dimanche 21 mars

Les coups de coeur
[albums CD]

De jour en jour, la rédaction d'Evene vous fait partager son avis sur les albums CD qu'elle a écoutés. Découvrez, grâce aux "coups de coeur" de la rédaction d'Evene, les albums CD à ne manquer sous aucun prétexte.

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La note evene : 5/5La note evene : 5/5

Coup de foudre

de Jacques Higelin

[Chanson]

Dans les bacs le 22 Février 2010

Artistes : Jacques Higelin (Auteur/Compositeur/Interprète)

La critique EVENE par Mathieu Menossi :
Quatre ans après le saisissant 'Amor doloroso', Jacques Higelin n'en démord pas. Il adore "l'amour, la vie, la mort /Tout c'qui rugit, qui jouit, qui mord". A près de 70 ans, 30 ans de carrière et 17 albums, ce buissonnier insaisissable laisse encore exploser sa dévotion insatiable pour la chanson et les belles lettres. 'Coup de foudre' est une déferlante de poésie et d'énergie contenue tant bien que mal. Douze fulgurances, non pas tombées du ciel, mais plutôt surgies des entrailles du massif vosgien, du coeur des mines de Sainte-Marie. Car c'est là, sur les hauteurs de cette commune du Haut-Rhin, entre les quatre murs du studio Klein Leberau, qu'Higelin continue de vivre sa résurrection artistique, après avoir quelque peu maudit son génie à la fin des années 1990. Comme pour son disque précédent, l'artiste y a retrouvé ses fidèles complices, l'ex-Kat Onoma Rodolphe Burger, Dominique Mahut à la réalisation et Ian Caple au mixage. Une fine équipe que sont venus compléter, tour à tour, la guitare de Geoffrey Burton, la basse de Marcello Giuliani, le clavier Julien Perraudeau, les toms d'Alberto Malo ou encore la trompette d'Erik Truffaz. Si la couleur de l'album est cohérente d'un bout à l'autre, on retrouve néanmoins cette démarche polymorphe, touche-à-tout. Entre soul, funk, jazz, rock, folk. Epris de liberté, il se livre à coeur ouvert. Evoque ses souvenirs d'enfance (le jazz de 'New Orleans'), son amour des femmes ('Egéries, muses et modèles'). Il déjoue les étiquettes, joue avec les mots, détourne les sens ('Ouput'). Rêveur éveillé, frère Jacques ne dort pas pour autant et, tel le veilleur du phare, il guète cette société aux allures d'"hyper-giga-mégastore" ('Qu'est-ce qui se passe ?'). Ca transpire, ça déborde, ça suinte : Jacques Higelin reste cet homme de la démesure, la vindicte toujours populaire, "[gueulant] dans la nuit/Pour emmerder ceux qui dorment".


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 Les albums CD [Chanson]
La note evene : 5/5La note evene : 5/5

And Then We Saw Land

de Tunng

[Electro, musique nouvelle]

Dans les bacs le 1 Mars 2010

Artistes : Tunng (Auteur/Compositeur/Interprète)

La critique EVENE par Guillaume Benoit :
Ca commence comme un générique de space opera, lorgne ensuite sur des cordes pleines de soleil et de plages, puis la seconde voix féminine s'accorde à la première, les lignes mélodiques continuent de se superposer, arrangées à la perfection. 'Hustle', le premier titre n'a pas encore égrené toutes ses notes qu'on est déjà happé dans le voyage Tunng. Imparable, le groupe nous plonge dans son univers bigarré, à mi-chemin entre pop naïve et expérimentation, bien assis au coin d'un feu de plutonium, aussi familier qu'inattendu. Si Tunng se plaît à renverser les sons, à déconstruire les châteaux de cartes que les premières notes montent progressivement, il ne perd jamais de vue l'essence de la pop, la mélodie. Car avec ses harmonies vocales simples et touchantes, on croit revivre les plus belles heures de la folk des années 1970, avant de se voir, le temps d'une sonorité, projeté au coeur du XXIe siècle. Tunng aurait donc résolu le terrible problème de l'héritage, parvenant à le ressusciter avec grâce et inventivité ? Certainement, car loin de tomber dans les abîmes de l'expérimentation à outrance, Tunng laisse transparaître son génie baroque moderne, ce plaisir à piller l'efficacité des classiques pour l'ornementer d'inventions bric-à-brac qui font de chaque morceau une petite perle aussi réconfortante que secrète. A contre-courant, le groupe britannique laisse entrevoir sa sensibilité victorienne, oscillant entre les hymnes à la libération des esprits et les références à une nature omniprésente. Avec 'And Then we Saw Land', synthèse parfaite de leur univers maniériste et certainement leur album le plus abouti, le kaléidoscope musical Tunng offre l'un des voyages musicaux les plus élégants de ce début d'année, plein de sa nostalgie ésotérique et de la promesse d'un avenir radieux.


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 Les albums CD [Electro, musique nouvelle]
La note evene : 4/5La note evene : 4/5

Oversteps

de Autechre

[Electro, musique nouvelle]

Dans les bacs le 1 Janvier 1900

Artistes : Autechre (Auteur/Compositeur/Interprète)

La critique EVENE par Nicolas Hecht :
Nord Lead, TB-303, DX7s, SH101, Novation Supernova : n'ayez pas peur, les synthés et boîtes à rythmes sont vos amis et Autechre, leur confident. Si les deux de Sheffield n’ont plus rien à prouver, ils démontrent tout de même depuis plus de vingt ans que les machines ont une âme. Sur 'Oversteps', les vestiges du vaisseau hip-hop se sont désintégrés, les titres percussifs et percutants de leur précédent album, ‘Quaristice’, laissent place à un travail sur les ambiances et les textures plus subtil, avec des morceaux éthérés, vaporeux, presque oniriques. Leur électro ralentit le tempo et les couches superposées de mélodies filtrées, hachées et spatialisées reprennent le dessus. Sean Booth et Rob Brown parviennent à conserver ce qui fait l’identité du groupe tout en adoptant des sonorités proches de Clark (la pluie d’étoiles de ‘See on See’), Pleq, ou déjà esquissées sur leur morceau ‘Altbizz’. On retrouve en effet ce quelque chose d’énigmatique, qui échappe aux mots et fait d’Autechre un duo unique et influent. Et même si le ratage n’est parfois pas loin (les ficelles sont apparentes sur ‘OsVeix3’ et ‘krYlon’ rappelle le générique de ‘Thalassa’), si ‘Oversteps’ est loin d’égaler leur ‘Chiastic Slide’, il n’en reste pas moins un album profond (‘Know(1)’ et ‘Treale’), qui s’explore avant de s’apprécier ; en somme, un disque résolument au-dessus de la moyenne. Le futur est déjà là, tendons-lui les bras.


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 Les albums CD [Electro, musique nouvelle]
La note evene : 5/5La note evene : 5/5

As Clean as Possible

de Boogers

[Pop-rock]

Dans les bacs le 15 Mars 2010

Artistes : Boogers (Auteur/Compositeur/Interprète)

La critique EVENE par Julien Demets :
Les plus grands chefs-d'oeuvre sont des arnaques. Des productions ou des courants artistiques qui, comme le punk ou le dadaïsme, s’en sont attribué le titre dans un grand éclat de rire. Cet album s’en rapproche. Débraillé, artisanal et fourre-tout, il fait un éloge constant de l’à-peu-près. Boogers y joue de chaque instrument, régnant sur un empire dont lui seul connaît les lois. S’il y en a : certains morceaux donnent l’impression d’être encore en chantier, d’autres d’obéir au hasard ou à l’inspiration d’une seconde. Mais c’est justement ce goût du jeu et cette inaccessible facilité qui en font la grandeur. L’obstination du chanteur à écrire la pop-song parfaite n’a d’autre motif que le plaisir de la tordre, la découper et la couvrir de sonorités rigolotes (guitares en jouet, bruitages Atari…). Sa voix légèrement éraillée, rappelant un peu celle de E, du groupe Eels, assure seule la continuité d’un même morceau. Passant tout à coup de la soul à l’électro (‘I Trust you’), du rock au reggae (‘The Devil’), le décor, lui, défile sans jamais faire demi-tour, comme s’il retraçait en direct la vision d’un paysage traversé au volant d’une Ferrari. ‘Perfect Week’ ou ‘I Wanna do it Now’ intègrent carrément deux morceaux mis bout à bout ! De tels écarts passeraient pour des simagrées (on peut par exemple préférer la version plus sobre de ‘I Trust you’ qui figurait sur un précédent maxi) s’il n’y avait d’excellentes mélodies pour rappeler que les dix titres de l’album, joués à la guitare sèche, ne perdraient rien de leur pouvoir de séduction. Et la relative légèreté de l’ensemble n’empêche pas une certaine ampleur, en témoigne un ‘The Devil’ menaçant et son final à couper le souffle. D’un disque de monomaniaque, presque ironique, Boogers parvient à tirer une musicalité digne de certains poids lourds power-pop américains comme Fountains of Wayne ou Weezer. Et ça, c’est à peu près génial.


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La note evene : 4/5La note evene : 4/5

One Life Stand

de Hot Chip

[Electro, musique nouvelle]

Dans les bacs le 9 Février 2010

Artistes : Hot Chip (Auteur/Compositeur/Interprète)

La critique EVENE par Astrid Karoual :
Avec ‘Made in the Dark’, leur précédent album, les nerds britanniques de Hot Chip réconciliaient savamment bidouillages électroniques pointus et romantisme fleur bleue. Dans ce même souci d’accessibilité et de pluralité, ‘One Life Stand’ regorge de pépites pop pleines d’inventivité et de finesse. Trop productif et passionné pour se reposer sur ses acquis, le groupe met véritablement sa science de l’arrangement ludique au service d’une écriture intimiste, recherchant moins le tube infaillible qu’à offrir quelques chansons sincères et tordues. Hot Chip ne se débarrasse en effet jamais de cette mélancolie latente qui donne tant de nuance et d’humanité à son groove ravageur. Ainsi ‘Hard Me Down Your Love’ prend aux tripes avec ses batteries entêtantes et ses violons gracieusement funèbres au même titre que ‘One Life Stand’ dissimule sous ses claviers mutins une fragilité enchanteresse. Le disque conjugue efficacité et émotion. Il dégage une sorte de lucidité grinçante, comme distillant un parfum sucré en surface dont l’acidité se révélerait par légères touches (‘Take it in’ et sa sensualité féline un brin décadente). Les musiciens de Hot Chip sont de formidables clowns tristes qui déjouent les idées reçues et s’approprient les genres, aisément et intelligemment : si ‘Thieves in the Night’ permet la rencontre du disco et des jeux vidéo, le robotique ‘I Feel Better’ et le burlesque ‘We Have Love’ font surgir d’une house de mauvais goût une dimension presque épique. Des choix de composition risqués dynamisent l’écoute. Ainsi on se laisse surprendre par les vocalises en ouverture de ‘Slush’ ou encore la mélodie martiale de ‘Brothers’ qui côtoie le ridicule avant de se transformer au refrain en un hymne hippie fantomatique. ‘One Life Stand’ confirme les hauts espoirs placés en Alexis Taylor et sa bande dont l’art et l’originalité résident définitivement dans cette prédisposition à magnifier l’improbable.


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 Les albums CD [Electro, musique nouvelle]
La note evene : 4/5La note evene : 4/5

Of the Blue Color of the Sky

de OK Go

[Pop-rock]

Dans les bacs le 12 Janvier 2010

Artistes : OK Go (Auteur/Compositeur/Interprète)

La critique EVENE par Astrid Karoual :
OK Go fait partie de ces groupes alternatifs sympathiques dont on connaît finalement mal le potentiel. Atteignant en 2007 une forte popularité sur le Web grâce au clip décalé de ‘Here It Goes Again’ (la fameuse chorégraphie sur des tapis de course), les quatre Américains prouvent aujourd’hui qu’ils n’ont pas seulement le sens de l’humour mais aussi une identité musicale intéressante. Léger et maîtrisé, ‘Of the Blue Color of the Sky’ surprend par sa diversité et sa production raffinée, aussi riche et aventureuse qu’efficace. Pour donner la couleur en entrée de piste, ‘WTF ?’ impose un son lourd, des basses vibrantes et beaucoup de distorsion, le tout soutenant des mélodies vocales aériennes. A l’écoute également de ‘Needing/Getting’ et ‘All Is Not Lost’, la patte d’OK Go se définit au premier abord par ce délicat mélange d’euphorie pop et de nostalgie shoegaze dans l’esprit de My Bloody Valentine. Puis le quatuor joue les effrontés en criblant ce troisième opus de sonorités funky agrémentées d’une pointe de psychédélisme lunaire (‘Back From Kathmandu’ et ses allures de ‘Sgt Pepper’). Comme en témoignent particulièrement ‘Skyscrapers’ et ‘White Knuckles’, Prince est l’une des influences principales du disque : on retrouve ce même phrasé scandé et androgyne chez le chanteur Damian Kulash ainsi que les rythmiques sensuelles et les guitares fébriles propres au Love Symbol sans que la citation ne vire jamais à la caricature. Dansants et flirtant parfois franchement avec l’électro, les morceaux n’en dégagent pas moins une certaine tendresse. ‘End Love’ et ses synthés revisitent les années 1980 avec piquant et juste ce qu’il faut de kitsch à l’instar du soyeux ‘Before the Earth was Round’ qui parvient à rendre le vocodeur poétique. Ajoutez à cela une belle ballade dépouillée (‘Last Leaf’) et vous obtenez l’un des albums rock les plus séduisants et divertissants de ces derniers mois.


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La note evene : 4/5La note evene : 4/5

Jeune à la retraite

de Féfé

[Hip-hop et rap]

Dans les bacs le 12 Octobre 2009

Artistes : Féfé (Interprète), Saïan Supa Crew (Autre)

La critique EVENE par Julien Demets :
Jusque sa séparation en 2007, le Saïan Supa Crew avait montré une musicalité évidente, loin de la rigidité cadavérique du rap français actuel. A en juger par son premier album solo, Féfé en était l’un des principaux artisans. ‘Jeune à la retraite’ dévoile en effet une liberté de styles et une variété d’arrangements encore supérieures à celles de son ancien groupe (à défaut d’une puissance équivalente). D’ailleurs, il n’est plus seulement question de hip-hop ou de dancehall : rien que le premier morceau, celui qui donne son titre à l’album, célèbre l’union inattendue du blues et des cuivres. Les suivants passent de la soul (‘Miss wesh wesh yo’, ‘C’est comme ça’) au ska (‘VPC’) ou la chanson (‘Mes héros’, ‘Etre père’ ou ‘Ride Home’, en duo avec Patrice) avec une même aisance. Un trait de violoncelle ou une guitare sèche démontrent ici ou là que les paroles de ‘Clichés’ ("Je suis trop street pour être un des leurs / Pas assez pour ceux de mon allée") sont plus que l’une de ces professions de foi creuses et aussitôt démenties : peut-être le natif de Noisy-le-Sec se verra-t-il en effet reprocher d’adoucir sa musique, mais il n’en a cure, conscient que la qualité est la meilleure réponse à ces discours puristes. Même lorsqu’il aborde des thèmes éculés (‘Mes héros’ rejoint la longue liste des chansons consacrées à leur mère par les rappeurs français), Féfé parvient à y glisser le soupçon de retenue et de sincérité qui accompagne la découverte de terrains nouveaux. Sa voix chaude et sa diction d’une rare clarté se chargent du reste. Alors que de nombreux rappeurs sont devenus inconscients à l’appel du succès, Féfé, lui, offre un disque ouvert, léger et positif, mais sans rien perdre de son exigence musicale ni de sa personnalité. Il se pourrait même que figure parmi ces onze morceaux l’un des tubes les plus légitimes des mois à venir, ‘Dans ma rue’.


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La note evene : 4/5La note evene : 4/5

L'Etre humain et le réverbère

de Rocé

[Hip-hop et rap]

Dans les bacs le 8 Mars 2010

Artistes : Rocé (Auteur/Compositeur/Interprète)

La critique EVENE par Julien Demets :
Pour ceux qui ne le connaissent pas, Rocé est à Abd al Malik ce que l’antenne télé est à la tour Eiffel : l’étage supérieur. Sa réflexion est plus poussée, plus dense et bien trop personnelle pour paraître moralisatrice. Certaines démonstrations de son album de 2006, ‘Identité en crescendo’, étaient si rigoureuses qu’elles pouvaient figurer dans un essai. ‘L’Etre humain et le réverbère’ se fait moins bavard, le questionnement moins riche peut-être, mais mieux anglé : chaque morceau évoque un thème précis (‘Le Savoir en kimono’ tance les postures rebelles, ‘L’Objectif’ le pouvoir de l’image), quand certains titres du disque précédent prétendaient refaire l’humanité en cinq minutes (le pire, c’est qu’ils y parvenaient souvent !). Dans ‘Le Cartable renversé’ ou ‘De pauvres petits bourreaux’, Rocé utilise pour l’une des premières fois des personnages et des situations, rompant avec un propos jusqu’alors froid et théorique, sans sacrifier pour autant quelques formules définitives : "Aucun espoir pour les gueux, donc l’espérance trouve son maque dans la Française des jeux." C’est néanmoins du côté des instrus que se situe l’évolution majeure. Les arabesques free-jazz ont laissé place à plus de silence et des beats martiaux (à l’image d’un premier titre, ‘Au pays de l’égalité’, sec comme une gifle), ce qui renforce la solennité des textes. S’il laisse toujours percer une certaine musicalité (‘Mon crâne sur le paillasson’, par exemple, est bâti sur un gratouillis de guitare acoustique orné de notes aériennes), ‘L’Etre humain et le réverbère’ semble condenser une tension rendue plus palpable encore par la brièveté de certaines pistes (‘Des questions à vos réponses’ dépasse à peine les deux minutes). Seul ‘L’Objectif’ importune : son tempo rapide et dansant est contredit par la voix blanche de Hayet et le sérieux du texte. Un brin de dérision aurait peut-être été le bienvenu. Mais demande-t-on à un penseur de faire des blagues ?


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La note evene : 4/5La note evene : 4/5

The Sea

de Corinne Bailey Rae

[Jazz, soul, funk]

Dans les bacs le 1 Février 2010

Artistes : Corinne Bailey Rae (Auteur/Compositeur/Interprète)

La critique EVENE par Cécile Rémy :
Propulsée du statut d'inconnue à celui de star internationale grâce au tubesque 'Put your Records on', dont les balancements groove et les refrains lumineux ont abreuvé les ondes radio jusqu'à saturation, la demoiselle n'a pas tardé à venir gonfler les rangs de la nouvelle scène soul, aux côtés de jeunes ouailles telles que Joss Stone, Ayo ou Amy Winehouse. Avec 'The Sea', Corinne Bailey Rae semble ne rien avoir perdu de son goût pour les ambiances tout en langueur et en sophistication, hantées par le swing lascif de claviers délicieusement rétros ('The Blackest Lily') et de rythmiques jazzy ('I Would Like to Call It Beauty'). Pourtant, quelque chose a changé : ses inflexions vocales peut-être, chargées d'une fièvre latente, d'une tension contenue sous une apparente fragilité ? Ou bien les arrangements, qui délaissent la légèreté gorgée de soleil du premier album pour des climats plus tourmentés et agressifs ? On comprend mieux cette gravité nouvelle quand on sait que la jeune femme a perdu son mari quelques années plus tôt, et a fait de cette expérience tragique sa principale source d'inspiration dans l'écriture de ce disque, tout entier habité par le souvenir de cet amour disparu. Au vu de la difficulté de l'exercice, on aurait pu craindre que 'The Sea' ne soit qu'un prétexte à l'exhibition impudique de la souffrance. Mais malgré le caractère intimiste des textes ('Are You Here'), les atmosphères souvent orageuses d'instrumentations privilégiant des partitions en mode mineur ('Love's on Its Way'), l'ensemble ne se compromet jamais dans un pathos ostentatoire. Une grande leçon de style.


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La note evene : 4/5La note evene : 4/5

Six

de The Black Heart Procession

[Pop-rock]

Dans les bacs le 19 Octobre 2009

Artistes : The Black Heart Procession (Auteur/Compositeur/Interprète)

La critique EVENE par Julien Demets :
Originaires de Californie, les musiciens de The Black Heart Procession n’ont pas dû voir le soleil très souvent. Voilà plus de dix ans qu’ils s’échinent, disque après disque, à plomber l’ambiance. Et malgré la noirceur attendue de ce sixième opus, on se surprend à y goûter encore avec délectation, à se lover au creux de cette voix caverneuse, de ces violons dont les plaintes aiguës viennent percer l’obscurité, de ces tempos embourbés que quelques morceaux plus rapides (‘Witching Stone’ ou ‘Forget my Heart’) viennent juste à temps tirer de la torpeur. Par petites touches, en l’ordonnant de façon presque picturale, le groupe fait suinter de sa musique un mysticisme sorcier qui le rapproche davantage du blues de Gun Club ou Screamin Jay Hawkins (l’humour en moins) que des corbeaux malingres, secs et déplumés du revival post-punk (Interpol, Editors…). De tous, ‘Heaven and Hell’ est le morceau le plus fascinant : deux notes de basses répétées à une lenteur processionnelle répondent aux incantations molles et totalement abattues du chanteur. Au loin, on ne perçoit que les vestiges de quelque riff de guitare semblable aux grincements d’une porte. ‘Drugs’, qui lui succède, n’a même plus de structure : ce n’est qu’un bout de chanson étêté, titubant aveuglement vers un but imprécis. L’effet est saisissant mais, pour être honnête, c’est aussi l’un des défauts de ‘Six’ : faire une chanson entière d’une intro sonnant bien, étirer sur des kilomètres un couplet certes magnifique, mais jamais développé. La beauté de l’instant passe avant toute recherche dans la construction des morceaux, et seuls ‘Rats’ ou ‘Forget my Heart’ offrent un accès mélodique praticable. En somme, ‘Six’ est un disque de rock qui s’écoute comme de l’ambient.


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La note evene : 5/5La note evene : 5/5

Chamber Music

de Ballaké Sissoko et Vincent Segal

[World et reggae]

Dans les bacs le 12 Octobre 2009

La critique EVENE par Julien Demets :
Des morceaux longs, presque tous instrumentaux, joués par un violoncelliste français et un spécialiste malien de la kora (une sorte de harpe africaine). Qui donc un tel degré d’exigence peut-il bien intéresser ? Tout le monde, en vérité. ‘Chamber Music’ brille d’un naturel, du plaisir primitif de jouer ensemble, qu’on ne retrouve sur quasiment aucune production dite "généraliste". La musique la plus évidente, au fond, c’est celle-là : deux musiciens livrés à eux-mêmes, sans écran de fumée, et enregistrés en quelques prises, leurs idées comblant seules le gouffre qui, a priori, les sépare. La sonorité cristalline de la kora et celle, ronde et plaintive, du violoncelle, se marient comme par enchantement. Quand un instrument se pose, l’autre s’élève et s’enroule autour d’un battement de coeur arythmique, réinventant boucles ou riffs (‘Regret – à Kader Barry’), suscitant tantôt l’admiration (de celle qui élève et non rabaisse l’auditeur), tantôt un enjouement furtif (‘"Ma-Ma" FC’). Cette musique sans âge, ni folklorique ni conceptuelle, ne souffre d’aucune pollution technique : quoique virtuoses (les cordes sont pincées, frottées, caressées…), les deux musiciens prennent soin, en effet, de laisser filtrer les silences et le souffle de leur conversation, comme pour mieux en révéler l’intimité. Cet album est politique. Ou tout du moins, il revêt un enjeu culturel qui le dépasse. "Mélange des cultures", "enrichissement mutuel", "partage" : revendiqué par tous, ce langage avait pourtant fini par sonner creux à force d’un usage abusif ou réellement cynique. Vincent Segal et Ballaké Sissoko l’appliquent sans même en faire une revendication, avec l’élégance muette de deux virtuoses seulement unis par l’amour de la musique. Cela semble naïf ? Preuve qu’on n’y était plus habitués.


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La note evene : 4/5La note evene : 4/5

The Music Scene

de Blockhead

[Electro, musique nouvelle]

Dans les bacs le 18 Janvier 2010

La critique EVENE par Astrid Karoual :
Quatrième album du producteur Tony Simon alias Blockhead, ‘The Music Scene’ suggère une redéfinition de la musique électronique contemporaine dans tout ce qu’elle recèle de plus atmosphérique et narratif. Florilège de douze pièces avant-gardistes et d’une ambition quasi orchestrale, le disque raconte des histoires par la magie des arrangements évolutifs. Le groove hip-hop urbain de l’artiste new-yorkais ne se dissocie jamais d’une préciosité intemporelle, comme en témoigne en ouverture ‘It’s Raining Clouds’ qui pullule de rythmiques saupoudrées de mélancolie. Blockhead utilise des samples “parlés” rétro et les soumet à des processus de distorsion pour créer des effets délurés de vieille radio fantomatique. Les morceaux ‘The Music Scene’, ‘Hell Camp’ et ‘Farewell Spaceman’ sont traversés de bribes de voix lointaines qui conversent naturellement avec les machines et les instruments traditionnels. Il y a cette volonté de rester accessible malgré le perfectionnisme. Tony Simon octroie à ses titres une dimension cinématographique éclectique. Alors que les ludiques ‘Only Sequences Change’ et ‘Tricky Turtle’ empruntent au funk et à la soul pour évoquer l’énergie des films de la blaxploitation, le piano et les cuivres de ‘Pity Party’, parfois dissonants, mystiques ou tribaux, nous plongent au coeur d’un cabaret de l’étrange. Chaque titre réserve son lot d’effronteries séduisantes (l’autotune transcendé par ‘Four Walls’) et se savoure attentivement de bout en bout. Tout dans ‘The Music Scene’ est une question de progression, de constructions mélodiques très complexes au premier abord qui nourrissent une aura émotionnelle exaltante. L’opulence de détails de production ne se résume pas à l’exercice de style démonstrateur mais ouvre efficacement des perspectives originales en matière d’écoute. Le mariage réussi de la technique et de la poésie, du son synthétique et des images mentales qu’il fait naître.


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La note evene : 4/5La note evene : 4/5

Honky Tonk

de Micky Green

[Pop-rock]

Dans les bacs le 15 Février 2010

Artistes : Micky Green (Auteur/Compositeur/Interprète)

La critique EVENE par Astrid Karoual :
On pourrait aligner Micky Green, révélée en 2007 avec le rafraîchissant ‘White T-Shirt’, au rang des jolies étoiles filantes si elle n’offrait un second album aussi personnel qu’élégamment fantaisiste. ‘Honky Tonk’ fait émerger hors des a priori le talent d’une artiste discrète et surprenante. Pièces colorées d’un patchwork affriolant, les morceaux jonglent avec des inspirations et des arrangements éclectiques et s’écoutent volontiers d’une seule traite. La cohérence rime ici avec un élargissement des horizons musicaux. Moins obnubilée par les tubes dancefloor clinquants que par les ambiances intimes, la chanteuse s’ouvre aux constructions mélodiques sophistiquées tout en trouvant le compromis idéal entre évidence et audace (‘R’n’B’ cache sous ses allures de bombe radiophonique un jeu plutôt habile sur les textures sonores). Du groove vintage et cyclique de ‘T.L.’ à l’exotisme sensuel de ‘Homesick’, le disque distille une magie intemporelle et réconfortante. La fée australienne use de sa voix comme d’un instrument malléable qu’elle soumet à diverses fluctuations : elle multiplie les choeurs glamour et aériens (‘Remember’, ‘Aim Low’, ‘Heavy’), bricole des harmonies, flirte généreusement avec la soul, swingue et miaule (‘Scaredy Cat’) avec toujours la même grâce enthousiaste. Reflet d’une féminité ludique et charnelle, le chant bondit avec les claviers électroniques, hypnotise ou fait l’effet d’une caresse. Les basses funk et les cuivres incisifs abondent sur ‘No Line’ et ‘The Game’ sans étouffer les intonations les plus subtiles de Micky Green. ‘Honky Tonk’ recèle de petits trésors pop solaires et hybrides portés par la production intuitive et retenue de Renaud Letang (Feist, Peaches). Une légèreté de style assumée qui détonne et enchante à l’heure où le trash semble souvent de mise.


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La note evene : 4/5La note evene : 4/5

Chez Leprest

de Collectif

[Chanson]

Dans les bacs le 7 Décembre 2009

Artistes : Allain Leprest (Auteur/Compositeur), Alexis HK (Interprète), Olivia Ruiz (Interprète), Kent (Interprète), Amélie-les-crayons (Interprète), Clarika (Interprète), La Rue Kétanou (Interprète), Flow (Interprète)

La critique EVENE par Marie Prugnat :
Discret à la vie, imposant dans son oeuvre, Allain Leprest nous livre un délicieux second album de 'Chez Leprest' dans lequel il dresse le portrait de monsieur Tout-le-monde, tableaux et moments de vie pris sur le fait. Une fois de plus, il impressionne par la délicatesse de la langue, par son lyrisme tout en fantaisie, par l'harmonie irréprochable entre mots et mélodies. Les textes de Leprest souffrent profondément. Comme dans 'Arrose les fleurs', où les notes de piano accompagnent la nostalgie désespérée d'une femme esseulée qui "compte les jours comme autant de pétales". Mais à travers cette douleur, un sourire se dessine, une vitalité constante qui s'impose finalement comme le fil rouge de l'oeuvre. Les rythmes enjoués de la guitare manouche accompagnent les pas de ce SDF dont la vie continue malgré la colère. Toujours avec sincérité et justesse, l'auteur dédramatise le grave, révèle la joie endormie sous le tragique. Dans 'Le Poing de mon pote', les petites gens deviennent des héros. Entre grisaille et lumière, Allain Leprest s'évertue à révéler la dualité de l'homme. Tantôt tendre et rêveur dans 'Madame sans âme', tantôt dénonciateur et narquois dans 'Je ne te salue pas', même trivial dans 'Je hais les gosses', le talentueux parolier lance ses traits d'esprit avec une intelligence toute malicieuse. Servi par les brillantes interprétations de La Rue Kétanou, Alexis HK et autre Olivia Ruiz, les mots sortent de leur pudeur et dévoilent tout leur sens. Voici la force d'Allain Leprest, véritable génie de l'écriture trop peu connu, qui mériterait de voir davantage le jour dans les chaumières.


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