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04/02/2012 06h00 Bravo !
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AU REVOIR AVIGNON Une saison en enfer
Jean-Baptiste Deau pour Evene.fr - Juillet 2005 - Le 04/07/2005
Le festival d’Avignon a provoqué cette année pas mal de polémiques. Face aux créations proposées par les deux directeurs et Jan Fabre l’artiste associé, le public a souvent été déçu et largué par cet art avant-gardiste.
La polémique du mois de juillet
L’heure est au bilan. Chaque journal en fait son édito, plusieurs tribunes sont proposées aux tenants des scènes nationales françaises pour émettre leur avis sur l’édition du Festival d’Avignon 2005. Et ce n’est pas sans dire, cette année la polémique a remué le monde de la culture et a proposé une réelle réflexion autour du rôle du théâtre dans notre actualité. Nous ne sommes pas si éloignés de l’esprit de Jean Vilar, créateur du Festival en 1947.
Des directeurs fiers de leur festival et impressionnés par les créations
Au premier jour du Festival, les deux directeurs, Vincent Baudriller et Hortense Archambault, affichaient une position confiante quand au déroulement du futur Festival. Ravis des 80 000 places vendues avant le 8 juillet, ils expliquaient clairement leur satisfaction d’avoir pu programmer autant de création, alliant l’esprit du Festival à l’avancement de l’art dramatique et chorégraphique. Pourtant les étonnements commencèrent à poindre : pourquoi cette année n’y a-t-il pas de "théâtre dans la Cour d’honneur", à quelle ligne directrice cela répondait-il ? Jusqu’au 27 juillet, les réponses des directeurs restaient très conventionnelles évitant le débat de fond sur la réelle proposition… comme si ces créations dépassaient un peu leur attente.
Jan Fabre, un choix difficile
A cette présentation assistait aussi Jan Fabre. Artiste flamand à la réputation de provocateur radical, il s’est produit 4 fois au Festival. Deux oeuvres ont été présentées dans la Cour d’honneur 'L’histoire des larmes' et 'Je suis sang' et deux au Théâtre municipal 'L’empereur de la perte' et 'Le roi du plagiat'. Une seule a marqué les esprits, la nouvelle présentation de 'Je suis sang', après sa première en 2001. Le portrait général de l’édition peut être dessiné à l’image de l’artiste. Une édition où les performances ont pris le pas sur les mises en scène de théâtre. Un festival où le débat a eu lieu autour de l’utilité des avant-gardes et de leur pouvoir créateur. Enfin un mois de juillet où l’atmosphère a échauffé les esprits classiques et rendu gloire aux créations décousues.
L’exception culturelle, inaccessible ?
Le Festival d’Avignon 2005 a sans doute été un succès, mais il faudra du temps sans doute pour le comprendre et l’apprécier. Tel que le stipule Salvador Garcia, directeur de la scène nationale d’Annecy, dans 'Libération' du 28 juillet : "A Avignon, le petit 'nous culturel', pourtant traversé par d’énormes contradictions, s’est défendu presque d’un bloc. Il a fait front, face à la singularité et à l’étrangeté de certaines propositions artistiques jugées dangereuses pour l’avenir du théâtre, pour le public que l’on décourage, pour l’avenir du festival... Il ne s’agit pas de normer un art qui ne nous ressemblerait plus, il s’agit, là comme ailleurs, d’accepter et de penser l’exception".
On est donc bien face à une exception culturelle. Mais une exception qui dépasse le public qui quittait en masse les salles lors des représentations. Souvent dans les débats, les rencontres et les discussions autour des propositions de la programmation du In, on a entendu la déception voire l’énervement des spectateurs face à la faiblesse artistique de certains spectacles. Sans tomber dans l’écueil de la grossièreté, l’indigence ressort de l’impression générale. Tout le monde a un avis à donner, les spectateurs y compris qui se sentent lésés dans ce festival. Face aux créations de Mathilde Monnier (avec l’insupportable 'Frère et soeur'), de Jan Fabre (excepté 'Je suis sang') ou encore de Christian Rizzo (avec l’incompréhensible création au cloître des Carmes), on a souvent eu l’impression d’assister à un travail inabouti, au langage et à la portée pauvre.
Le théâtre en force
Les pièces de Théâtre proposées ont quant à elle remporté l’unanimité, par leur légitimité et leur pertinence. 'Hamlet', mis en scène par Hubert Colas, 'La mort de Danton' et 'La Vie de Galilée' , mis en scène par Jean-François Sivadier, 'Les Vainqueurs' d’Olivier Py et encore les poèmes d’Apollinaire lus par Jean-Louis Trintignant…ont tous adhéré à l’esprit du Festival.
L’effervescence du Off
Du côté du Off, record battu cette année : 770 pièces proposées. Un vrai méli-mélo de tous les arts scéniques, et en réalité un vrai labyrinthe pour le festivalier. Pourtant, cette année, l’Association Avignon Public Off (APO) a essayé de clarifier les choses. Après la guerre intestine de l’an dernier, APO et ALFA (association des lieux du festival d’Avignon) ont édité conjointement un même programme. Un vrai book du festivalier, clair et illustré permettant de se repérer parmi tous les théâtres d’Avignon. Cependant ce programme, par esprit d’équité sans doute, ne précise pas les incontournables du Festival Off. On doit alors suivre la réputation des théâtres et la continuité de leur programmation : à savoir le Chêne noir, véritable lieu In du Off, la Chapelle du Verbe Incarné, qui propose toujours de belles créations, et le Théâtre des Halles de Alain Timar avec des mises en scène stupéfiantes. Dans le Off, il y en a pour tous les goûts et pour tous les profils, c’est un véritable vivier de la création dramatique.
A la découverte des limites et frontières du théâtre
Hortense Archambault et Vincent Baudriller, à la fin du Festival, s’estiment fiers d'un événement qui aura "interrogé les limites et les frontières du Festival". De surcroît le Festival a eu plus de spectateurs que l’an dernier, avec plus de 110.000 billets vendus sur 129.000 mis en vente. En juillet 2006, le Festival fêtera les 60 ans de sa création avec l’artiste Josef Nadj, personnalité très différente de celle de Jan Fabre. Peut-être sera-t-il aussi avant-gardiste et inaccessible pour le public, mais puisqu’on nous dit que c’est pour le bien de l’art, alors pourquoi pas...
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