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LA CINEMATHEQUE DE LA DANSE A 25 ANS La discrète fait la fête

Céline Laflute pour Evene.fr, Photographies (c) DR Cinémathèque de la danse - Avril 2007 - Le 16/04/2007

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LA CINEMATHEQUE DE LA DANSE A 25 ANS

Unique en son genre, l’institution consacrée de façon exclusive à la danse au sens large investit le cinéma de la Pagode du 18 au 24 avril pour honorer dignement ses vingt-cinq printemps avec une programmation dévoilant quelques-unes de ses mirobolantes ressources audiovisuelles.

A mille lieues de fêter la Sainte-Catherine, la Cinémathèque de la danse n’est pour autant pas promise à un unique lieu de diffusion. Bien au contraire, elle poursuit ses relations avec des partenaires aussi variés que multiples, sans outrance médiatique. Avec une collection de 500 films et 8.000 vidéos de danse, elle a de quoi en appâter plus d’un ! Née d’une impulsion gouvernementale, l’institution se réjouit de sa complète et récente indépendance.

Au commencement du septième art, la danse n’était pas loin

Remontons aux premières images de danse au début du siècle. Lumière, Méliès et Edison furent les premiers à favoriser la rencontre entre le cinématographe et le ballet. En résultent des films précieux pour l’histoire de la danse et du cinéma, inédits pour certains. Nicolas Villodre, chargé des collections de la Cinémathèque de la danse, rappelle la manière dont la danse fut liée aux prémices du cinéma : “Le danseur, discipliné et patient, était le cobaye idéal pour les expérimentations liées aux métiers de l’image et du son.”

Les collections rendent hommage aux cinéastes qui ont fait de la danse leur sujet de prédilection (Atlas, Hinton…). Patrick Bensard qui dirige la Cinémathèque de la danse depuis sa naissance commente ainsi un film de Trisha Brown (1) : “La danse est filmée de profil, dans l'obscurité, et cela lui donne une profondeur abyssale. Le fait d'avoir la caméra à l'épaule injecte aux images un battement, un souffle qui donnent la sensation de plonger dans le processus du mouvement. Plus que de beauté, il s'agit d'aller au-delà, jusqu'à la déformation, la laideur, d'atteindre au principe même du geste.” Ce point de vue cinématographique laisse apparaître le souci de valoriser “des programmations avec des signatures […] toujours du côté de l’écriture visuelle.”

Hasard ou coïncidence ? Dès 1936, Henri Langlois avait déjà commencé à constituer une collection de films de danse avec la participation non négligeable de sa compagne Mary Meerson, arrivée à Paris avec les Ballets russes. Parmi les premiers montages du fondateur de l’institution, certains avaient été programmés au théâtre des Champs-Elysées dans les années 1970. Ces bobines mélangeaient des extraits de comédies musicales américaines et indiennes, des premiers films sur la danse et le jazz.

De nombreuses bobines jusqu’à l’indépendance chérie

C’est à l’initiative d’Igor Eisner, alors inspecteur général de la danse, que la Cinémathèque de la danse vit le jour avec la mission première de “mettre en mémoire l’explosion de la danse française des années 1980”. Pour le dire sur un ton plus solennel, désormais, les images de danse allaient officiellement faire partie du patrimoine culturel mondial. Promu directeur en 1982, Patrick Bensard peut difficilement refuser lorsqu’il découvre l’embryon de collection de films de danse dans les réserves de la Cinémathèque française. C’est en son sein et sous le regard bienveillant de son président, Costa-Gavras, que se développe la Cinémathèque de la danse. Subventionnée par le ministère de la Culture, la Cinémathèque de la danse fut un département de la Cinémathèque française jusqu’en février 2005. Désormais, l’association penche à peine plus vers la Cinémathèque française que vers le Centre national de la danse et défend son existence propre boulevard de Reuilly dans le 12e arrondissement.

Ses deux missions : créer de l’événementiel pour mettre en valeur le patrimoine audiovisuel français et international relatif à l’expression chorégraphique ; conserver, archiver et enrichir ce patrimoine, notamment en constituant des programmes relevant autant de la danse que de l’image. L’autre objectif avoué se situe du côté du public, que l’institution souhaite rajeunir. Autant réalisateur que chercheur, Patrick Bensard travaille avec un réseau d’archivistes et de collectionneurs pour faire fructifier les collections. L’ex-photographe et conseiller artistique du Festival de Châteauvallon peut consacrer plusieurs mois de travail minutieux pour retrouver et faire restaurer un film. Il pratique la “recherche en étoile” qui consiste à élargir la prospection autour d’un chorégraphe, d’un courant… Par ailleurs, le fonds s’enrichit grâce à des dépôts et des dons, entre autres de chorégraphes ou de leurs héritiers. En effet, les acquisitions peuvent être freinées par des contraintes juridiques et financières.

Objectif : diversifier les lieux de diffusion

Dépourvue de salle de projection propre, la Cinémathèque de la danse fonctionne donc perpétuellement “hors les murs”. Outre ses soirées thématiques mensuelles à la Cinémathèque française, des rendez-vous trimestriels sont organisés au Jeu de paume avec le soutien de l’INA. Entre 1989 et 1994, un public de 40.000 spectateurs a visionné mensuellement des films en copies neuves au palais Garnier dont des chefs-d’oeuvre tels que ‘French Cancan’, ‘Les Chaussons rouges’. Aujourd’hui, l’AROP (2) a pris le relais de l’administration de l’opéra et sollicite la Cinémathèque pour des projections en lien avec la programmation.

Au-delà de la capitale, l’organisme programme régulièrement des séances dans des festivals de danse (Montpellier, Biennale de Lyon) ou de cinéma (Cannes, San Francisco), de prestigieuses écoles de danse, quelques théâtres équipés mais aussi des cinémas du réseau indépendant et en périphérie. Les chaînes de télévision font fréquemment appel à ses archives pour concevoir des programmes. D’importantes institutions étrangères collaborent avec elle, dont les principales cinémathèques. Certains grands musées sont particulièrement friands des films de ses collections comme la Tate Modern et l’Académie des arts de Berlin. Le ministère des Affaires étrangères propose ce type de programmes aux instituts français, festivals ou organismes privés du monde entier.

La plupart des projections de la Cinémathèque sont proposées sur un plateau d’argent : historiens, théoriciens, cinéastes ou chorégraphes sont invités à venir présenter et commenter les films. Outre la réponse à des commandes, la structure compose des manifestations thématiques d’ampleur variable, les initiatives les plus marquantes étant prolongées par des publications. A côté des cycles sur des grandes figures de la danse comme Noureev, Cunningham et Béjart, retenons ‘Rythmes et continents noirs’ en 1995 et ‘Fureurs de vaincre : chorégraphies d’arts martiaux du cinéma de Hong Kong’ cette année.

Le passage au numérique et au DVD avec une première collection en coproduction avec l’INA est un tournant coûteux mais nécessaire pour Bensard afin de conserver cette mémoire vivante dans les meilleures conditions. La mise en ligne progressive du catalogue depuis septembre dernier vise à faciliter la collaboration avec les lieux de diffusion.

Entre patrimoine et intérêt pour la création actuelle

Depuis quelques années, la Cinémathèque s’intéresse à la mise en valeur de films d’auteurs plus contemporains produits par les chaînes publiques autour du ballet classique, de la danse contemporaine, etc. En mettant l’accent sur une ligne cinématographique, la structure soutient de jeunes réalisateurs comme Pascal Baes. Les films réalisés par les chorégraphes français d’aujourd’hui sont également valorisés et, outre Decouflé, il en existe pléthore du côté des directeurs de centres chorégraphiques nationaux actuels (Gallotta, Chopinot, Preljocaj) et anciens (Larrieu, Saporta, Bagouet, Obadia et Bouvier). La création d’un pôle ‘Danses et images actuelles’ - sous la houlette de Xavier Baert - s’inscrit dans cette volonté d’ouverture aux “propositions fortes de la danse, du cinéma et de la vidéo d’aujourd’hui” et d’“être plus en phase avec les jeunes compagnies et les réalisateurs.” La toute première projection autour du chorégraphe Christian Rizzo est d’ailleurs programmée le jour de l’ouverture des festivités, le 18 avril.

Pour fêter ça…

Une petite cinquantaine de films retraçant la richesse et l’évolution du film de danse. Quelques grandes comédies musicales américaines (Minnelli, Cukor) ouvrent le bal. Le jeudi est le jour du jazz, de l’exceptionnelle collection Jo Milgram aux portraits de Duke Ellington et des Nicholas Brothers. Le moment dédié au ballet classique est composé de morceaux d’anthologie : ‘Noureev à Spolete’, ‘La Mort du cygne’ jusqu’au récent ‘Tout près des étoiles’ de Nils Tavernier. L’événement ‘Danses et transes à Bali’ programmé en 2004 est repris le samedi avec des documents cultes de Jean Rouch et Margaret Mead. La journée du dimanche est consacrée à des ovnis, en l’occurrence certains artistes proches de la danse comme Goude, Michael Jackson et James Brown. La journée des avant-gardes avec l’extraordinaire ‘Un jour Pina m’a demandé’ de Chantal Akerman et bien d’autres surprises précédera le pétaradant “Final“ du mardi 24 avril avec Carmen Amaya, ‘West Side story’... De quoi s’initier à un concentré de merveilles de la Cinémathèque de la danse qui contourne pour l’occasion sa logique de projections éparpillées.

(1) ‘For M. G.’, 1991, dédié à Michel Guy.
(2) Association pour le rayonnement de l’Opéra national de Paris.

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