

La critique EVENE par Amalia Casado :
Petite, Alice Sara Ott est allée écouter un concert de piano. Ce qu'elle a vu ne l'a jamais quittée. A 3 ans, elle annonce qu'elle sera pianiste concertiste, à 20 ans, elle s'attaque à un monument : les Valses de Frédéric Chopin, qu'elle enregistre dans leur intégralité chez Deutsche Grammophon en 2009. Jouées, rejouées et enterrées ? Certes non. L'interprétation de la jeune pianiste ne ressemble à aucune autre. Confidentiel, nuancé, le jeu est particulièrement articulé. Alice Sara Ott prend le temps de “dire” chaque note et s'approprie la partition avec une liberté rythmique, un rubato, tout en impulsion, en rondeur, en écoute. La note doit être juste, elle doit atteindre “la vraie senteur, la vraie couleur”, celles que le compositeur né il y a deux cents ans a cherché à exprimer dans des pièces qui retracent toute la courbe de sa carrière. La pianiste germano-japonaise s'attarde à capter ce qu'a ressenti Chopin, déchiré entre la Pologne et la France, mondain, charmant, mais profondément seul, exilé et nostalgique. Alice Sara Ott voit dans ce romantique complexe l'écho de sa propre mélancolie, de son identité faite de deux cultures, dans les yeux desquelles elle n'est jamais chez elle : “C'est seulement dans la musique que je me sens vraiment chez moi”, confie-t-elle. L'interprétation est originale et sensible. Cette atmosphère très intime, l'attention portée à détacher puis réunir chaque touche avec une application délicate, la recherche d'un jeu vrai, donnent aux valses quelque chose de léger et de tragique à la fois. Personne ne dansera sur ces valses “brillantes”. Et l'on ne pleurera que d'une seule larme. Profonde et féminine, la gaieté est toujours déjà retenue, consciente d'elle-même dès qu'elle se dit. Le brio ne vaut pas par lui-même, il est mis en regard d'une tristesse immense. Mais le beau n'est jamais triste.
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La critique EVENE par Cécile Rémy :
Critique de 'The Fall'
La sortie de 'The Fall', nouvel album de la représentante la plus emblématique d'un jazz vocal flirtant moins avec les canons du genre qu'avec un bon goût toujours irréprochable (mais pas franchement fantaisiste), était annoncée comme l'une des plus grosses surprises de l'année. Et pour cause : après avoir appris qu'elle s'était entourée de nouveaux musiciens, et surtout du producteur de Tom Waits et des Kings of Leon, on attendait de Norah Jones qu'elle se débarrasse de ses gentilles ritournelles pianotées avec délicatesse, et qu'elle troque son image de jeune fille en fleur contre celle d'une passionaria rock amatrice de riffs grinçants. Voilà pour le fantasme... Dans les faits, le virage escompté s'avère moins serré que prévu. Certes, 'The Fall' sonne plus électrique et affiche des sonorités plus saturées, des atmosphères plus sombres (en témoigne le lancinant 'Light as a Feather') que les ballades habituelles de Norah Jones. Mais de là à le baptiser, selon les expressions consacrées, disque “de la maturité” ou “de la rupture”... Si l'ensemble lorgne nettement du côté d'une pop hantée par des guitares faussement nonchalantes ('Young Blood'), Norah Jones n'a pas cessé pour autant d'oeuvrer dans des ambiances feutrées et intimistes, portées par des mélodies d'une fraîcheur désarmante ('You've Ruined Me'). Reste que leur calibrage parfait et leur mécanique trop bien huilée finit inévitablement par lasser. Ou au mieux par provoquer une indifférence blasée.
Sortie en novembre 2010 - Blue Note records
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La critique EVENE par Thomas Flamerion :
Critique de l'album 'Not Too Late'
Troisième album solo pour la belle Américaine, troisième opus aux frontières du jazz et de la soul, encore, entre sensualité et tendresse, toujours. Pas de révolution musicale, pas de virage majeur, Norah Jones continue sa balade tranquille dans l’univers des charts internationaux. Un grand pas en avant, pourtant, quand on sait que miss Jones s’aventure pour la première fois de l’autre côté du micro. ‘Not Too Late’ est, excepté pour deux titres, à mettre à son crédit. Une belle prouesse qui, loin d’affaiblir sa prose musicale, lui donne un relief peut-être encore plus intime, plus authentique. ‘Wish I Could’ nous susurre-t-elle en préambule de ce carnet de douceurs. Oui, elle peut, et on la remercie, de nous caresser l’âme en deux notes et trois accords, le temps d’une parenthèse de tendresse. Un merci particulier pour ‘Broken’, un morceau touché par la grâce, ou pour ‘My Dear Country’, un texte politique à peine posé sur une mélodie au piano, à la rupture de l’émotion. Bouleversant.
En somme, ce nouvel opus est un disque confortable, qui diffuse cette lumière filtrée, chaleureuse, reconnaissable entre mille. Les lancinantes balades folk de Norah Jones, qui flirtent parfois avec la country, ont des vertus apaisantes. Un peu comme un bol de camomille, une volute d’encens qui laisse dans son sillage des effluves de douceur béate. Du bonheur, rien que du bonheur !
Sortie le 29 janvier 2007
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La critique EVENE par Cécile Rémy :
Critique de 'Hand Made'
En matière d'arrangements musicaux, simplicité ne rime pas forcément avec austérité ou platitude ; Hindi Zahra semble avoir bien compris la leçon et la met magistralement en application sur 'Hand Made', premier album auréolé d'une légèreté et d'une désinvolture rassérénantes, qui érige la sobriété en principe de composition. D'où le choix d'une instrumentation essentiellement acoustique, prônant la fusion de refrains accrocheurs et d'un blues artisanal, presque fait maison ; nul besoin de poudre aux yeux ou d'effets ostentatoires pour magnifier le timbre rocailleux d'Hindi Zahra et ses inflexions jazzy. 'Hand Made' tire son charme non pas d'une sophistication factice ou d'une volonté de performance vocale, mais de son dépouillement assumé sans complexe allié à des inspirations d'une étonnante diversité. Ni complètement folk, ni entièrement jazz, influencé autant par les mélodies berbères que par des rythmes qui convoquent le folklore tzigane, ce disque kaléidoscopique fait un pied de nez bien senti aux partisans des catégorisations et dogmes de tout poil. Tantôt d'une mélancolie voilée ('Old Friends'), tantôt portées par un enthousiasme franc et spontané ('Stand Up'), les mélodies de 'Hand Made' se font nomades et dressent la cartographie d'un voyage sans fin. Et c'est bien ainsi qu'on imagine le mieux Hindi Zahra : en aventurière des temps modernes, en globe-trotteuse toujours avide d'horizons nouveaux...
Sortie en janvier 2010 - EMI
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La critique EVENE par Julien Demets :
Diam’s, une rebelle, comme elle le proclame dans ‘I Am Somebody’ ? En guise de subversion, ‘S.O.S.’ baigne au contraire dans une morale pleine de bons sentiments : la célébrité fait des dégâts, les paparazzis sont méchants, seule compte la beauté intérieure, l’Amour vaincra, mariez-vous, restez chastes ou faites des enfants. A ce déluge vertueux, la Christine Boutin du hip-hop ajoute un engagement puéril et souvent populiste, condamnant en vrac la pauvreté en Afrique, les suppressions de postes à l’école, l’Etat qui "débloque des milliards mais jamais pour le contribuable", les puissants, les médias, gauche et droite, "capitalistes de merde", Sarko, Le Pen, etc. Portrait laudatif d’une jeune fille voilée, ‘Lili’, seul, témoigne d’une opinion réellement personnelle. Autre morceau à surnager, ‘Mélanie’, dialogue ingénieux entre la jeune femme et son célèbre double, laquelle encaisse quelques répliques cinglantes ("Je me taperais bien un grec, vu que t’es au régime !"). Quant à la conclusion de l’album, ‘Si c’était le dernier’, elle impose un certain respect, le texte s’étalant sur huit minutes, d’un trait, sans tourner en rond. Hélas, le déballage théâtral des tourments de la chanteuse ne conduit qu’à le rendre inoffensif. C’est même une faillite que d’exalter à ce point l’idée qu’une oeuvre se mesure au vécu de l’artiste et qu’il n’est pas nécessaire d’en sculpter la matière. Plusieurs fois, Diam’s rappe en pleurant. C’est non seulement insupportable à l’oreille (son flow n’étant pas, à la base, des plus élégants…), mais le procédé nie tout pouvoir suggestif. Un musicien s’est-il déjà contenté d’enregistrer des hurlements pour exprimer la colère ? Au final, ce disque met mal à l’aise tant il ressemble à un long caprice adolescent, jamais dégrossi. Sa durée, 74 minutes, n’illustre que davantage l’aveuglement narcissique qui en a dicté la réalisation.
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La critique EVENE par Roland Hélié :
Critique de 'Jaadu'
Mélomane autant que musicien, instrumentiste insatiable dont la curiosité pour les musiques disséminées entre la France et le sous-continent indien est devenue sans limites, Titi Robin semble désormais se refuser à différencier “le plaisir de jouer” du “plaisir de jouer avec…”. Il en apporte la preuve une fois de plus en partageant la signature de son nouveau disque, ‘Jaadu’ - terme qui, en ourdou, signifie “magique” - avec Faiz Ali Faiz, musicien pakistanais, praticien inspiré du chant qawwali, l’un des styles les plus ébouriffants de la musique soufi. Chant sacré dont Nusrat Fateh Ali Khan a longtemps été, en France tout du moins, l’ambassadeur le plus célèbre. ‘Jaadu’ retient donc sept titres comme autant de poèmes, ou de prières, voués à célébrer les joies d’ici-bas et les élans spirituels qui, indissociables les uns des autres, sont probablement l’une des clefs offrant accès à un degré supérieur de la conscience. Eveil propre à la sagesse soufi. Qu’il s’agisse de chants de l’amour endolori par la séparation comme ‘Rus Na’ (“Ne me quitte pas”) et ‘Jâni Rât’ (“Croissant de lune”), ou de ‘Ya Ali’ – poème en l’honneur de l’Imam Ali, l’un des grands maîtres soufis – ces sept titres vous plongeront dans une sorte de vertige mélodique et rythmique, à chaque écoute, inédit. Ici, accordéons, rubab, bouzouq, tablas et harmonium s’emballent, à l’image de chevaux que plus rien ne peut arrêter, pour vous laisser, le disque fini, frustrés qu’il s’arrête bien sûr mais, davantage encore, ivres et ravis. Heureux en somme !
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La critique EVENE par Nicolas Hecht :
Concert du 9 décembre 2009 à L’Alhambra, Paris
Affiche intéressante que celle proposée par la petite salle du 10e arrondissement parisien ce 9 décembre : la réunion de NLF3, trio français très prometteur et injustement méconnu, et de la "vedette américaine" trop rare dans nos contrées, Tortoise. Deux groupes de musique instrumentale, donc, pour un peu plus de deux heures de transe. NLF3, sans transcender les excellents morceaux de ‘Ride on a Brand New Time’, dégage une intensité et une présence scénique tout à fait remarquable, et nous entraîne vers des paysages exotiques en technicolor, nous abandonnant quelque part entre Pink Floyd et Battles. Le public, attentif, semble séduit. Et quand la tête d’affiche monte sur scène, une onde de bien-être traverse tous les corps ; des corps avec des cerveaux bien conscients qu’un concert de Tortoise peut difficilement être raté, tant maîtrise, précision et originalité sont toujours au rendez-vous. Les cinq de Chicago ont trouvé la formule et livrent des versions fidèles et virtuoses des titres de leurs albums phare ; se succèdent pendant une heure et demie, dont deux rappels, les morceaux du déjà classique ‘Beacons of Ancestorship’ (‘Prepare your Coffin’, ‘Charteroak Foundation’), du célèbre ‘TNT’ (‘The Suspension Bridge at Iguazu Falls’, ‘I Set My Face to the Hillside’) et du percutant ‘Standards’ (‘Eros’, ‘Six Pack’, ‘Monica’). Le tout avec une humilité frisant l’arrogance, le charisme improbable de quadras en chemises à carreaux et une qualité sonore pas loin d’être irréprochable. Les petites salles peu confortables valent parfois les palais de Grenade.
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La critique EVENE par Cécile Rémy :
Critique de 'Dunya'
Quand on sait de quels curieux personnages le mystique Bibi Tanga s'est entouré pour composer ce nouvel album, on se demande s'il n'est pas resté prisonnier d'un de ses délires hallucinogènes ou s'il n'a pas simplement choisi de rester la tête dans la lune. Une hypothèse à considérer au sens propre, puisque les compagnons qui le suivent dans cette pérégrination onirique ne sont autres que les Selenites, habitants de l'astre nocturne, et le Professeur Inlassable, mystérieux docteur ès sorcellerie musicale. Cette troupe de gentils allumés n'a apparemment pas jugé nécessaire de prendre une option de retour pour s'arracher des brumes atmosphériques et des visions illuminées qui hantent le groove électro de 'Dunya'. Entre les expérimentations trip-hop de 'The Moon', les basses funk de 'It's the Earth that Moves' ou les incursions sur un terrain plus jazz via une instrumentation élégante qui n'en finit pas de swinguer ('Goodbye'), l'ensemble de cet album aux allures de collage sonore s'octroie pour seule ligne conductrice une invitation à la transe. Pour preuve, si Bibi Tanga convoque ses racines africaines à travers 'Dunya' ou 'Pasi', leurs rythmes lancinants aux vertus narcotiques tiennent davantage de l'afrobeat psychédélique de Fela Kuti que des airs traditionnels de Centrafrique. A ces atmosphères hypnotiques dans lesquelles baigne tout entier 'Dunya' s'accorde le chant suave de Bibi Tanga, aussi à l'aise dans l'exercice du slam ('Swing Swing') que dans les modulations aiguës propres à la soul d'un James Brown ou d'un Marvin Gaye. Rien que ça...
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La critique EVENE par Cécile Rémy :
Critique de 'Tilt
On a connu meilleur goût en matière de graphisme et franchement, l'énorme scarabée en costume qui tient la vedette sur la pochette de 'Tilt' risque de faire faire des cauchemars aux âmes les plus sensibles. Au moins celle-ci a t-elle le mérite d'annoncer d'emblée la couleur de ce nouvel album, dopé aux basses saturées et à un psychédélisme ronflant. Moins sombre que son prédécesseur, le très remarqué 'Radio Blood Money', 'Tilt' renoue avec les formules qui firent le succès des énergumènes survoltés du Peuple de l'herbe, à savoir une électro old school prêchant l'union des machines et des instruments à grands coups de riffs rageurs et de beats souvent inspirés du dub. Inutile donc de s'attendre à autre chose qu'à une débauche d'énergie incompatible avec toute velléité de finesse, à plus forte raison lorsqu'elle se déploie via le rap frénétique ou les hurlements rêches de Sir Jean ou de JC001 sur les morceaux chantés ('Brick by Brick'). Reste que ce disque sans concession, aux allures de manifeste engagé (d'où la référence à Obama sur 'Look Up!') se révèle bien plus complexe qu'il n'y paraît. En témoignent la diversité et la maîtrise des samples qui permettent des incursions sur des terrains souvent inattendus : bruitages en tous genres, lignes de cordes planantes sur 'Pretty Bad Drug', ou piano électrique dont les modulations vintage dans 'L'Esprit d'une Epoque' convoquent le rock psychédélique des Doors, tous les styles y passent. Ce qui donne au final des combinaisons par moments anarchiques et désordonnées, mais d'une richesse étonnante.
Sortie en novembre 2009 - Discograph
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La critique EVENE par Amalia Casado :
Se jouant dans la bonne humeur de la morale convenue, des relations de pouvoir entre les hommes et les femmes ou des distinctions sociales entre la noblesse et la paysannerie, les deux opéras bouffes proposés par l'atelier lyrique de l'opéra de Paris recréent l'atmosphère foraine et farcesque du théâtre de rue du XVIIIe siècle. Annonceur, saltimbanques, animaux, acrobates, chanteurs et acteurs se partagent la vedette et miment l'improvisation. Un merveilleux ours polaire fait des démonstrations de jeux de cirque ou, pris par l'action, bouge son corps au rythme effréné des chanteurs. Sur une scène colorée, les décors ne cessent de se transformer au gré d'intrigues amoureuses qui mêlent l'orgueil d'artistes fiers de leur rôle, l'ambition de petits maîtres, et surtout, les jeux amoureux de jeunes gens qui naviguent entre manipulations, chagrins et attirances. Bref, le spectacle est tributaire des exigences des uns et des autres et le théâtre s'amuse lui-même de son principe d'illusion, dans une mise en abyme qui flue et reflue. Vivant, léger et se riant des préjugés, ce spectacle jeune public est à la fois divertissant et intelligent. Le grivois est de mise et toujours de bon ton, incarné par de jeunes chanteurs qui se plient ici au jeu d'acteur avec une fougue remarquable. Si la première pièce a peut-être tendance à s'éterniser (le public a majoritairement moins de 10 ans), la représentation des Troqueurs est réjouissante. Deux couples sur le point de se marier se retrouvent chez le notaire. Les hommes qui se plaignent des défauts de leur compagne (paresse et impétuosité) décident de les ''troquer'', pensant que l'autre pourra mieux satisfaire son caractère. Mais les deux hommes découvrent bien vite leur erreur et la vengeance des femmes est terrible. Sur ce scénario où la vertu des femmes se confronte à l'appétit des hommes, les deux couples se croisent et se décroisent dans un spectacle séduisant, petit vaudeville lyrique tout public.
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La critique EVENE par Julien Demets :
Critique de 'Panorama'
Exigeant mais accessible, populaire mais indépendant, Kent s’est fait une place confortable dans le paysage hexagonal. Un confort auquel lui-même se refuse : en guise de best-of, ce ‘Panorama’ a l’audace de proposer une vingtaine de titres ayant marqué la carrière de l’ancien Starshooter, dans des versions parfois bien différentes des originaux. L’ensemble, très dépouillé, fait ressortir les textes. Rare pourvoyeur de phrases définitives, de celles qu’on aurait envie de s’approprier, Kent est néanmoins un conteur minutieux et parfois rusé (‘Une ville à aimer’ prend à rebrousse-poil le discours actuel du retour à la nature). Les arrangements country rendent avec plus d’immédiateté l’émotion des chansons (comme ce superbe ‘Les Eléphants’). En revanche, les morceaux plus rock menacent à chaque fois de briser l’homogénéité de l’album : ‘Betsy Party’, en duo avec Arthur H, sonne un peu trop "carré" au milieu de ces subtiles relectures. En soignant les climats, en les unifiant, ‘Panorama’ perd toutefois de sa personnalité. Si la reprise de ‘Juste quelqu’un de bien’ par Kent et Suzanne Vega est sans doute plus bouleversante que l’originale, interprétée par Enzo Enzo, on ne peut que regretter la couleur que les arrangements "rive gauche" donnaient à cette première version. En fin de compte, tout ça n’est peut-être qu’une vile opération commerciale : vous voilà contraints, pour avoir un aperçu complet des talents de Kent, d’acheter ‘Panorama’, plus les albums originaux !
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La critique EVENE par Astrid Karoual :
Ghinzu, Girls in Hawaii, Mud Flow... Les formations belges se montrent souvent efficaces dans la perpétuation d'une immortelle tradition pop-rock, alliant personnalité et conquête radiophonique. Encore discret sur le territoire hexagonal, le quartette Mintzkov livre un second album garage mélodieux, élégant et sans prétention. Si on l'écoutait d'une oreille superficielle non débarrassée d'a priori, on trouverait à '360°' un lien de filiation évident avec dEUS (période 'Pocket Revolution'). Mais la comparaison s'arrête ici car les jeunes Anversois se positionnent moins dans une optique expérimentale et progressive de la musique qu'ils ne travaillent à rendre profondes les choses les plus simples. Le chanteur Philip Bosschaerts et ses acolytes affectionnent les riffs droits et dépouillés, les rythmiques franches et binaires, la répétition des mêmes refrains ('One Equals a Lot', 'Return & Smile'). Chic et alerte, le disque bénéficie d'une cohérence implacable digne de Nada Surf (tant au niveau de l'enchaînement des titres que dans la structure des morceaux) tout en exhibant une fausse nonchalance et un esprit indépendant qui peuvent évoquer l'avant-garde rock new-yorkaise des années 1990. '360°' est une palette d'émotions en camaïeu. Les nuances sont apportées par des détails de production (le son ludique de la guitare sur 'Ruby Red', le vocoder de 'Miles Ahead') et les interventions ponctuelles d'une voix féminine chaleureuse. La ligne droite rassurante aux vertus hypnotisantes peut se faire boucle trépidante ('360°'). Mintzkov décline une mélancolie moderne tantôt en ballades enlevées crépusculaires tantôt au gré d'échappées électriques ('Let' s Talk Things Over', 'The State We're In'). La pâte du groupe se définit de piste en piste, précisément dans la modulation obstinée de quelques accords récurrents et dans la relecture attentive des principes fondamentaux de la chanson pop idéale.
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La critique EVENE par Alexandre Prouvèze :
Critique de 'The Astounding Eyes of Rita'
Voici un album qui ravira les amateurs du Tao et les amoureux des grands espaces. Où l'on croise, assoupis, des scorpions du désert et de lointaines tempêtes de sable évanouies au soleil. C'est dire comme le lyrisme contenu d'Anouar Brahem, maître du clair-obscur, est communicatif. Accompagné ici d'une clarinette basse, d'une basse électrique et d'une darbouka, son oud (luth oriental) y tient l'équilibre parfait entre jeu et silence. Les thèmes se dévoilent pour se dérober, revenir sous une autre forme, embarquant avec eux les rêveries de l'auditeur. Dès l'ouverture ('The Lover of Beirut'), l'échange entre musiques orientale et occidentale montre sa fécondité ; l'oud suspend ses arpèges, la clarinette y chante comme un muezzin. Les musiciens adoptent un jeu modal, fondé sur les climats, les atmosphères, déployant leurs thèmes, solos, emballements collectifs avec une ampleur sereine. Ceux, particulièrement évocateurs, de 'The Astounding Eyes of Rita' ou 'Dance with Waves'. Un peu plus loin, 'Waking State' ou 'Stopover at Djibouti' pourraient aussi bien s'intituler 'Impression soleil levant', tant les instruments y paraissent frémissants, emplissant l'espace sonore peu à peu de clarté, de chatoiements impressionnistes. On pense parfois au trio Romano-Sclavis-Texier pour ses paysages déployés, son art de l'improvisation voyageuse. La sonorité de la clarinette basse de Klaus Gesing y est d'ailleurs pour beaucoup. Vraiment, c'en est envoûtant de bout en bout. D'autant que la très belle photo de Fouad Elkoury et le poème de Mahmoud Darwich, qui accompagnent le disque, correspondent à merveille aux arabesques sonores du quatuor : en somme, une méthode de méditation plus recommandable qu'un vaccin.
Sortie en octobre 2009 - ECM
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La critique EVENE par Amalia Casado :
Dans le climat menaçant de la Révolution française, le peuple gronde sa vengeance. Affamé, sa colère a transformé Paris en ville morte, en ville folle, soumise à la tyrannie sanguinaire de quelques rigides. Andrea Chénier est une victime de ce régime de la Terreur, poète maladroit qui en avait dénoncé les excès. Figure récupérée en martyre par les Romantiques - notamment réhabilitée par le jeune Victor Hugo - l'Italien à succès Umberto Giordano lui consacre un opéra monumental dans la tradition ''vériste'' - celle de Puccini, Mascagni. L'opéra italien y déploie une orchestration brillante, étalant les effluves grandiloquentes d'une sensibilité passionnée. Les airs sont véritablement conçus pour un chant opulent. Les monologues tragiques sont particulièrement beaux et les duettos d'amour voluptueux, incandescents. A ce titre, l'endurance veloutée du ténor Marcel Alvarez tient la partition à la perfection. Sa partenaire lui donne une réplique irréprochable. Le personnage de Carlo Gérard (incarné par Sergei Murzarev) et la Madelon (la brillante mezzo-soprano Maria José Montiel) illuminent par leurs monologues d'une profonde et touchante virtuosité les aléas de ce drame politique et personnel. Ainsi tout est très beau - les décors sont somptueux - mais le sublime s'attend. D'acte en acte, l'espoir se tasse. Les scènes se suivent avec brio tandis que l'ennui fait son chemin, nourri par un drame historique sans consistance. Bien que tiré d'une véritable histoire, le destin tragique du jeune poète est noyé sous une mise en scène passéiste et fort plate. Statiques, les acteurs semblent limiter leurs jeux à des prouesses vocales et clament une passion à laquelle il est difficile d'adhérer - puisqu'elle se dit sans se vivre. L'illusion n'opère pas dans cette mise en scène peu convaincante. L'orchestre, lui, est fantastique.
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La critique EVENE par Alexandre Prouvèze :
Critique de 'Beak>'
Si certaines oeuvres charment par leur maîtrise des codes, d’autres enthousiasment plus férocement par la radicalité et la cohérence d’un parti pris qui les envoie paître. C’est le cas de ce premier album de Beak>, enregistré en direct et essentiellement improvisé : brut, direct, sans maquillage. Le groupe, composé de Geoff Barrow (tête pensante, batteur et metteur en sons de Portishead), du bassiste Bill Fuller et du batteur/destructeur sonique Matt Williams, s’est ainsi retrouvé en studio une douzaine de jours d’affilée, pour accoucher de ce réjouissant album qui fleure bon le krautrock. Où l’on retrouve les divagations vocales d’Ash Ra Tempel (‘Backwell’), les basses obsédantes et monocordes de Neu! (‘Iron Acton’), les bourdons synthétiques des premiers albums de Can (‘I Know’). La liberté d’improvisation de Beak> rappelle donc de très bons souvenirs, tout en les actualisant avec les coudées franches. Allant parfois jusqu’au dub de messe noire (‘Ham Green’), ou au bruitisme intégral de ‘Barrow Gurney’ – dont les vieux synthés analogiques racontent une histoire d’explosion atomique, ou un combat de marteaux-piqueurs dans une centrifugeuse. C’est si exaltant qu’on croirait parfois entendre le violon strident et extatique d’un John Cale (sur ‘Dundry Hill’) ou le funk décharné d’E.S.G (‘Pill’). A la fois sauvage et électronique, hypnotique et dansant, accueillant et déviant, ce disque développe une musique tribale avec des instruments rock et une philosophie free jazz. Le mélange, cohérent et réussi, témoigne en plus d’un état d’esprit décontracté et jouisseur : en somme, le parfait disque de chevet d’un Dionysos électrique. Les amateurs d’expérimentations libres en raffoleront.
Sortie en novembre 2009 - Invada / Differ-ant
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La critique EVENE par Julien Demets :
Critique de 'Sans titre'
Une plaque d’immatriculation du New Jersey, un chapeau de cow-boy, peut-être. En tout cas, beaucoup d’idées. Voilà ce que Corneille a ramené de ses voyages aux Etats-Unis. ‘The Birth of Cornelius’, son disque précédent (2007), y avait été enregistré. ‘Sans titre’, son nouvel album, reflète à nouveau l’influence de la musique noire américaine. Mais plutôt que d’aligner les ballades soul conventionnelles, le chanteur a choisi cette fois de faire danser. Fini les sonorités acoustiques aux résonances faussement "authentique", place à des arrangements, des vrais : cuivres classieux (‘Le Parasite’), rythmes musclés (‘Pauvre cynique’), funk pur et dur, et même, petits hurlements à la Michael Jackson (‘Star ! Vite fait !’). Certes, il reste tout de même quelques traces de l’ancien Corneille, de ses vocalises poisseuses (‘Sans nous’, ‘Voleuse de lendemain’) et de ses textes à l’engagement tiédasse. Intituler une chanson ‘Pauvre cynique’, franchement, il fallait oser…Mais pour la première fois, le chanteur d’origine canadienne semble avoir découvert une forme d’hédonisme musical communicatif, accordant la même place au sens qu’à une forme soignée. Miracle, le prof de philo est devenu sexy !
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La critique EVENE par Astrid Karoual :
Critique de ‘Safety First’
Maud-Elisa Mandeau alias Le Prince Miiaou surgit de l’obscur anonymat de la scène indépendante hexagonale pour imposer une poésie brute et onirique au gré d’un album aussi charnel que cérébral. Cette jeune artiste dessine dans ‘Safety First’ les traits sinueux d’une féminité désespérément romantique et hallucinée. Les langues anglaise et française s’entremêlent avec souplesse, de même que les instruments acoustiques rencontrent des ambiances électriques pour offrir une douzaine de titres sensibles, riches en idées harmoniques originales. L’influence de P.J. Harvey, de Mogwai ou d’Arcade Fire sur ‘Our Tale’ et ‘Football Team’ est explicite mais n’empiète pas sur l’épanouissement identitaire du Prince Miiaou. Les mélodies sont aériennes et cristallines malgré la noirceur récurrente des textes (‘Could you Please Die ?’), teintant le disque d’une inquiétante dualité. Dans ‘Hawaïan Tree’, la musicienne cultive l’ambiguïté en se réappropriant la structure cyclique entêtante des comptines enfantines qu’elle agrémente de rythmiques incisives presque tribales. ‘Safety First’ repose sur le puissant paradoxe d’une mélancolie élévatrice. La voix est tremblante mais toujours juste, rigoureuse ou livrée à elle-même dans des parties nerveuses qui semblent improvisées (‘He Said No’), isolée et privée d’effet ou démultipliée en choeurs angéliques (‘Starfish Position’). Qu’elle chante ou qu’elle parle, comme sur ‘No Compassion Available’, Maud-Elisa Mandeau se donne sans pudeur. Les morceaux sont le fruit d’une mise à nu radicale et délicate associée à une conception expérimentale et hétéroclite de la composition. On discerne une petite touche progressive lascive au coeur de l’amertume folk de ‘Everything Must be Erased’ tandis que ‘A Beast Beside you Died’ s’illumine d’un refrain pop. Toutes les nuances de ‘Safety First’ font du Prince Miiaou l’un des plus beaux espoirs du mouvement post-rock actuel.
Sortie en octobre 2009 - Believe
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La critique EVENE par Amalia Casado :
Platée, belle et raillée ! Reine fière du marais, légère et fragile. Drôle et cruelle, la comédie lyrique dont elle est l’héroïne à ses dépens est brillamment baroque, soutenue par une musique somptueuse et une théâtralité vivifiante, tout en finesse et en ambiguïtés. Cette nymphe qui ne cherchait qu’à trouver "où porter (sa) tendresse" amuse et émeut dans un spectacle subtil et sexy. L'oeuvre - bien qu’en langue française - défend une musicalité à vif qui se joue de l’usage conventionnel du verbe et de la partition. Rameau s’amuse avec les codes traditionnels et grandiloquents de l’opéra, décale, coupe, accentue là où il ne faut pas pour créer une dérision et une disproportion comique. Pourtant, ces effets qui confinent à la bouffonnerie sont aussi drôles que la musique vainc et s’impose, splendide, avec une grâce et une élégance évidentes. Des airs comme celui de la Folie, de l’Hymen, déploient une richesse lyrique remarquablement bien menée. La mise en scène - qui avait déjà été proposée en 1999 - abonde de ressorts visuels et dramaturgiques. Très fouillée, colorée, frisant le loufoque parfois, elle dégage une réelle volonté de divertir sans jamais mettre de côté la perfection artistique - une grenouille, exemple parmi d’autres, se prête à un solo magistral de breakdance au milieu de ses consoeurs. Les chorégraphies sont incarnées, modernes et virtuosement hilarantes, tandis que les décors exceptionnels de Chantal Thomas font de ce jardin marécageux un temple verdoyant du glamour, digne des amours d’un Jupiter érigé en déité bling-bling. Tout de paillettes vêtus, les dieux apparaissent et disparaissent depuis leur nuage, se transforment, exhibent leurs feux et leur cruels desseins. A leurs jeux capricieux se fait prendre Platée. Ce personnage étonnant, émouvant, dont l’innocence brisée force l’admiration, touche durablement.
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Il faut réfléchir attentivement aux problèmes importants, même si c’est fatigant.
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