'Rentrer au port', vous dites qu'il n'y a "rien à dire, rien à vivre". Pourtant, à l'écoute de nombreux autres morceaux de l'album, on a plutôt l'impression que c'est l'inverse pour vous. Comment vient l'inspiration de ces textes ?

Il y a des moments où je suis en train d'abdiquer, de penser justement qu'il n'y a rien à dire. Mais je m'énerve contre ces périodes de déprime. Je me dis qu'il vaut mieux se bastonner plutôt que d'abandonner. Vient le besoin de dire que tout est naze pour se convaincre du contraire. C'est ma mauvaise foi. Cet album est un voyage intime. Cela part d'une déprime amoureuse que j'ai vécue. Au départ on se dit que tout est perdu, que l'on ne revivra jamais ça. Puis, on fait une nouvelle rencontre, et l'on se dit que rien n'est perdu. Depuis toujours, mes disques parlent du moment où il faut se battre contre l'adversité. Plus il y a de murs, plus il faut les défoncer. Je refuse le nihilisme, mais je l'exprime pour mieux repartir. Ici, je commence avec l'expectative qui fait suite à une rupture, puis je me déplace vers la renaissance de l'amour. C'est de la psychanalyse en chanson.


Cette idée de voyage se retrouve à plusieurs moments du disque, quand vous faites référence à Saint-Christophe ou à l'idée de campement. Cet album est aussi un déplacement géographique ?

Cette année a été celle du voyage pour moi. J'ai accompagné Zingaro (troupe de théâtre équestre basée à Aubervilliers, ndlr) dans leur tournée. Je suis amoureux d'une voltigeuse de leur troupe. Cela m'a permis de vivre dans la machine humaine et très poétique qu'est Zingaro. Le campement a quelque chose de très émouvant, comme une tribu, les gens vivent en permanence entre eux, avec leur joie et leur peine. N'importe quel gamin rêverait de vivre dans cet espace, avec ces chevaux magnifiques, cette liberté, ce plaisir de vivre, un esprit que l'on retrouve aussi dans leur camp de base à Aubervilliers. J'avais l'impression de vivre dans un film. Donc cette année a été à la fois un voyage avec eux, mais aussi vers eux, dans cette histoire. Même chez eux, à deux kilomètres de Paris, on a l'impression d'être ailleurs. C'est un monde dans lequel je renais, et cela a influencé le disque.


Sur 'Les Enfants des autres', vous traitez avec mélancolie du fait d'élever un enfant qui n'est pas de soi. C'est quelque chose qui vous touche particulièrement ?

C'est très dur de passer du temps avec un enfant, et de le voir disparaître au moment de la rupture avec sa mère. On ne rompt pas avec le gamin dans ces cas-là, il n'est pas lié à ça. C'est un déchirement pour soi et pour lui. Vivre quatre ans avec un enfant pousse à l'aimer comme son propre fils. C'est forcé quand on éduque quelqu'un de 5 ans, dans mon cas, et qui vit tous les jours avec soi, on l'élève, il y a une transmission. C'est comme une paternité : un grand partage, et une chance. Mais le problème, c'est de ne pas avoir de droits sur cette chance. Du jour au lendemain, on sait pourquoi la femme n'est plus là, mais ce n'est pas une rupture justifiée avec l'enfant. J'ai souffert de ça comme d'une séparation que l'on ne comprend pas. Soudain, on n'est plus responsable, plus concerné. On ne peut souhaiter cela à personne. Le besoin d'en parler, de se débarrasser de ce problème, vient du manque d'issue. La seule alternative reste la création. L'expression d'une souffrance, cela permet aussi de faire réfléchir d'autres personnes concernées, même si je ne changerai pas les rapports humains.


Depuis l'album précédent, vous êtes revenu à des arrangements proches de vos trois premiers opus. Il y a donc peu de morceaux avec une section rythmique. Pourquoi ?

Ce qui a marqué les trois premiers albums, dont les chansons proviennent de la même période temporelle, reste d'avoir privilégié l'écoute des paroles, et la musique accompagnant les vers. C'est pour ça qu'il n'y avait pas de batterie. Le rythme est une prison pour le sens des textes. Les mots ne correspondent pas toujours au dynamisme d'une batterie. C'est pareil avec la basse, quelqu'un qui joue sur les temps n'est pas forcément intéressant. Sur cet album, on a certes invité François, le contrebassiste de Loïc Lantoine mais pour son identité musicale, sa façon de travailler son instrument. La section rythmique ne me manque pas, en écoutant le disque à la fin, je ne me dis pas : "Ah tiens il n'y a pas la formation habituelle." Sur 'Dehors' et 'Les Animals' se posait la question de la scène. On était dix musiciens, et au début ça me plaisait, mais le problème vient des nombreux réglages. Là, à quatre, on peut changer la liste des morceaux d'un soir à l'autre. Les répétitions augmentent en temps quand il y a beaucoup de musiciens.   Lire la suite de La musique adoucit les coeurs »


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Mano Solo

Mano Solo

Auteur, compositeur et chanteur français
Né à Châlons-sur-Marne le 27 Avril 1963
Décédé à Paris le 10 Janvier 2010

Flanqué d'un père aussi génial que Cabu et d'une mère assez militante pour fonder la première revue écologiste intitulée La Gueule ouverte, Mano Solo développe de manière précoce un talent artistique certain, doublé de fortes convictions politiques. Après une jeunesse difficile, il se fait connaître par son don de dessinateur puis de musicien : il fonde le groupe La Marmaille nue [...]

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