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VICTOIRES DE LA MUSIQUE CLASSIQUE 2007 Panorama sur l’opéra
Etienne Billault pour Evene.fr - Février 2007 - Le 22/02/2007
A l’heure où les Victoires de la musique classique approchent, où l’Opéra de Paris affiche des mises en scène plus contemporaines, où en sommes-nous des liens qui unissent la musique lyrique au public d’aujourd’hui ? Il est temps d’interroger l’impact de cet art à l’aune de la création contemporaine afin de désamorcer les clichés qui circulent sur cet art dit “élitiste” et “bourgeois” et mieux déceler le secret des ténorinos et divas qui font tant rêver.
Ciel, mes bijoux... !
Non, ce n’est plus vrai. L’opéra n’est plus un décor de carton pâte où s’égosillent à grands renforts de trilles et de trémolos des matrones de cent kilos accoutrées comme dans un péplum. Il suffit de voir comment les metteurs en scène contemporains sollicitent aujourd’hui les chanteurs, de véritables athlètes qui chantent parfois un air entier allongé par terre, les quatre pattes en l’air, ou sur une balançoire (Natalie Dessay dans ‘Lucia di Lamermoor’ de Donizetti, mise en scène par Andreï Serban cette saison à Bastille), qui se dénudent en public au terme d’une danse d’une sensualité sulfureuse (Catherine Naglestad dans ‘Salomé’ de Strauss par Lev Dodin). Les mises en scène et les partis pris de jeu scénique à l’opéra sont aujourd’hui des plus originaux et retrouvent d’ailleurs au passage certaines problématiques du théâtre contemporain : jeu réaliste ou stylisé, choix du chanteur en fonction du rôle, et non plus de la voix seule, introduction de nouvelles technologies à l’espace scénique, cinéma, plasticiens, vidéastes… Dans cette veine, l’Opéra de Paris propose en ce moment, par exemple, une mise en scène de Don Giovanni de Mozart entièrement transposée à l’époque contemporaine, par le réalisateur de cinéma Michael Haneke.
L’entrée dans “le” monde ?
Aller à l’opéra revient moins cher qu’aller au cinéma. C’est vrai ! Surtout à Paris où le cinéma - un certain type de cinéma paradoxalement dit “populaire” et “grand public” - est hors de prix et où les grandes institutions parisiennes de l’opéra pratiquent des prix très bas pour certaines catégories de places dites “debout”, “sans visibilité” ou à “visibilité réduite”. Bref, il est possible d’aller à l’opéra pour 4, 5, 6, 7, 10 euros maximum pour toutes les productions du théâtre des Champs-Elysées, du Châtelet, de l’Opéra Garnier, Bastille ou Comique, les cinq grandes institutions parisiennes de l’opéra. Seulement, il faut parfois se lever tôt pour certains spectacles qui ont du succès. Accepter de faire la queue en moyenne deux heures avant le début du spectacle à Bastille, en soirée ou le dimanche après-midi, dans le froid, parfois sous la pluie ou sous un soleil torride. Venez avec un bon livre, si vous n’avez pas la chance d’engager la conversation avec des musiciens, des étudiants du Conservatoire, des mordus de l’opéra ou des étrangers qui parcourent le monde entier pour venir entendre telle ou telle voix et qui vous raconteront au passage des anecdotes croustillantes (une nuit à camper devant le “Met” pour avoir une place !).
D’ailleurs, il est à noter que même s’il s’agit toujours d’une élite dite “culturelle” et “intellectuelle” qui meuble encore une bonne partie du contingent de place de l’opéra, cette élite ne correspond plus aujourd’hui à une élite sociale. Le public de l’opéra s’est nettement démocratisé, il est même devenu cosmopolite, c’est une richesse, même si l’ambiance de certaines salles demeure plus guindée que d’autres. Aller à l’opéra bon marché c’est donc, dans un premier temps, accepter d’atterrir au “poulailler” ou au “paradis” : le dernier balcon ou “7e ciel”, c’est toute la poésie de l’opéra ! Tous les mélomanes sont un jour passés par là. D’ailleurs, le son n’y est pas forcément moins bon qu’au premier balcon et la vue plongeante sur certaines mises en scène rajoute quelque chose de vertigineux au spectacle. Rassurez-vous, les salles sont rarement complètement pleines, on arrive toujours à se replacer où à trouver un compromis, c’est-à-dire un bout de marche plutôt confortable. Sinon la musique vous fera oublier le reste.
Pour tous les goûts…
Opéra, récital, concert… Baroque, bel canto, lied, mélodie, opérette, comédie musicale... Il y en a pour tous les goûts. Il n’y a pas de genre moins noble qu’un autre lorsqu’il est fait avec passion et professionnalisme. Le lyrique vit de son éclectisme. Chacun trouvera pointure à son pied en fonction de sa sensibilité. Renseignez-vous sur la nature de l’oeuvre avant d’y aller, son compositeur, son style, sa langue, son contenu, ses rôles, son histoire, ses interprètes… Bref, son livret. Eventuellement, écoutez une version enregistrée au préalable. Plongez-vous dans l’esprit de l’oeuvre. On gagne beaucoup en plaisir et en subtilité à identifier et redécouvrir une mélodie que l’on a déjà dans les oreilles.
Pour ce qui est de la programmation, chaque salle possède sa propre politique ou sensibilité là encore. L’Opéra-Comique est bien entendu le temple de l’opérette française populaire de qualité, l’Opéra Garnier conserve son attrait pour le “grand répertoire” classique, lyrique et chorégraphique, même s’il s’ouvre à des mises en scène contemporaines qui sont souvent bien mieux servies lors de leur reprise à Bastille, l’architecture moderne du bâtiment convenant mieux à leur esprit. Gérard Mortier, l’actuel directeur de l’Opéra de Paris, mène d’ailleurs actuellement un travail remarquable de création et d’exhumation de l’opéra contemporain des XXe et XXIe siècles à l’Opéra Bastille. C’est l’occasion d’y entendre et voir des créations contemporaines de compositeurs encore vivants, possédant un langage musical propre et singulier, même s’il peut parfois paraître au premier abord dissonant et déroutant. Preuve d’ailleurs que l’opéra n’a jamais été aussi vivant qu’en ce moment et que les artistes contemporains savent parfaitement s’approprier cette forme d’art. Le théâtre du Châtelet semble vouloir privilégier ces derniers temps la comédie musicale, genre longtemps méprisé par la scène parisienne et revisiter également un certain nombre d’opéras peu montés ou méconnus. Il partage avec le théâtre des Champs-Elysées un vaste programme de récitals invitant des solistes internationaux, ce dernier faisant également la part belle à la musique ancienne et notamment à l’opéra baroque. Reste enfin les non moins prestigieuses institutions que sont la salle Pleyel, la Cité de la musique et Radio France qui proposent également une longue liste d’événement musicaux, cycles, festivals de qualité, notamment des opéras, la plupart du temps en version de concert, des créations contemporaines, et produisant des personnalités rares et discrètes du monde de la musique classique. A vous de vous tenir au courant et de ne pas rater certaines dates, le plus souvent uniques, même si les grosses productions de l’Opéra de Paris restent en moyenne un mois et demi à l’affiche avant de s’envoler vers d’autres horizons.
Méfiez-vous des stars, des têtes d’affiche et des événements médiatiques...
... du type “Victoires de la musique classique”. Ce n’est pas là que se goûte la musique, celle qui parle au coeur. Non pas que les interprètes y soient dépourvus de talent, loin de là, mais l’événement est souvent formaté de façon à ce que le spectacle ne soit pas au service de l’oeuvre, de la musique, du sens, de l’émotion, ou de la personnalité artistique, mais du commerce, du star-system, du médiatique dans ce qu’il a de plus banal. Comment, dès lors, faire passer une émotion aussi subtile et discrète que celle qui est attachée à la voix humaine ou à la musique en général ? De plus, la performance scénique étant une des composantes fondamentales du chant lyrique, comment comprendre dès lors, que le choix en faveur d’un interprète se fasse à partir d’un enregistrement audio, distribué à des millions d’exemplaires dans la France entière ? Avez-vous déjà vu des cinéphiles se cantonner et se suffire de la télé et de ses programmes “grand public”, il faut l’atmosphère, l’odeur des salles obscures et la curiosité des passionnés qui partent à l’aveugle et qui ne se fient qu’à leurs oreilles pour faire vivre la musique. D’ailleurs, dans l’histoire de l’opéra certaines voix ont souvent exercé une fascination sauvage et mystérieuse sur le public, les phénomènes d’empathie profonde envers un artiste sont donc courants à l’opéra, mais ne reflètent pas nécessairement un jugement fondé ou pertinent - il suffit de voir comment récemment Roberto Alagna a défrayé la chronique à la Scala de Milan en répondant au “lynchage” public dont il était victime.
Et que vive la musique !
Laissez-vous tenter et surprendre. La musique, et a fortiori le chant, nous prennent, nous habitent, nous émeuvent… C’est peut-être d’ailleurs le seul art au contact duquel les vieilles questions éculées et hors de propos qui nous font tant sourire dans les galeries d’art n’ont pas lieu d’être et ne nous viennent pas spontanément à l’esprit : qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce que cela a du sens ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Rien ne vaut de découvrir la musique lyrique par soi, de faire confiance à sa propre oreille, si l’on fait l’effort de la rendre attentive et disponible, ou à défaut de vouloir l’éduquer, à son regard personnel. Cela en vaut la peine, il faut vous en convaincre, pour l’amour de l’art…
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