

La critique EVENE par Alexandre Prouvèze :
Critique de 'Gipsy Trio'
Biréli Lagrène, maître actuel du jazz manouche, est, on le sait, le plus fameux héritier de Django Reinhardt - le genre de gars apte à dévaler un manche de guitare tout en jouant au tarot et en coupant du saucisson. Cela dit, loin de toute virtuosité mal placée, ses mélodies font aussi penser aux courses-poursuites d’un film de Chaplin, qui s’accélèrent et s’interrompent, repartent à l’envers, croisent un deuxième gratteux qui fait des pompes (Hono Winterstein) et dansent avec. C’est fin et ludique, plutôt balèze et malin. Et si l’ombre tutélaire du gitan de Belleville plane indiscutablement sur tout l’album (comme sur n’importe quel disque de ce genre, d’ailleurs), il serait toutefois assez injuste de réduire Biréli Lagrène à un simple épigone du génie à deux doigts - dont il n’interprète ici qu’un seul titre, ‘Micro’. Car c’est au fond par la diversité de ses reprises que Lagrène tend à façonner sa personnalité propre, en réactualisant l’héritage reinhardtien. Bien sûr, on retrouve immanquablement quelques classiques du jazz (Cole Porter pour ‘Night and Day’) ou des comédies musicales américaines (‘Change Partners’ d’Irving Berlin, ainsi qu’un inutile ‘Singin’ in the Rain’). Mais on tombe également, étonné, sur une reprise plutôt réussie - c’est-à-dire affranchie de son modèle - du ‘Something’ de George Harrison. Ou sur une rareté d’Eddy Barclay sous EPO (‘New York City’). Surtout, on note l’excellence des trop rares compositions que signe le guitariste : ‘Sir F.D’ et ‘Made in France’ sont d’un calibre et d’une inventivité rythmique qui laissent entendre Biréli au moins aussi bon compositeur qu’interprète. Ainsi frustré du faible nombre de titres originaux, on n’en reste pas moins songeur quant au potentiel d’écriture du bonhomme. Ce qui lui donne un charme assez paradoxal.
Sortie en août 2009 - Dreyfus Music
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La critique EVENE par Julie de la Patellière :
Pour ne pas limiter le paysage culturel du Cap à un public blanc et initié, le producteur Eric Abraham a voulu monter un Théâtre national sud-africain noir. Le projet a donc commencé par des ateliers autour de grandes œuvres revisitées, parmi elles, ‘La Flûte enchantée’. Monter cet opéra alors que la plupart des artistes ne connaissaient pas l’œuvre, constituait un véritable pari… réussi. Dès l’ouverture, entièrement jouée sans partition sur des marimbas (instrument traditionnel africain qui accompagne fêtes et cérémonie) le public est soufflé. Tout en restant fidèle à Mozart, la troupe fait preuve d’humour et de légèreté. A la fois acteurs, musiciens, chanteurs, danseurs, les interprètes offrent un spectacle très spontané. Personne ne se prend au sérieux ni ne cherche à tirer la couverture à soi. Le mot d’ordre serait plutôt le plaisir : les Esprits sont des sortes de divines secrétaires en tailleur ailé, et les oiseaux de Papageno de roses donzelles. Pendant deux heures, l’énergie de la scène est très communicative. Les moments les plus réussis sont ceux où la musicalité des interprètes envahit l’opéra, le faisant dévier vers le gospel ou le chant traditionnel africain. Un autre rythme, une autre temporalité prolonge alors la partition de Mozart en une mélodie inédite. On regrette d’ailleurs que la troupe ne se soit pas davantage emparée de l’œuvre pour l’emmener très loin. Car les trouvailles sont nombreuses et l’ensemble plein de fraîcheur. Les chanteurs, en particulier la Reine de la nuit et Pamino sont exceptionnels. Mozart montre une fois de plus l’universalité de son opéra des contrastes, entre féminin et masculin, jour et nuit.
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La critique EVENE par Nicolas Hecht :
Critique de 'Beacons of Ancestorship'
Un son de guitare légèrement strident, une batterie ample, des claviers rétro et généreux en saturation... Le dernier album de Tortoise se répand dans nos conduits auditifs, l'expérience peut commencer. Dès la première minute d''High Class Slim Came Floatin In', la vie qui émane de ces textures colorées nous happe. Pas le temps de s'ennuyer : les compositions, à la fois complexes et accessibles (le sublime 'Gigantes'), se révèlent toutes plus hypnotiques les unes que les autres (à l'exception de 'Minors', peut-être, et ses sons plus 'conventionnels'). Entre les délires bruitistes évoquant le dernier album de Squarepusher (' Yinxianghechengqi'), et les rythmiques rampantes proches d'Autechre (' Monument Six One Thousand'), Tortoise semble digérer le plus moderne de l'électro pour régénérer son rock qui n'en est pas un. Peu importe le style : leur musique déborde et obsède pendant longtemps. Le groupe n'en est effectivement plus à son coup d'essai (déjà vingt ans de carrière), et sait bien ce que la musique instrumentale peut offrir : pas de voix et donc un mode de communication à des lieues du verbiage quotidien ; des structures mouvantes, oubliant allègrement le trop entendu couplet-refrain-couplet-solo. La liberté, ici totale et rafraîchissante, se fait sentir à chaque note, et c'est fébrilement que l'on attend la suite de morceaux construits comme des intrigues, ou la bande-son d'un film. 'Beacons of Ancestorship' déroute, passionne, captive, et marque surtout le digne retour d'un groupe dévoué à un art trop souvent considéré comme un passe-temps : la musique.
Sortie en juin 2009 - Thrill Jockey
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La critique EVENE par Guillaume Benoit :
Critique de 'Sentiments humains'
Définitivement, Pierre Lapointe n'est pas un chanteur comme les autres. Avec 'Sentiments humains', le jeune Canadien impose une fois de plus sa délicieuse étrangeté, ce délire paradoxal qui fait de chacun de ses morceaux une pièce unique, douce-amère, où les arrangements les plus fastueux côtoient les constructions les plus sobres. Seul derrière son piano, en première ligne d'ensembles de cordes grandiloquents, Pierre Lapointe c'est d'abord l'évidence d'une voix, l'éloquence d'un timbre à nul autre pareil. Et ce nouvel album vient confirmer les grandes attentes qu'il a pu susciter. Plus moderne, plus agressif et plus électrique, 'Sentiments humains' se fait frontal, s'attaquant à des thématiques plus noires, entre obsession de mort et désespérance des amours déchues. Plus crue, mais pas moins inspirée, son écriture continue de surprendre et, malgré certaines lourdeurs (notamment cette étonnante propension à reléguer les verbes en fin de phrase), fait mouche. Certes Pierre Lapointe verse dans le sentimental, mais de quelle manière ! Grandiloquent, limite kitsch, ses morceaux se lancent de tous côtés à l'assaut du sens, à l'assaut des affects pour ouvrir en grand les plaies d'un écorché qui réussit le pari de ne pas s'effondrer tout entier dans le grotesque. C'est la grande force de cet album qui distille, entre les lignes, ce sentiment de recul, cette joie de chanter qui vient surmonter toutes les douleurs exprimées et faire de chacune des chansons un moment de plaisir intense. De la douce complainte au hurlement primal et sublime, Lapointe signe là un album parfaitement équilibré et choquant de beauté.
Sortie en septembre 2009 - V2
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La critique EVENE par Alexandre Prouvèze :
Critique de 'The Eternal'
Alors que Sonic Youth a passé son vingtième siècle à définir, avec les excellents 'Evol' ou 'Washing Machine', un langage rock qui lui soit propre, s'attachant à traiter le son dans sa matérialité, pervertissant les accordages de guitares et structures attendues, il semble que les années zéro voient plutôt le groupe tourner autour de ses propositions antérieures. En cela, son nouvel album, comme les trois précédents, paraît évidemment moins audacieux que 'Goo' ou 'Daydream Nation'. Certains titres (' No Way', 'Thunderclap for Bobby Pyn') déçoivent même par une vilaine impression de pilotage automatique. Seulement, au bout de quelques écoutes, de bons morceaux se dégagent : 'What we know', avec ses rythmiques velvetiennes et sa mélodie à la fois dissonante et imparable. Ou le blues urbain 'Malibu Gas Station', sa structure à tiroirs, les feulements dans les aigus de Kim Gordon sur 'Massage the History', dont la voix a rarement été si sensuelle. Surtout, on comprend que Sonic Youth tend ici à épurer ses titres, limitant les effets de guitares et les envolées bruitistes qui, plutôt que de dériver en free-rock de plusieurs minutes (un peu sa marque de fabrique), se résolvent désormais en contemplations suburbaines et rêveuses (le paradoxalement jouissif 'Anti-Orgasm'). 'Calming the Snake', introduit par des guitares orageuses et une basse têtue, se relâche de la même façon, au fur et à mesure que la voix de Gordon passe de l'hystérie à une sorte de somnambulisme. Les paroles restent dans les habitudes poétiques du groupe, multipliant connotations érotiques, histoires de sous-vêtements, et références à la beat generation (Gregory Corso sur 'Leaky Lifeboat') ou au nihilisme tendu des métropoles. Au final, sans être révolutionnaire, 'The Eternal' s'avère résolument plus intéressant qu'il n'y paraît d'abord. Mais on pourrait aussi dire que Sonic Youth, de toute façon, n'a jamais su faire de mauvais album.
Sortie en juin 2009 - Matador
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La critique EVENE par Julien Demets :
Critique de ‘MPLSound’
Prince est un grand précurseur. Du langage sms. Les téléphones portables pesaient encore 30 kilos que le chanteur signait des titres comme ‘When 2 R in Love’ (sur l’album ‘Lovesexy’ de 1988) ou ‘Love 2 the 9’s’ (sur ‘The Love Symbol Album’, 1992). Mais alors qu’un précurseur se doit d’être passé à autre chose, une fois sa trouvaille tombée dans le domaine public, Prince donne encore dans le ‘U’re gonna C me’ et autres ‘Dance 4 Me’. C’est évidemment un détail, mais il illustre le sentiment d’autocitation que procure l’écoute de son nouvel album ‘MPLSound’. Les beats de ‘Chocolate Box’ ou ‘Dance 4 Me’ rappellent par exemple celui de ‘When Doves Cry’. Quant à la superposition de nombreuses pistes vocales, l’un des signes distinctifs de l‘artiste, elle devient lassante et atonale, à force d’être employée sur chaque morceau. L’accent est mis sur le rythme et la danse. L’absence de grande mélodie n’est pas vraiment compensée par ‘U’re gonna C me’ ou ‘Better with Time’, miaulés plutôt que chantés, et moins sensuels que sirupeux. Toutefois, l’album a ceci d’intéressant qu’il expose, en les désossant au maximum, la construction "successive" des chansons, au sein desquelles chaque intervention instrumentale, brève et percutante, semble avoir été ajoutée au gré de leur progression et sans se soucier d’une continuité sonore. On réécoutera également avec plaisir le dernier titre, ‘No more Candy 4 U’, dont le tempo allant et l’instrumentation surprenante, un peu clownesque, arrivent hélas trop tard pour sortir ‘MPLSound’ de son funk monolithique.
Sortie en septembre 2009 - Because Music
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La critique EVENE par Julien Demets :
Critique du DVD 'En TournEZ'
Capturer une prestation des trois Wriggles peut se révéler plus difficile que de filmer un méga-show de cinquante danseurs et quatre-vingts choristes. Sur scène, le trio s’entoure de quelques artifices sommaires - un tableau noir lui sert notamment de parapet – pour créer une mise en scène millimétrée, dont il convient de ne pas gâcher les effets. De fait, tout est filmé d’un même point de vue, de face. Sans rien enlever à la qualité du concert, hilarant de bout en bout, cela finit par être monotone : le spectateur a parfois l’impression d’assister à une représentation de fin d’année scolaire filmée par des parents d’élèves. Peut-être aurait-il fallu davantage montrer le public (la dimension live manque un peu) ou passer carrément derrière la fameux tableau noir, quitte à en dévoiler quelques secrets… La remarque vaut également pour le bonus ‘Le Fourtout du tour’. Au lieu des "images inédites des Wriggles en tournée" promises dans la jaquette, il contient une cascade de fausses interviews, sketches, concours de grimaces... Certes, c’est drôle. Mais une fois de plus, on ne saura rien de la vraie nature des musiciens, de l’élaboration du spectacle ou de ces anecdotes backstage qui font le sel d’une tournée. Non que David Vallet, qui réalise le DVD, eût mieux fait de se comporter en voyeur, mais quitte à suivre les Wriggles partout, autant montrer quelque chose de plus que ce que la scène offre déjà. En somme, on regrette qu’à aucun moment les clowns n’ôtent leur déguisement.
Sortie en Octobre 2009
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La critique EVENE par Cécile Rémy :
Critique de 'We Go Way Back'
Il aura suffi de quelques arpèges de guitare rugueux et de mélodies portées par des éclats de voix mélancoliques pour que 'We Go Way Back' démontre sans équation par A+B que la solution de facilité est souvent la plus efficace. La plus authentique aussi, comme semble l'avoir compris H-Burns. Point d'ostentation ni d'affectation racoleuses sur cet album en forme de confidence. Avec pour seules armes ses accords nostalgiques et des arrangements dépouillés jusqu'à l'extrême, cet aficionado de Bob Dylan et de Leonard Cohen chante la solitude du voyageur toujours sur la route, invoque des paysages à l'aridité aussi sauvage qu'enivrante. Et malgré sa sobriété et sa simplicité assumées sans complexe, 'We Go Way Back' évite avec justesse l'écueil d'un folk simpliste et naïf, lui préférant des climats plus tourmentés. Entre ballades murmurées dans un soupir ('Images Are Getting Hard to See') et ambiances moites, gonflées par les grondements sourds d'un orage latent ('I Can't Kill the World'), chacun de ces onze titres en clair-obscur baigne dans une tension permanente, une violence palpable. Les refrains lumineux de 'I Can't Hand You' et les rythmes électrisants de 'Fires in Empty Buildings' ne parviennent pas à éteindre la révolte discrète de cet artiste, ni sa fièvre, aussi contenue soit-elle. Son timbre ténu, toujours sur le fil du rasoir, trahit à lui seul les démons et chimères qui le hantent et dont 'We Go Way Back' se fait ici le fidèle miroir, entre reflets limpides et sombres abîmes.
Sortie en Novembre 2009 - Boxon
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La critique EVENE par Alexandre Prouvèze :
Critique de 'Aufgang'
Malgré un nom en allemand qui veut dire "ascenceur", Aufgang vient bien de New York. Formé par deux étudiants en piano classique et un batteur d’électro, collaborateur des Français de Cassius, le groupe sort ici un premier album postmoderne et déviant. D’abord parce qu’il envoie paître tout critère de cohérence, associant des lignes mélodiques dodécaphoniques ou carrément free aux batteries mastodontes du hip-hop (‘Channel 8’) ou aux rythmiques hachées de la house (‘3 vitesses’). Mais surtout, en se fondant sur une démarche dégagée du moindre tabou, la musique du trio parvient à faire cohabiter des sonorités hétérogènes, à convoquer en même temps les références classieuses (jazz ou classique) et les coups d’une grosse caisse jouisseuse. Du coup, on a souvent l’impression d’entendre Rachmaninov en trip hallucinatoire ou Chopin en porte-jarretelles. Décadent et déroutant. A partir de son cocktail pourtant minimaliste, Aufgang parvient ainsi à d’insolites variations. Certaines notablement réussies, comme le titre ‘Soumission’, qui fait dialoguer les pianos répétitifs, martelés ou suspendus d’un Ligeti et des envolées de batterie prog-rock. Cette approche osée du groupe donne lieu à des rencontres improbables, où s’affirme le plaisir pervers de remettre en cause tous les critères de goût, comme le titre ‘Sonar’ fait dialoguer la musique la plus pointue et la plus populaire. Le trio réconcilie ainsi Satie et le trip-hop (‘3 vitesses’), mêle claviers contemplatifs et techno hardcore (le morceau ‘Aufgang’). Parfois, les chemises à jabot trempent allègrement dans la sauce barbecue, mais c’est avec un certain plaisir dépravé qu’Aufgang donne l’image d’un Bach ivre-mort en train de danser sur la table (‘Barock’, ‘Sonar’). Surpris par un miroir déformant.
Sortie en Octobre 2009 - Discograph
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La critique EVENE par Amalia Casado :
‘La Ville morte’ est une saillie onirique et violente dans la conscience de Paul, veuf éperdu de tristesse qui vénère avec une passion pieuse sa défunte épouse Marie et refuse avec folie sa disparition. Ce deuil constitue la trame de trois tableaux dont la mise en scène tirant vers l’abstrait s’avère remarquable, limpide et envoûtante. La tension dramatique qui s’en dégage est exceptionnelle. Au lever de rideau, la scène montre un intérieur presque vide - quelques roses rouges sur le sol, un tableau noir avec des écritures à la craie comme des équations insolubles, le portrait d’une femme - qui confine à une nostalgie où les repères entre la vie et la mort n’existent plus. Ce décor minimaliste est habité par la pleine présence de l’absente qui règne dans ce sanctuaire. Le rêve prend forme à partir du moment où Marietta entre en scène. Paul est partagé entre son obsession pour le visage aimé au demi-sourire impassible et son désir pour la séduisante Marietta qui ressemble trait pour trait à Marie, tel un double charnel et vénal. Arrachant le souvenir de Marie à sa sacralité immobile, elle s’en empare pour le porter dans l’univers profanateur de la danse. La vivante et la morte, dans le cauchemar esthétique et glacé de Paul s’opposent dans une rivalité orgiaque, poétique. L’espace scénique se contracte à mesure que le rêve évolue - l'équilibre incertain du plafond menace - et laisse place à la fantaisie macabre et clinquante de spectres. Le deuil de Paul est un songe peuplé de fantômes. Mais si le roman de Rodenbach dont est tiré le livret s’achève sur une passion incurable, l’opéra de Korngold est un véritable hymne à la vie. La musique incarne avec brio l’opéra de l’entre-deux-guerres, dans la tradition de Mahler, Strauss. Luxuriante et sensuelle, elle sous-tend avec une très belle richesse harmonique les hallucinations vertigineuses de ce véritable conte infernal. Des mélodies magnifiques se révèlent avec évidence. La ‘Ville morte’ est renversante.
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La critique EVENE par Mathieu Laviolette-Slanka :
Avec un titre pareil, on s'attendait à une relecture audacieuse de la légende. Un opéra neuf dans lequel les arts se mêleraient, comme à l'accoutumée des Sentimental Bourreau, maîtres en transdisciplinarité. Un texte renouvelé, politisé peut-être par l'écriture du jeune Lancelot Hamelin, auteur en plein essor qui avait déjà travaillé avec le metteur en scène Matthieu Bauer en 2007. Ces points de suspension ouvraient une porte immense, une foule de possibles. Elle s'est refermée aussitôt le rideau levé. En fait "d'opéra d'action", 'Tristan et…' se prend les pieds dans l'excès. Trop de musique, trop de parole, trop d'imagerie aboutissent à une cacophonie scénique de laquelle rien ne ressort. Marc Berman, après une prestation remarquée dans 'S'agite et se pavane' de Célie Pauthe, interprète un Tristan ombrageux et détaché de tout, mort et représentation dramatique comprises. On a du mal à saisir l'envergure de ce rôle-titre, cantonné à quelques apparitions imprégnées de détachement brechtien. Le personnage d'Isolde, divisé entre comédienne et cantatrice, dit bien sa rage, son amour et son impuissance. Mais lyrisme et cynisme se coupent sans cesse l'un l'autre, brisant le rythme avant même qu'il n'ait le temps d'exister. L'adhésion est rendue difficile, l'appropriation du drame incertaine dans cette tragédie-là. Et à trop rester extérieur, on s'ennuie. Selon Matthieu Bauer, Wagner lui-même estimait que "la force musicale de son Tristan pouvait se permettre l'économie du poème". Mais en hachant de la sorte toute musicalité, le metteur en scène n'a pas permis non plus à cette force de prendre vie. Laissé ainsi à lui-même, 'Tristan et…' s'enfonce vite dans une atmosphère brumeuse et lénifiante. Entraînant dans sa chute la poésie de Lancelot Hamelin et le reste d'une troupe qui, pourtant, semblait pleine de promesses.
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La critique EVENE par Thomas Chouanière :
Critique de 'Mister Mystère’
Matthieu Chedid revient six longues années après 'Qui de nous deux'. Temps durant lequel il s'est consacré aux morceaux des autres. Ce nouvel album se veut donc, par contraste, plus introspectif. Le suspense autour de la mise en pause de son personnage de M au profit de son vrai nom est vite dissipé par le premier single 'Le Roi des ombres', dans lequel il déclare assumer toujours sa dualité (“je suis l'ombre de ton ombre, tu es l'ombre de mon M/Je suis M/Tu es M”). Mais si cette continuité existe, la musique subit, elle, un véritable changement. Marqué par la prise d'importance du piano, l'absence des riffs rentre-dedans qui créaient l'ampleur de ses précédentes livraisons, 'Mister Mystère' apparaît plus dépouillé, plus calme, et - curiosité - permet de découvrir un versant plus sombre ('Tout sauf toi', 'Délivre'). Chedid explore cette lumière noire avec des textures folk, enrichies des nappes plaintives d'un violoncelle. Autre ajout d'importance, la venue de Brigitte Fontaine dans l'équipe à l'origine de l'opus singularise définitivement certains textes, notamment 'Tanagra', hymne érotique dont la poésie crue apporte beaucoup de maturité aux thématiques amoureuses abordées. Cette association est complétée par les talents de compositeur du frère de M, Joseph Chedid, pour la sublime 'Lettre à Tanagra', progression au piano rappelant le charme des mélodies d'Alex Beaupain, avec des paroles - c'est assez rare pour être souligné - basées sur des épithètes homériques (“Tanagra, aux beaux bras...”). Associant grâce mélodique, arrangements neufs, et une habileté de texte tranchant avec l'univers habituellement rose bonbon de M, 'Mister Mystère' crée une nouvelle facette qui valait largement ces six ans d'(im)patience.
Sortie en septembre 2009 - Barclay
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La critique EVENE par Cécile Rémy :
Critique de 'Lungs'
Parce que son charme gothique lui donne l'allure d'une sorcière des temps modernes, parce que ses textes sibyllins semblent tout droit tirés de grimoires moyenâgeux, Florence Welch pourrait bien être la petite soeur des mystiques Kate Bush ou Sinead O'Connor. Fracas de cymbales tonitruantes, harpes cristallines, synthétiseurs planants, telle est la machine retentissante déployée à l'occasion de son premier album 'Lungs', d'où s'échappent les vibrations d'un souffle tantôt épique, tantôt fragile. Une tension à l'image de la voix étrange de cette diablesse fantasque, qui n'hésite pas à se métamorphoser en furie hystérique au gré de cris distordus et d'halètements inquiétants sur 'Girl With One Eye', puis à adopter les accents tendres et délicats de l'amoureuse de 'I'm not Calling you a Liar'. L'ensemble de ce disque hybride est construit autour de cette lutte entre atmosphères orageuses et tourmentées, auxquelles succèdent des intermèdes plus assagis, des respirations apaisées. Dans un tourbillon ininterrompu, les guitares électriques de 'A Kiss With a Fist' prennent le relais du ressac douloureux des cordes ('Howl'), les explosions des choeurs s'éteignent pour laisser la place aux arpèges d'un piano éthéré (‘Rabbit Heart'). Armée de ses formules magiques et de sa machinerie délirante, Florence Welch jette un sort inédit au monde de la pop, qu'elle éclaire d'une lumière troublante.
Sortie en juillet 2009 - Island
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La critique EVENE par Julie de la Patellière :
Classique ou moderne ? Crête punk ou perruque poudrée ? Rares sont aujourd’hui les opéras montés sans décontextualisation systématique. Dans le meilleur des cas, on apporte une lumière nouvelle à l’oeuvre, en la réinterprétant de fond en comble, dans le pire des cas, on cherche à coups de gadgets à replacer coûte que coûte l’opéra dans notre époque. S’érigeant contre cette tendance, Jean-Paul Scarpitta revendique, lui, un respect de l’oeuvre originale. Le chef d’orchestre Lawrence Foster abonde dans son sens : "Si l’on jette Falstaff dans l’Hudson River au lieu de la Tamise, cela pose problème." Pas de risque donc ici d’artificielles audaces. La mise en scène offre de très beaux tableaux (dans l’esprit de Bob Wilson) : fonds colorés, plateau dépouillé, lumières étonnantes, tantôt soleil aveuglant, tantôt reflets de lune. Mais Jean-Paul Scarpitta ne s’en tient pas à un parti pris esthétique unique et le tout manque de cohérence. Spectacle dans l’ensemble réussi, il s’adresse surtout aux enfants. Une gigantesque marionnette de lion, une licorne blanche, des mimes et des acrobates (dont les déplacements sont parfois agaçants) présentent une version ludique de cet extraordinaire opéra, aussi léger que profond. Dommage de n’avoir pas supprimé quelques éléments redondants du décor, comme une table garnie de verres, un plan de château en surimpression, des rideaux rouges pour faire "théâtre dans le théâtre". Ils gênent la visibilité, souvent lors de scènes-clés : la reine de la nuit doit apparaître dans toute sa splendide implacabilité et non pas à côté d’un lit affublé d’une reprographie cheap de fleurs. Pourtant l’interprète Uran Urtnasan Cozzoli parvient à apporter une rare tendresse à son personnage terrifiant. Sandrine Piau est également remarquable en Pamina. Le metteur en scène et Clémence Boulouque ont supprimé les récitatifs, les remplaçant par des textes qui commentent l’action de façon un peu niaise. Mais ‘La Flûte’ reste en soi un enchantement.
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La critique EVENE par Alexandre Prouvèze :
Critique de 'Prohibition'
On connaît Brigitte Fontaine allumée, lunaire, dandy au féminin, faisant fondre les antagonismes entre lucidité et déraison, sublime et ridicule. Seulement, cet album convoque une dimension supplémentaire, relativement absente jusqu’alors et pour cause : Brigitte Fontaine aborde désormais de face la vieillesse et son déclassement, sa misère, la décrépitude physique. Et puis la mort, en faction au coin d’une rue. Ce qu’on cache, nie ou ostracise, la poétesse le prend en charge : "Je suis un poète / Je tâte avec délicatesse / Les flaques de merde." Cash... Colère et impuissance traversent ainsi les textes, comme ‘Prohibition’ annonce sobrement : "Je suis vieille et je vous encule / Avec mon look de libellule / Je suis vieille et je vais crever." Le titre ‘Harem’, tout en scintillements de mots précieux, décrit l’enfermement des cages dorées, tandis que ‘Frankenstein’ le situe dans les altérations d’un corps. Car si les modalités sont diverses, un même mouvement d’exaspération claustrophobe innerve tout l’album, qui se clôt sur cet impératif : "Ouvrez les prisons / Elles nous tuent." Néanmoins, la rage n’empêche pas Brigitte Fontaine de ciseler ses textes au gré d’une versification rigoureusement classique, aux allitérations malignes ("Rare aristocratique") et aux lexiques riches et variés. La musique, toujours composée par son vieux complice Areski Belkacem, mêle les genres, des gammes orientales d’un envoûtant ‘Soufi’ à l’indie-rock de ‘Dura Lex’, de l’électro-pop rêveuse (‘Il s’en est passé’) au très beau piano classique de ‘Harem’. Et même si certains arrangements semblent un tantinet paresseux (‘Just you and me’, ou un décevant duo, ‘Partir ou rester’, avec Katerine), son authenticité crue confère à cet album une densité rare, touchante et digne, excessive et libertaire, non moins poétique que politique. Bref : ce dont on a sans doute bien besoin.
Sortie en octobre 2009 - Polydor
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La critique EVENE par Cécile Rémy :
Concert du 19 février 2009 au New Morning, Paris
Vingt chanteurs et une dizaine de musiciens réunis en une troupe bruyante et tapageuse : il n'en fallait pas moins pour faire vibrer les planches du New Morning au son des classiques d'Aretha Franklin ou Otis Redding, revisités avec jubilation par toute une flopée de jeunes artistes issus du terreau vivace de la scène soul française. Reste que le projet est bien ambitieux, voire démesuré, et surtout, ne souffre d'aucune approximation technique au vu de l'espace qu'occupe la joyeuse tribu ; mais bousculades, risques de glissades et autres gags font partie du show. Et rendent la fresque musicale dirigée par la chanteuse Lisa Spada, promue maîtresse de cérémonie de charme, d'autant plus humaine. Avec une bonne humeur communicative et décontractée, Sandra Nkaké, Sly Johnson (du collectif Saïan Supa Crew), Isa Koper ou encore Crystal Night s'improvisent tour à tour leaders ou choristes, au gré de véritables tableaux vivants retraçant l'histoire de la soul. Entre le rythm'n'blues traditionnel d'un Marvin Gaye, le funk groovy de Sly and the Family Stone, le reggae imprégné de gospel d'une version exaltée de 'Higher and Higher' (Jimmy Cliff), le choix des reprises joue sans complexe de l'élargissement et du métissage des influences. Au point de faire une incursion dans un registre plus jazzy grâce à la présence de la marraine de la soirée, Elizabeth Kontomanou et de son 'Go Back to my Groove', dont les accents voluptueux et délicats viendront tempérer un instant l'effervescence de la soirée.
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La critique EVENE par Astrid Karoual :
Critique de 'Metro Station'
Purs produits de leur époque, les gamins de Metro Station n’ont pas attendu d’être talentueux et majeurs pour rendre plausibles leurs rêves de célébrité. Ces pop stars de poche ont “simplement” récolté de nombreux fans hystériques sur Myspace pour se propulser rapidement en haut des charts américains. Le premier album de Metro Station transpire une jeunesse fanée avant l’heure, sans personnalité, qui se cache derrière strass et paillettes pour combler son inanité. Les membres du groupe n’ont-ils pas encore atteint l’âge légal dans leur contrée pour boire de l’alcool qu’ils paradent d’ores et déjà, tout de tatouages vêtus, dans les bureaux d’une major et sur les scènes les plus branchées. Cette obsession, plus mécanique que romantique, de l’adolescence et de l’éphémère hante l’ensemble regrettablement homogène du disque de Metro Station. Le demi-frère à mèche de Miley Cyrus et sa bande chantent à tue-tête ‘Seventeen Forever’ et ‘Wish we were Older’ pour une foule (pré)pubère anonyme qui se reconnaîtra entre deux gentils pogos dans le récit de leurs déboires de lycéens. Mais point de torture morale poussive chez Metro Station. On cherche d’abord l’efficacité marketing fédératrice et on n’excède surtout pas sur chaque titre les trois minutes réglementaires pour le passage radio. Malgré les paroles regorgeant de coeurs brisés (‘Now That We’re Done’, ‘True to Me’, ‘Kelsey’) et d’incertitudes (‘Disco’), le quatuor californien prêche la frivolité électro-club années 1980, décidément très en vogue ces derniers mois (‘California’). Interchangeables et dénuées de fraîcheur, les chansons sont prêtes à consommer et à recycler. Muni d’un chant emo édulcoré à la Fall Out Boy (‘Control’), distribuant à tout va des refrains abusivement simplistes à l’instar du single ‘Shake It’, Metro Station brandit l’étendard de la mièvrerie corruptive.
Sortie en mars 2009 - Columbia
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La critique EVENE par Astrid Karoual :
Critique de 'Miss Météores'
A des années-lumière de son passé de star-académicienne à la marginalité réfrénée par le service privé, Olivia Ruiz poursuit son ascension avec un troisième disque plus aventureux que les précédents. ‘Miss Météores’ renferme treize petites histoires du quotidien racontées selon des tons et des registres variés. Au fil de cet album à tiroirs qu’elle a entièrement écrit, la brunette aux yeux chocolat déclare son impérissable flamme à la musique. Jonglant avec les genres qu’elle affectionne et les émotions qui la font vibrer, la chanteuse se livre à quelques expérimentations sonores, épaulée de son complice-amoureux Mathias Malzieu. Aux petits soins des textes soignés de la demoiselle, le leader de Dionysos concocte des ambiances riches, lyriques et déglinguées. Des tubes pop-rock ‘Elle Panique’ et ‘Mon petit à petit’ à la comptine "burtonienne" délicatement glauque ‘Peur du noir’ ; de la poésie naturaliste franchouillarde de ‘Les Crêpes aux champignons’ au chic ’When The Night Comes’ en duo avec Lonely Drifter Karen dans la langue de Shakespeare, la multiplicité stylistique de ‘Miss Météores’ séduit et déroute. Jeune étoile de la nouvelle chanson française, Olivia Ruiz manifeste rigueur et fraîcheur, apprenant de ses collaborations, à l’affût de ce qui pourrait la nourrir tant sur le plan humain que dans ses efforts de composition. Cependant ce grand appétit de rencontres, de découverte et d’audace n’évite pas le risque d’éparpillement. Dans un catalogue de masques qu’elle aime revêtir en chansons, cette meneuse de cabaret ludique et ténébreux clame sans transition ses hésitations et ses phobies (‘Les Météores’), se change aisément en femme-enfant cristalline (‘Le Saule pleureur’), en succube (‘Belle à en crever’) ou encore en sorcière cabotine (‘Spit The Devil’). Perdue au milieu de toutes ces images d’elle-même, Olivia Ruiz n’a pas encore pris le temps d’embrasser son authentique moi musical.
Sortie en avril 2009 - Polydor
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