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13/07/2012 11h36 C'était moi qui évoquait Tintin au Congo en sortant. J'avais ni tord ni raison, c'était léger. Comme spectacle. Entre une chanson à la gloire de Chopinot, un type (danseur ?) qui monte au platane, d'autres gars (danseurs ?) qui essayent de dribbler avec un ballon en cuir usé et le final "Quand j'ai faim je mange des bananes Quand j'ai soif je bois du lait de coco", on ressort aérien. Comme si de.
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Cherkaoui, Chopinot, Bel, Belaza… La danse dans tous ses états
Par Etienne Sorin et Patrick Sourd - Le 13/07/2012
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Quatre chorégraphes en Avignon. Sid Larbi Cherkaoui tombe dans le spectaculaire kitsch tandis que Nacera Belaza en dit beaucoup avec peu. Jérôme Bel, lui, parvient à montrer avec justesse la différence alors que Régine Chopinot ne fait que l’exhiber.
Puz/zle ne casse pas des briques
Puz/zle, ©KoenbroosBonne nouvelle, Sidi Larbi Cherkaoui est toujours chorégraphe. Le récent TeZuKa, vu à la Villette à Paris en mai dernier, performance autour de la calligraphie, avait laissé le doute s’insinuer. Il faut dire que le spectacle avait été créé au Japon et très perturbé par la catastrophe de Fukushima en mars 2011. Dans Puz/zle, soutenu notamment par la Fondation BNP Paribas, venue à la rescousse de la compagnie de Cherkaoui créée en 2010, la danse et les corps parviennent à reprendre le dessus. In extremis. Il leur faut lutter, au propre et au figuré, contre une esthétique kistch digne d’un son et lumière. À commencer par ces morceaux de mur gris qui ont tout de cubes en carton, un crime de lèse-majesté dans un site aussi beau que la carrière de Boulbon, située à quelques kilomètres d’Avignon, où la pierre n’est pas un simple décor. Et les danseurs perdent un temps fou à déplacer, assembler ou jouer au Kapla avec ces pièces de puzzle géantes (d’où le titre) – la chorégraphie des pavés est le climax de cette pub pour Manpower. Le groupe polyphonique corse A Filetta, la chanteuse libanaise Fadia Tomb El-Hage, ou le percussionniste et flûtiste japonais Kazunari Abe (manque une cornemuse celte), ont beau meubler ces tableaux vivants, le syncrétisme de Cherkaoui ne convainc pas. On n’a rien contre la symbolique du mur (de Berlin, d’Israël, du Mexique…) mais le chorégraphe citoyen du monde qui ne connaît pas les frontières a tendance à vouloir délivrer un message au détriment d’une véritable écriture chorégraphique. Restent les solos, entre hip-hop et Butô, qui révèlent la puissance et la singularité de chaque interprète. Et le regret d’un spectacle plein d’esbroufe.
Un grand Trait !
Le trait, ©Christophe Raynaud de LageImpossible résolution de la quadrature du cercle… Dans un premier duo intitulé Le Cercle, la découpe précise d’un petit carré de lumière désigne sur la scène l’espace dédié à la danse. Nacera Belaza crée ainsi un effet de zoom sur ses danseurs Mohamed Ali Djermane et Lotfi Mohand Arab, tandis que le reste du plateau demeure plongé dans un noir profond. Sur une partition musicale mêlant des bruits urbains et des percussions, la danse hypnotique de Nacera Belaza parcourt alors le corps figé des deux hommes à la manière d’une transe aussi irrésistible que vagabonde. Mouvements de tête, sauts sur place, l’étrange sortilège de possession qui au départ les agite dans un synchronisme troublant, individualise bientôt ses effets en révélant un esprit de révolte qui réveille la personnalité de chacun. Tels des pantins désarticulés, ils sont alors les proies de ce sort jeté et témoignent d’un cérémonial qui tutoie l’ancestral de ceux des Maîtres-fou filmés par Jean Rouch. À la suite, vient un solo, Le coeur et l’oubli, interprété par Dalila Belaza, la sœur de Nacera. Long silence et pénombre sur le plateau. La limite entre la scène et les premiers rangs du public s’éclaire d’un rai lumineux avec une infinie lenteur. L’interstice ouvert s’élargit, se transforme en une frange de lumière qui gagne alors sur la nuit à la manière d’une vague refluant vers le large pour découvrir en l’extirpant de l’ombre le corps de la danseuse. Dans la gestuelle d’une danse minimaliste, la voici alors un moment surexposée en pleine lumière puis réduite à l’ombre d’une silhouette en contre jour dans l’effet d’un champ contre champ digne du cinéma. Ultime solo de ce programme, La nuit met en scène la chorégraphe dans une pièce minimaliste consacrée à son corps marchant lentement vers la lumière. Le mouvement de ses bras en croix lui donne les allures d’un oiseau solitaire tentant une fois encore de prendre son envol. Remettant trois fois sur le métier son obsession des corps tourmentés par leur désir d’émancipation, martelant sans cesse le message proche du S.O.S. d’une seule et même revendication, Nacera Belaza fait mouche. Époustouflant de justesse et de vérité.
Disabled theater ou l'éloge de la différence
Disabled theater, ©Christophe Raynaud de LageL’alignement de onze chaises avec, au pied de chacune d’elles, une petite bouteille d’eau, rappelle le décor minimal des rencontres d’après spectacles avec les équipes artistiques sur les scènes des théâtres. Les acteurs de la troupe du Theater Hora de Zurich parlent le Suisse-allemand. Une assistante, Simone Tuong (en alternance avec Chris Weinheimer) assume le rôle de traductrice et raconte au public, dans les deux langues, les différentes étapes du travail effectué ainsi que la teneur des demandes exprimées par Jérôme Bel. Le dispositif de ce théâtre documentaire limite l’intervention du metteur en scène et laisse autant de libertés aux acteurs. Présentation de chacun durant une minute de silence face au public, déclaration de leur état civil et profession et courte chorégraphie en forme de carte blanche… Le spectacle s’amuse aussi de quelques anecdotes sur le choix de certaines performances à retenir et pas d’autres, et se nourrit de la manière dont les danseurs comédiens jugent leur travail ou des commentaires de leur propre famille. Jérôme Bel a réalisé précédemment de tels portraits avec Véronique Doisneau, ex-danseuse de l’Opéra de Paris et Cédric Andrieux, ex-danseur de la compagnie Merce Cunningham. Ici, outre le fait qu’il s’agit du portrait d’une troupe, l’exercice de style atteint de véritables sommets d’émotion, entre le rire libérateur et les larmes de la compassion. Car ce qu’il faut maintenant préciser, c’est que chacun des acteurs du Theater Hora est atteint d’un handicap mental ou du syndrome de Down (trisomie 21). En ouvrant les portes de l’univers de ces humains plus qu’humains, le metteur en scène nous confronte à la liberté sauvage et la générosité sans limites de ces êtres que nous excluons en permanence du cercle de notre normalité. Un miroir tendu à tous ces petits arrangements qui participent du confort aveugle de notre bonne conscience et constituent l’un des premiers empêchements à notre capacité de vivre pleinement avec les autres en passant outre l’évidence de leurs différences. Le spectacle s’achève sous des tonnerres d’applaudissements. Mais ils ne feront jamais oublier tant de regards qui, au quotidien, se détournent encore et toujours de ceux qui ne peuvent espérer malheureusement n’être rien d’autre que les stars de ce Freaks Show d’un soir.
Very Wetr ! Very vain...
Very Wetr !, ©Christophe Raynaud de Lage« J’ai l’impression d’avoir vu Tintin au Congo », avoue un spectateur en sortant du Cloître des Célestins. Il a à la fois tort et raison. Tort, parce qu’il vient de voir Very Wetr !, la création pour le festival d’Avignon de Régine Chopinot. Raison, parce que malgré toutes les précautions pour ne pas se faire taxer de postcolonialisme « maternaliste », la chorégraphe nous donne sur un plateau du Y a bon Banania en invitant le groupe Wetr (on prononce Ouetch), découvert lors d’un voyage en Nouvelle-Calédonie-Kanaky. « Là, au bout du bout, à Hnathalo, je rencontre le groupe du Wetr, se souvient Chopinot dans le dossier de presse. Des femmes, des hommes, kanak, danseurs, chanteurs, musiciens, pour qui la culture est un ensemble dans sa globalité (sic): tout est poreux car vivre signifie danser, chanter, se nourrir, pêcher, se soigner, se marier, accompagner les deuils, administrer la tribu, du matin au soir, dans une vie en continu. » Super Régine, mais est-ce une raison pour les exhiber hors de l’environnement de cette rencontre, donc dans un autre contexte forcément ridicule et se contenter de les regarder danser ou jouer au foot depuis le bord du plateau, un sourire ravi digne d’une touriste attendrie prenant des photos ? Pour être tout à fait honnête, quand elle ne lit pas sur son Ipad des textes, elle danse en solo dans un costume signé Jean-Paul Gaultier qui lui donne une allure de sauvage punk. Bref, un foutage de gueule dans la joie et la bonne humeur. Sauf qu’on avait oublié de prendre un acide pour tripper sur cet exotisme de pacotille.
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