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04/02/2012 06h00 Bravo !
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FESTIVAL RENAISSANCES 2010 La rue met la pédale douce
Etienne Sorin pour Evene.fr - Juin 2010 - Le 28/06/2010
Crise oblige, les arts de la rue font grise mine mais pas forcément profil bas. Certains artistes restent ambitieux et inventent d'autres formes de spectacles, sensibles à l'environnement. Démonstration avec la 13e édition du festival de rue et de cirque RenaissanceS, à Bar-le-Duc, du 1er au 4 juillet.
Avant, les arts de la rue, c'était un peu le concours de celui qui avait la plus grosse (machine), qui en faisait le plus (de bruit, de lumière). Avec un terrain de jeu comme l'espace public, presque sans limites, la tentation d'en mettre plein la vue est grande. Dans les festivals d'été, les parades pétaradantes tenaient le haut du pavé. Seulement voilà, le contexte a changé et la crise est passée par-là. Crise économique mais aussi artistique. La rue, éternel parent pauvre du spectacle vivant, doit continuer à exister avec toujours moins d'argent. Un mal pour un bien, avancent certains, réjouis de voir que la tendance est à la décroissance, dans tous les sens du terme. Opportunisme ? Pas vraiment. Les artistes de rue ne surfent pas sur une hypothétique vague politique verte. Ils sont simplement les mieux placés pour interroger la place de l'homme dans son environnement, à l'échelle d'une ville, d'un paysage ou d'un territoire. En ouverture du festival 'RenaissanceS' de Bar-le-Duc, la compagnie Les Sanglés annonce la couleur (verte, donc). Après une Brigade de dépollution, elle imagine Le Groupe de libération des arbres, une performance acrobatique qui voit un collectif d'artistes écolos prendre la défense d'un arbre en grève de la sève contre de méchants bûcherons. Pour faire passer le message, Les Sanglés n'ont pas peur de l'autodérision et n'épargnent pas les militants de la cause végétale. Les membres de La Chose publique ne font pas non plus la morale dans 'Les Livreurs' mais prouvent que le concept de développement durable n'est ni nouveau ni creux. Quant à la chorégraphe Nathalie Pernette et à la compagnie Décor sonore, avec des propositions non polluantes et très différentes, ils montrent la pertinence des arts de la rue. Une discipline qui invite à regarder un lieu d'un oeil neuf, à le redécouvrir et pourquoi pas, à le réinventer. La preuve par trois.
Les 'Miniatures' de Nathalie Pernette
Cie Pernette - 'L'Insomnie', (c) Sébastien LaurentAu début, l'homme résiste, s'inquiète. Puis il se laisse aller, ferme les yeux et s'abandonne aux mains de Nathalie Pernette et de son acolyte. Spectateur devenu cobaye plus ou moins volontaire, "l'élu", confortablement assis sur un siège sous les yeux des badauds, semble savourer cette bulle de silence et de tendresse. Peut-être qu'il passe tous les jours dans cette rue pour aller au travail. Ou bien il est ici en touriste, de passage. En attendant, ce massage en mouvement, intitulé "L'Insomnie", est l'une des quatre 'Miniatures' que Nathalie Pernette exécute dans la rue. Un pied sur le macadam, un autre sur les grandes scènes nationales (théâtre de la Ville, Chaillot), la chorégraphe enjambe les clivages et les préjugés. Depuis 2006, elle pense ses créations pour l'espace public, fait des performances sur des parvis d'églises ou dans des châteaux, des cours d'immeubles et même des ascenseurs. Tout est bon pour sortir la danse du plateau et supprimer le rapport frontal avec le public. Même lorsque la jauge est réduite, le regard du spectateur reste unilatéral en salle et la chorégraphe veut que l'on voie le grain de la peau. L'expression n'est pas une métaphore. Dans 'Les Oignons, partition pour deux corps et dix couches de vêtements', un couple se déshabille. Un geste banal, mais, en le déplaçant dans l'espace urbain et en le sublimant par la danse, Nathalie Pernette interpelle le passant. De spectateur passif, il devient voyeur, troublé par cet effeuillage impromptu et curieux de voir jusqu'où ça peut aller. "Déshabillez-moi… oui mais pas trop vite", chantait Juliette Gréco. Ici, aucun risque, avec dix épaisseurs à dépiauter, le suspense est à son comble.
Les Chantiers de l'OREI par Décor sonore
Décor sonore - 'Les Chantiers de l'OREI', (c) Vincent MuteauLes uniformes beiges des membres de l'OREI - Organisation des recherches sur les environnements invisibles - n'ont rien à envier aux scientifiques du Projet Dharma de 'Lost'. Et leur discours de bienvenu est presque aussi sibyllin que celui des laborantins de la série insulaire. Il est question d'un certain Marcel Baudot, pionnier de la paléophonie dans les années 1930, science méconnue qui consiste à détecter les manifestations acoustiques, autrement dit les sons conservés dans les matériaux… Leur présence à Bar-le-Duc est due aux témoignages de riverains qui affirment avoir entendu des sons sans pouvoir en situer l'origine. La ville a donc fait appel à l'OREI pour confirmer l'existence d'un gisement archéophonique… Les membres de la compagnie Décor sonore, dirigée par le compositeur Michel Risse, ne sont pas des fous dangereux mais simplement des doux rêveurs, amoureux des sons. Et généreux. Ils invitent le public à découvrir les premiers résultats de leurs "fouilles". Stéthoscopes sur les oreilles, les visiteurs écoutent les murs et perçoivent des bruits enfermés dans la pierre. Ainsi, dans une école à l'abandon, on peut entendre des bruits de cour de récréation, mélange de rires et de jeux enfantins. A peine audibles mais d'une puissance d'évocation incroyable. Il y a quelque chose de proustien dans cette recherche des sons perdus qui, sans pyrotechnie ni machinerie, est d'une poésie folle.
'Les Livreurs' par La Chose publique
Le festival RenaissanceS en 2008, (c) F. MercenierC'est un camion-magasin comme ceux des boulangeries ambulantes qui amènent le pain dans les campagnes, ou ceux des camions pizzas sur les places des villages. Mais le camion des 'Livreurs' transporte plutôt des nourritures intellectuelles. Sur le papier, la nouvelle création de la compagnie La Chose publique est "un spectacle aux préoccupations urgentes et actuelles : la base de réflexion est le développement durable. Il est abordé de A à Z." Heureusement, ces camelots ne livrent pas la bonne parole. Ils ne sont pas là pour prêcher le tri sélectif ni la réduction du gaz à effets de serre. Ils racontent des histoires inspirées de l'abécédaire de K.P. Moritz, philosophe allemand des Lumières, qui prouve que le Grenelle de l'environnement n'a rien inventé. La place de l'homme dans le monde, la conscience que rien ne lui appartient et que tout se lègue… Dès le XVIIIe siècle, Moritz énonce une véritable philosophie écologique. Un matériau fertile pour trois artistes : un musicien, une comédienne et un circassien. Le public choisit une boîte qui contient une chanson, une musique, un conte, ou un objet. Autant de fables que chacun peut méditer une fois l'auvent du camion refermé. Faut-il le préciser, le camion roule au biocarburant, l'électricité est fournie par des panneaux solaires et la machinerie des décors fonctionne à l'huile de coude ou de genou. Un spectacle au bilan carbone imbattable.
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