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Petit retour sur le plus grand festival d'Europe...SZIGET FESTIVAL
Au début des années 1990, Péter Müller et Karoly Gerendai, respectivement star de la scène rock locale et programmateur, découvrent l’île d’Obuda, un territoire militaire abandonné de la taille du 3e arrondissement parisien, situé en plein coeur de Budapest, sur le Danube, et décident d’y créer un festival à ciel ouvert, dédié aux étudiants de Budapest. Ce projet voit le jour en 1992 : la première édition du festival Diàk Sziget ("l’île des étudiants") consiste en un rassemblement libertaire qui réunit quelques centaines de jeunes Hongrois avides d’événements culturels - espaces d’expression libre propices à l’échange et à la communication - encore rares à une époque où la démocratie s’instaure à peine. Fort de ce premier succès, le Sziget Festival connaît une expansion fulgurante. Alors que les pays de l’Est traversent une période de conflits politiques ou ethniques, Sziget devient une terre neutre, un espace de paix, où se côtoient les populations serbe, croate, bosniaque, hongroise, russe, roumaine… Quelques années seulement après sa création, le Sziget Festival draine déjà plusieurs dizaines de milliers de personnes. Ce dernier s’associe alors à Pepsi Cola, qui apporte les fonds nécessaires au financement de cette croissance, et devient "Pepsi Sziget". Le partenariat avec Pepsi Cola permet au Sziget d’élargir considérablement sa programmation (avec la venue de têtes d’affiche internationales : Iggy Pop, Sonic Youth, Patty Smith…), d’asseoir sa légitimité sur la scène culturelle européenne et d’assurer sa promotion auprès du grand public et des autorités. En 1999, le partenariat exclusif qui liait Sziget à Pepsi Cola prend fin au profit d’autres sponsors, et, sur sa lancée, le Sziget Festival se développe encore jusqu’à compter 18 chapiteaux et autant de tendances musicales représentées. Aujourd’hui, le Sziget Festival accueille plus de 400.000 festivaliers, réunis pendant 7 jours autour d’une programmation variée et de qualité, concoctée par une vingtaine de directeurs artistiques. 400 concerts s’y déroulent durant la semaine ! La musiiiique, ouuuiiii, la musiiiique…
La scène des musiques du monde : la deuxième plus grande scène du festival, d’une capacité de 30.000 places. Elle a accueilli Femi Kuti, star incontestée de l’Afrobeat. D’autres grands artistes, venus des quatre coins du monde : la voix de légende de l’ex-Led Zeppelin Robert Plant, la jeune Indienne à la voix d’or Susheela Raman, Natacha Atlas et sa musique traditionnelle arabe aux sonorités électro, la fanfare serbe de Goran Bregovic, Cheb Mami, une des plus belles voix du raï, Tiken Jah Fakoly , nouveau symbole du reggae africain, ou encore le Camerounais Manu Dibango. La scène pop-rock a notamment vu la présence des Français Debout sur le zinc et les ex-Zebda, Mouss & Hakim notamment. Au coeur de la Hongrie, la scène tsigane possède naturellement une importance indéniable. De nombreux groupes locaux se succèdent et mettent le feu à un public de plus en plus réceptif à ces musiques, sensibilisé par le succès des films de Kusturica notamment. La scène électro est un gigantesque dancefloor couvert de 2.700 mètres carrés. Les derniers DJ à la mode s’y succèdent sans relâche, pour le plus grand plaisir des "teufeurs" venus en nombre, et des campeurs ayant planté leur tente à proximité de ces arènes emplies de noctambules invétérés, euphorisés par l’entremise du Speed Up, cocktail de vodka, tequila et Red Bull (boisson énergisante interdite en France, mais autorisée en Hongrie…). La scène métal est un des piliers du festival, avec un public aussi fidèle que connaisseur. D’une capacité de 5.000 places, elle a notamment accueilli cette année Cradle of Filth, le plus célèbre et le plus controversé des groupes de black métal anglais, le punk-rock et hardcore des Sick of it All, le cyber-metal de Fear Factory, le heavy-rétro de Cathedral (formation de l'ex-chanteur de Napalm Death). Etaient aussi présents The Exploited, le quatuor écossais formé en 1980 (!) et le death metal de Morbid Angel, qui est venu clôturer la programmation de cette scène… hum, disons, extrême ! Le Sziget et les biscuits… Les biscuits chocolatés, ce n’est pas que pour les enfants… Et le Sziget, ce n’est pas que de la musique… Danse, théâtre, cinéma (…), de nombreux spectacles et des projections ponctuent la semaine des festivaliers avides d’autres formes d’expression artistique. Des nombreuses scènes, des chapiteaux sont consacrés à celles-ci. Chant lyrique, théâtre de rue, spectacles pyrotechniques, jonglage, humour, rétrospectives cinématographiques, il y en a pour tous les (bons) goûts... Les coups de coeur et les déceptions
Goran Bregovic "Wedding and Funeral" Band : concert assez décevant. Bien que l’on retrouve "la patte Bregovic", son orchestre de cuivres désaccordés au son si particulier, il supporte mal la comparaison avec les nombreux groupes locaux qui électrisent les petites scènes du festival. Goran a beaucoup tourné, et sa fraîcheur scénique s’en ressent… Guru’s Jazzmatazz featuring Solar & Doo Wop : l’ex-rappeur de Gangstarr crée l’événement partout où il passe. Il ne déroge pas à la règle à Budapest, avec son mix entre hip-hop et jazz. Avec Doo Wop aux platines, son quartette de musiciens jazz talentueux et Solar, chanteuse belge à la voix cristalline, Guru impose le respect. Un concert cool, jazzy, hip-hop… Scissor Sisters : sorte de mix entre ABBA et les Bee Gees sauce troisième millénaire, les Scissor Sisters n’ont peur de rien… Et ils ont raison ! Assumant parfaitement leur image, leur look, leur musique, ils y vont à fond… et ça fonctionne ! Si l’on excepte quelques ballades définitivement trop mielleuses, le reste est enlevé, dynamisant, et joyeux. Másfél : "les régionaux de l’étape", aurait commenté un Jean-René Godard enthousiaste… Et il aurait raison ! Mécanique de précision, ces Hongrois jouent un électro-rock millimétré, original. Ils possèdent vraiment LEUR son. A découvrir de toute urgence… Radiohead : LE concert que tout le monde attendait. 60.000 spectateurs entassés devant la Grande Scène pour le plus grand groupe de rock du monde. Malheureusement, le groupe ne semble pas très motivé. Un concert assez froid. Peu de changement par rapport aux versions album. Si un concert de Radiohead reste toujours un grand moment, cette prestation hongroise ne restera pas dans les annales (rien à voir notamment avec leur prestation parisienne de Rock en Seine 2 semaines plus tard)…
Cheb Mami : plus qu’une grand-mère, Mami est surtout l’une des plus belles voix du raï. Mais sa musique est bien loin de la musique traditionnelle. Il nous délivre un mélange très "world music", calibré, pas très inspirant, bien qu’entraînant et dansant. Placebo : si le groupe est en place musicalement, le show n’est pas vraiment au rendez-vous. Placebo semble s’ennuyer sur scène. Ce soir, Brian Molko et ses compères portent bien leur nom : ça en a le goût, l’odeur, la couleur… Mais ce n’est pas un concert vraiment rock ! Iggy Pop & the Stooges : à l’inverse de nombre de jeunes groupes prétentieux, maniérés, policés, Iggy et ses vieux Stooges ont ça dans la peau… Le rock, l’essence d’une musique subversive, bousculant l’ordre et les conventions. A 60 ans l’année prochaine, l’Iguane est toujours le même : gesticulations, provocations, hurlements… Let’s rock ! Prodigy : gros concert aussi. Un son énorme, des sonorités électro très travaillées, un concert visuel en diable (même si les petites cornes ornant la tête d’un des chanteurs ne sont plus d’actualité…). Le dernier concert sur le Grande Scène du festival le clôture en apothéose. Une île à tout faire…
Rémy Pellissier pour Evene.fr - Août 2006
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