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INTERVIEW DE YANN TIERSEN Politiquement rock

Propos recueillis par Marion Haudebourg pour Evene.fr - Janvier 2007 - Le 18/01/2007

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INTERVIEW DE YANN TIERSEN

Loin de l'imagerie d'Amélie Poulain, Yann Tiersen troque le piano à queue pour la guitare électrique et revient à ses premières amours : le rock. Après un dernier concert au Bataclan en décembre et avant de repartir sur les routes, le musicien prend le temps d'évoquer avec nous cette tournée immortalisée par un CD et un DVD, 'Yann Tiersen on Tour'.

Vous pensiez peut-être que la musique de Yann Tiersen, c'était avant tout de douces mélodies, parfaites pour égayer vos longues soirées d'hiver. Il est temps de raviser votre jugement et de découvrir un rock authentique. Simplement engagé, comme son auteur.

Cette tournée est résolument plus rock que les albums. Faut-il y voir une volonté de rompre avec l'imagerie Amélie Poulain ?

Non, c’est juste l’envie de se faire plaisir et de faire la musique que j’ai envie de faire. Je n'aime pas m’autoanalyser et prendre trop de distance avec les choses que j'ai faites. Le plus important, c’est la sincérité. Ce n'est pas vraiment une rupture puisqu'avant 'Les Retrouvailles', il y a eu l'album avec Shannon Wright qui était déjà plus rock. C'est surtout que sur scène, je n’avais plus envie de passer d’un instrument à l’autre comme je le faisais avant parce que ça cassait un peu le rythme du concert, en tout cas pour moi. J'avais plus envie de me concentrer sur les morceaux pour mieux les servir.

Vous chantez de plus en plus, assumez-vous mieux votre voix ?

Oui, c’est aussi parce que j’aime bien découvrir les choses petit à petit, les travailler petit à petit. C’est aussi pour ne pas m’emmerder et avoir toujours des trucs à faire, explorer. Ce n'est pas nouveau mais ça prend du temps. On creuse, on va plus vers où on voulait aller et les choses s’affinent. Ce n'est pas que je ne prenais pas de plaisir à chanter mais c’est comme tout, c’est une question d’affirmer les choses, de les sentir différemment. On en a plus besoin aussi qu’avant, parce que le contexte est différent, parce qu'on a plus envie de dire des choses, de parler.

Vous faites souvent appel à d'autres chanteurs et musiciens. Par la plus grande présence de votre voix, on a l'impression d'un disque plus personnel.

Je n’ai pas l’impression de collaborer tant que ça puisque quand je travaille sur un album, je suis plutôt seul au contraire. Evidemment pas pour le live, c’est un travail de groupe, et peut-être pas non plus pour le prochain. Mais les voix c’était justement une ouverture, un élément extérieur qui fait que ce n’est pas un travail autocentré. Et puis j’aime bien, moi, faire chanter les gens.

L'île d'Ouessant se fait de plus en plus présente avec des références explicites comme le titre 'La Boulange' par exemple. En quoi ce lieu vous influence-t-il ?

Ce n'est pas vraiment une influence, c’est un endroit que j’aime bien. Plus ça va, plus il fait partie de ma vie et je m’y sens bien. J’avais fait ‘Le Phare’ là-bas, j’aime bien commencer un album ailleurs. Et en fin de compte à Ouessant, ça marche bien. J’ai maintenant des amis, et ça se passe bien. C’est tout con, ce n’est pas particulièrement pour chercher l’inspiration. Mais je trouve que dans les grandes villes, tout est compliqué. On doit faire des choix, et on n'est pas si libre que ça. Par exemple, si je n’arrive pas à travailler, je vais aller au cinéma. Et si je vais au cinéma, ça va me prendre l’après-midi. Donc je sais qu’en allant au cinéma, je ne vais pas travailler de l’après-midi. Tandis que si je suis à Ouessant, si je n’arrive pas à bosser, je vais prendre un pot et puis voilà. C’est ouvert, c’est simple. C’est plus vivable. J’adore les grandes villes : il y a une émulation, et c’est bien aussi d’être en prise avec la réalité sociale. Mais on s’emmerde vraiment la vie pour des conneries, donc ça fait du bien d’avoir un lieu comme ça.

Ce DVD est différent des DVD live habituels. Loin des concerts filmés, c'est une immersion dans la tournée. Etait-ce une volonté de se démarquer des DVD classiques de concert ?

Avec Aurélie qui a réalisé le DVD, on avait envie de prendre plein de concerts qu’elle était seule à filmer. Pour qu’il n'y ait pas d’équipe et que ce soit super libre, un espace sans contraintes. Je trouve que c’est souvent chiant les concerts filmés et je ne voulais pas que ce soit simplement ça. Je voulais plus partager les choses de la tournée, et c’est son travail à elle de retranscrire ce qui s’est passé.

Lors de vos concerts vous slammez, dernièrement au Bataclan vous avez terminé en dansant dans la salle. Quel contact avez-vous avec le public ?

Après les concerts, on va toujours voir les gens dans le bar quand il y en a un, ou alors au merchandising. Croiser des gens, c'est important. Je l’ai toujours fait mais ce n'est pas toujours simple. Pour la tournée précédente, on partait vite et c’est super déprimant de faire un concert et de retourner dans les loges, de se barrer sans avoir eu un passage dans la salle. Bien sûr, ça dépend des lieux. Par exemple dans les grandes salles comme les Zéniths, il n'y a pas de bar donc on ne croise pas le public, c’est horrible. C’est vachement important d’aller voir les gens après parce que sinon on est coupé. On ne sait même pas qui est là. C'est juste pour discuter, boire un coup sans forcément parler de plein de choses, en tout cas pas de musique, et notamment à l’étranger.

Justement, cette tournée vous a amené dans beaucoup de pays, face à des publics de cultures différentes. Comment l'avez-vous vécu ?

C'était vachement bien. Le voyage... On a la chance d'avoir l’accès à plein de cultures et la communication fait que le monde est de plus en plus petit, c’est une grosse richesse. Et ça fait toujours relativiser de voyager, c’est salutaire. Après, on ne reste pas assez longtemps pour savoir vraiment comment on est perçu. C’est différent dans chaque pays, bien sûr. En tout cas, l'accueil a été très bon et les concerts se sont super bien passés.

Vous parlez politique sur scène, 'La Rade' présente sur ce disque est une chanson enragée... Que ferez-vous en 2007 ? Vous engagerez-vous dans le débat politique ?

L’engagement, il est d’abord humain. Mais je ne trouve pas ça particulier d'en parler sur scène, c’est pareil pour tout le monde : à partir du moment où ça prend beaucoup de place, où c’est tellement important dans ce contexte et dans la vie, ça ressort aussi dans son travail. C’est comme quelqu'un qui parlerait politique au bureau ! Après, en 2007... S’engager, ça veut dire soutenir un candidat... on verra. Parce que c’est bien joli de donner son opinion, c’est juste dire que l’alternative, c'est entre le centre droit et l’extrême droite... Le débat politique est quand même un outil énorme de la démocratie et c'est ce qui manque. Je pense que jouer sur scène, c’est déjà un engagement politique quelque part, ou même aller à un concert. Mais la scène, ce n’est pas non plus la place du débat. Ce n’est pas là qu’on va aller dans la finesse. Ceci dit, à un moment, il n'y a pas non plus nécessairement besoin de finesse...

Vous faites un duo avec la rappeuse Diam's sur le titre 'Ma France à moi', pourquoi ce duo ?

C’est pareil, c’est politique. La rencontre s'est faite tout simplement. On a travaillé sur le morceau, elle a posé sa voix et ça l’a fait tout de suite. On est sur la même longueur d’onde donc on s’est vachement bien entendus. Je trouve que la France est un pays qui s’endort. Dès qu’on dépasse les frontières, on respire. En France, il y a une énergie, il y a plein de choses. La chance de la France c’est d’être pluriculturelle et multi-ethnique et on va droit dans le mur en s’enfermant. Là, on a l’impression qu’on revient dans les années 1950. On est ultra-protectionniste alors qu’il y a du sang neuf et qu’il y a plein de choses magnifiques dans ce pays qui ne sont pas forcément franco-françaises. Je pense aussi que l’idée de nation et de pré carré tend à disparaître et c’est tant mieux. Pour la tournée, on est allé par exemple en Indonésie et ailleurs. Et l’accueil est tellement énorme quand on est étranger alors qu’ici, c’est un calvaire d’être étranger. Rien que d’avoir une couleur de peau différente, avoir une culture différente et venir en France, c’est une horreur. Moi j’ai honte. Il suffit de voir à Roissy l’accueil qu’on fait aux étrangers. Quand on voit comment sont les douaniers... je suis désolé, mais ça ne se passe pas comme ça ailleurs. Ce mépris, cette fierté et cette souveraineté française, c'est merdique. Même en Europe, ce n'est pas comme ça partout.

Les Têtes raides sont également présents à vos côtés. Pouvez-vous nous parler de votre collaboration ?

On s’est rencontrés en 1997 ou 1998 sur une émission de radio et depuis on est vachement proches, ce sont des amis. Et j’aime beaucoup leur intégrité politique justement, et dans le travail aussi. C’est super rare les gens comme ça. Ils ont une indépendance qui est un modèle. Donc on s’apprécie vachement et on va foutre le bordel chez l’autre, c’est ce qu’on se dit entre nous.

La tournée en France est pour l'instant terminée, quels sont vos projets ?

On poursuit la tournée à l'étranger de février à juin et j’aimerais bien enchaîner assez vite avec un nouvel album. J’aimerais bien commencer cet été, mais je ne sais pas encore quelle couleur il aura, c’est encore trop tôt.

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