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04/02/2012 06h00 Bravo !
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INTERVIEW D'ALONZO KING En lévitation
Propos recueillis par Céline Laflute pour Evene.fr - Août 2008 - Le 15/09/2008
Après une étape au festival Montpellier Danse en juillet, le chorégraphe afro-américain entamera sa prochaine tournée française en mars 2009 par la Maison de la danse de Lyon. De plus en plus remarqué par les programmateurs, le fondateur du Lines Ballet persévère dans son approche de la danse - néoclassique - comme philosophie de vie.
Pour accéder au modeste bureau du directeur du Lines Ballet, il faut se rendre à l'angle de Market Street et de la 7e rue de San Francisco, pénétrer dans le "Odd fellows temple" (le temple des types bizarres), indiquer le 3e étage à un liftier truculent. Nous y attend un Afro-Américain bonhomme, disposé à se plonger dans l'histoire de la danse pour mieux nous parler de son approche multiculturelle et omnivore du mouvement, à évoquer son ouvrage fétiche et à divulguer quelques-uns de ses préceptes. L'oiseau rare, auteur de 'The Hierarchical Migration of Birds and Mammals' et 'Irregular Pearl', pour qui "l'art nous rappelle que nous sommes plus forts que de simples mortels", n'a pas fini de nous transporter.
Quel est le rapport entre le nom de votre compagnie - le Lines Ballet - et votre conception de la danse ?
Tout phénomène, tout ce que l'oeil saisit est ligne, droite ou courbe : les empreintes digitales, la forme des yeux, la géographie, la généalogie... Parler de "lignes" à propos de la danse est donc une manière de se libérer des définitions. Ainsi, par danse classique, on entend souvent les ballets blancs qui n'en sont finalement que des produits exceptionnels et merveilleux. La danse classique a des possibilités illimitées ! Il ne s'agit pas d'un style mais d'une véritable science du mouvement. J'aime dire que ce que je fais est de la danse classique occidentale.
Vous cultivez une qualité de mouvement qui illumine littéralement le corps de vos danseurs. De quelle manière vous y prenez-vous ?
Long River High Sky, (c) Marty Sohl Nous sommes faits de lumière. Sans électricité, le corps n'est plus qu'une chair inerte. La plupart du temps, on observe cet éclat chez les nouveau-nés. Ils brillent car ils sont désinhibés, ils respirent la joie et l'énergie. Il ne nous reste qu'à redevenir des nourrissons pour atteindre cette perfection ! Le plus important est de se départir de ce qu'il y a d'inutile dans l'éducation. Comment s'identifie-t-on ? Si vous vous considérez d'une race, d'un sexe ou d'un âge, c'est ce que vous paraîtrez. Les danseurs font l'expérience du macrocosme, du microcosme et réalisent un acte d'équilibre entre volonté et abandon. Il existe une infinité de manières d'aborder le mouvement. Les artistes ont cette capacité illimitée à devenir tout ce qui existe en fonction de l'orientation artistique : un animal, une vieille dame, une construction mathématique, l'humilité, la joie, l'érotisme...
Considérez-vous la danse toujours comme une conversation ?
Tout est un pas de deux. Même un solo n'en est jamais vraiment un : on danse toujours avec tout ce qui nous entoure - le temps, l'espace, la musique, la chaleur ou le froid, les vibrations du public. Quand le danseur atteint un bon niveau, il est capable de danser seul. Oter le masque pour être réellement soi-même est l'objet d'une vie entière. On touche ici à l'énigme de l'art : fusionner avec le monde, son dieu, la nature, son corps, ses pensées. Le danseur doit rechercher une osmose avec son partenaire. C'est l'une des choses les plus difficiles de l'art de la conversation : écouter avant de choisir le moment venu pour parler à son tour.
A ce propos, vous travaillez rarement seul. Comment se déroulent vos collaborations diverses ?
Les artistes avec lesquels je choisis de travailler interviennent dès la genèse du projet. On travaille ensemble pour créer quelque chose en commun. Qu'il s'agisse d'un musicien (1) ou non, je lui demande de venir avec des idées dont on pourra discuter. C'est la base d'une collaboration artistique. Si on s'apprête à construire une maison ensemble, on imagine sa situation géographique, son allure générale. La bâtirons-nous dans les montagnes, au bord de la mer, en forêt ? Quel type de fenêtre lui mettrons-nous ?
(1) Pour sa prochaine création à l'automne 2008, Alonzo King s'est associé au jazzman Pharoah Sanders.
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