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04/02/2012 06h00 Bravo !
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JULIUS CAESAR A CHAILLOT Deborah Warner transcende Shakespeare
Jean-Baptiste Deau pour Evene.fr - Mai 2005 - Le 27/05/2005
L'époustouflante Deborah Warner met en scène 'Julius Caesar' à Chaillot jusqu'au 11 juin. Un pur régal où toutes les formes scéniques sont traversées, où les comédiens ne font pas pour une fois déshonneur au sublime texte de Shakespeare.
Mise en bouche
Entrée en musique. Le temps que les spectateurs s'installent, une mélodie, entre sons forestiers et musique électronique, crée l'ambiance au Palais de Chaillot. La scène, drapée de blanc, est immense. Derrière la grande étoffe transparente, remplaçant pour un temps le lourd rideau pourpre, se balade nonchalamment un homme tenant des ballons. Spectateur lui aussi de la tragédie qui va suivre ? Ou homme parmi les romains qui, comme nous, s'attend à vivre l'un des drames les plus racontés de l'histoire de l'Humanité ? On s'attend à un spectacle immense digne de la réputation de Deborah Warner . Et le gigantisme de la représentation qui va suivre outrepassera toutes nos attentes.
"But Brutus is an honourable man !"
Drame historique écrit vraisemblablement en 1599, William Shakespeare se servit de la traduction anglaise des 'Vies parallèles' de Plutarque pour écrire cette pièce. L'action commence le 15 février par les lupercales, une course rituelle symbole de fertilité, pendant lesquelles Marc Antoine présente une couronne à Jules César qui la refuse.
Pourtant la crainte qu'un seul homme soit investi de tant de pouvoirs anime la conspiration d'un groupe de citoyens importants contre César. Leur chef Cassius, interprété par l'excellent Simon Russel Beale, persuade le sénateur Brutus, noble et respecté, de rejoindre les conjurés. Un mois plus tard, aux ides de mars, après avoir ignoré plusieurs prophéties annonçant sa mort, César se rend au Capitole où il est assassiné.
Au forum, Brutus et Marc Antoine s'adressent tour à tour à la plèbe mais n'ont pas la même explication à donner quant aux motifs des conspirateurs. Marc Antoine, déclamant alors l'une des répliques les plus connues du drame shakespearien : "But Brutus is an honourable man !", parvient à dresser la foule contre les conjurés. Brutus et Cassius quittent Rome précipitamment. Marc Antoine, Octave et Lépide joignent leurs forces contre les troupes de Brutus et Cassius. Au final de la tension dramatique Marc Antoine, dans la grande tradition tragique, reconnaît son ennemi Brutus comme "le plus noble d'entre les Romains".
My actor is british
Le texte de Shakespeare revêt une résonance particulière dès lors qu'il est déclamé dans sa langue d'origine, et devient un véritable délice quand il est approprié par de si excellents acteurs. Rehaussé par le dynamisme de la mise en scène, la distribution est impressionnante. Le jeu sincère et véridique des trois acteurs principaux, Ralph Fiennes en Marc Antoine, le Brutus exténuant de justesse interprété par Anton Lesser et le Cassius de Simon Russel Beale, si crédible dans les affres de sa soif de pouvoir, porte la tension dramatique tout au long de la pièce. Loin de tomber dans le classicisme à la française, la fluidité de la direction des comédiens nous fait croire à cette tragédie.
Deborah Warner : une stature internationale
Dès la fin des années quatre-vingt, Deborah Warner se propulse au premier rang des metteurs en scène de stature internationale avec un Shakespeare, 'Titus Andronicus', mémorable et limpide, un événement si impressionnant que certains spectateurs du Pit à Londres en perdaient connaissance. A New York, elle créa un immense jeu de piste dans la ville à l'occasion de sa mise en scène de 'Angel Project', une aventure qui transformait la métropole en installation géante. Le travail de Deborah Warner se caractérise par une conscience aiguë du texte classique tout en l'adaptant à notre réalité, un respect sans bornes des spectateurs, et par une portée particulièrement riche. Elle réalise un tour de main d'une crédibilité inouïe en transposant une guerre antique dans les quartiers chauds d'une grande métropole. Son théâtre est alors accessible et sort de tous les préjugés pour libérer le classique de ses conventions.
Tout, vraiment tout dans cette mise en scène de Deborah Warner atteint la perfection. A croire, si l'on ose l'imaginer, que Shakespeare aurait écrit pour elle, à croire aussi que le théâtre est bel et bien britannique. Devant le jeu sincère et si juste des trois acteurs principaux, on ne peut qu'être béat d'admiration. Devant ce génie, ce brio et un tel dynamisme, on ne peut rester que le souffle coupé. Devant une mise en scène si hallucinante - plus de 80 figurants et une vingtaine d'acteurs - on ne peut être qu'impressionné. On ressort ébahi, étonné et chanceux d'avoir assisté au Julius Caesar de Deborah Warner.
Photos (c) Neil Libbert
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