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LA BANCALE SE BALANCE Un dévoilement intime sacrifiant les tabous

Jean-Baptiste Touja pour Evene.fr - Octobre 2005 - Le 17/10/2005

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LA BANCALE SE BALANCE

Le texte de Louise Doutreligne est mis en scène par Antonio Arena, avec Mariane Basler et Thierry de Carbonnières, au théâtre du Rond-Point jusqu'au 22 octobre.

La Bancale se balance : autrement dit elle se dévoile, se raconte, se dénonce aussi, oscillant, se balançant dans ses propres souvenirs. Ici, se raconter coïncide avec le dévoilement : celui de la vie privée d'abord, qui commence de façon brutale dès que la lumière éclaire le plateau, lumière et parole surgissent, jaillissent. C'est une parole qui éclaire, soi et les autres, qui vise à faire la lumière sur le "se regarder", soi et les autres. Le texte de Louise Doutreligne traverse le temps : une femme revient sur sa vie d'adulte, sur son enfance, dans une succession de focalisations sur des épisodes bien précis. Se retourner sur soi fait de la remémoration une appropriation du souvenir et donc de l'être visant à le libérer : la parole, comme la bouche ouverte, est une béance qui traduit la faille, la blessure, le mal-être. Se remémorer c'est aussi accéder à la vie, c'est renaître.

Eclairer la jouissance

La Bancale, se dévêt au début de la pièce pour ne se rhabiller qu'à la fin, et à cette levée de voile correspond une parole de l'ordre de l'introspection qui sur/git, dépassant la mort pour accéder au sens et à la vie. A cet être en rupture l'auteur fait correspondre un texte aux phrases elliptiques, traduisant l'urgence de dire qui passe par le mode de la scansion. Marianne Basler sait endosser ce texte, le poussant à ses limites, comme le personnage qu'elle interprète avec énergie et sincérité, poussé par l'élan d'une parole qui requiert vitalité et mise hors de soi. Car il y a en effet quelque chose de la possession dans ce rôle : ainsi le metteur en scène Antonio Arena assimile le déroulement de la pièce à un rituel : se dévêtir, peindre sur le corps, la transe, boire, autant de gestes pour mettre en condition l'être et le corps afin de parvenir à sa purification, à sa libération. C'est bien d'un personnage enfermé qu'il s'agit : enfermé en soi, par les blessures, les fantasmes, ou par le regard des autres, Arena aura recours à l'usage d'un caisson transparent qui traduit cet état intérieur. Dans une mise en scène révélant la poétique d'un texte animé par la découverte de soi, passant par une certaine forme de violence du langage, le texte trouve ici un éclairage à même de révéler toute son humanité.

Accéder à la vérité de l'être

On aura parcouru à l'issue de la représentation un chemin oblique à travers l'existence de la Balance : l'oblique a ce rapport avec le circuit le plus court, car il y a chez Doutreligne cette capacité à court-circuiter la mort, c'est à ce titre qu'Antonio Arena parle du personnage principal comme de "La B(i)aiseuse de mort". Ce regard transversal frôle, selon la convention de nos sociétés, la transgression tant le discours sur le sexe et la jouissance permet d'accéder à la renaissance ou à la rédemption : baiser c'est biaiser la mort. La scénographie de Stéfano Pace utilise deux formes épurées et curvilignes évoquant soit l'aspect bancal du personnage principal, soit un autel sacrificiel sur lequel les souvenirs exhumés sont l'occasion de sacrifier la pudeur, le non-dit, au profit de la vie. Présence tragique de ce personnage à la vie chaotique qui trouvera après son récit, après le rituel proposé par Arena d'éluder la duplicité de son identité marquée par le "Toi c'est moi, Moi c'est toi". Comme dans une pièce antique, à la recherche de l'identité, la comparaison s'arrête là puisqu'il n'y a pas de sacrifice humain, et que la coupable (on l'est par un certain regard de la société) délaisse sa culpabilité pour s'assumer. Le texte de Doutreligne éclaire un des mystères de la vie, le sexe, et l'embrasse entre l'obscène et l'extase : ici le discours sur le sexe, malgré son apparence crue n'est pas dans le registre de la pornographie puisque ce à quoi l'on accède dépasse ce mode. C'est l'infinie transcendance du plaisir de la vie : on aura alors immolé "les tabous. C'est en cela que ce texte est incendiaire."

Ce que l'on ne veut pas toujours voir, ce que l'on ne peut toujours voir, prend ici sens, dépassant le seul fait de montrer au profit du signifié.

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