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'Les Belles-Sœurs' de Michel Tremblay arrivent à Paris

Par Etienne Sorin - Le 09/03/2012

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'Les Belles-Sœurs' de Michel Tremblay arrivent à Paris

Quinze femmes québécoises chantent leur "maudite vie plate" sur la scène du Théâtre du Rond-Point. Cinq choses à savoir sur le classique de Michel Tremblay, pièce scandaleuse dans les années 60 avant de devenir culte et d'être adaptée dans une version musicale décapante.

 

Une pièce écrite par un homme de 23 ans

OttoblixMichel Tremblay, OttoblixQuinze femmes ordinaires collent des timbres-primes dans une cuisine. Grosse, mal baisée, pulpeuse, bigote, drôle ou méchante, toutes subissent une « maudite vie plate » dans la Belle Province qui n’a de belle que le nom au mitan des années 1960. La pièce, écrite en 1965 avant d’être jouée en 1968 à Montréal, est signée Michel Tremblay, jeune homme de 23 ans qui ne connaît rien au monde du théâtre et écrit des contes fantastiques. L’auteur se retrouve du jour au lendemain au centre de violentes polémiques. Il se souvient : « La première année où s’est joué Les Belles-sœurs, j’étais invité 3 ou 4 fois par semaine à la télévision pour défendre devant des centaines de milliers de téléspectateurs une pièce qui étaient vus par 380 personnes chaque soir ! Mais, j’aime monter aux barricades ! »
 
Une pièce féministe

45 ans après, l’écrivain homosexuel fait toujours le parallèle entre le combat féministe et celui des gays : « Je suis né en 1942 dans une ville où la plupart des hommes se battaient en Europe. J’ai été élevé par cinq femmes et les premières critiques de la société que j’ai entendues venaient des femmes… Les femmes, soit la moitié de l’humanité, sont encore traitées de manière injuste. » À travers sa version musicale, le metteur en scène René Richard Cyr, leur rend aussi hommage : « J’ai voulu saluer la combativité de ces femmes qui ont eu une vie de merde mais qui se levaient chaque jour. Si on n’avait pas eu nos mères, on serait encore des bûcherons. Il y a eu un matriarcat très fort au Québec, ce sont nos mères qui nous ont éduqués. Elles disaient : « mon petit va aller à l’école ». On n’a pas de pays, on n’a pas de père. Dans nos romans et notre culture, on n’a pas d’image d’homme. Ou alors celle d’un perdant. Nos héros sont ceux de Tremblay et ce sont des travestis. »

Une pièce écrite en joual

Giovanni Cittadini CesiBelles-Soeurs, Giovanni Cittadini CesiAvec ces Belles-Sœurs, c’est la première fois qu’on entend sur scène le joual, la langue de la rue. « Le joual a été inventé par les femmes, rappelle Tremblay. À la fin du XIXème siècle, quand Montréal est devenu une métropole, les paysans sont venus y gagner leur vie. L’argent appartenait aux Anglais et les hommes partaient travailler, mais les femmes gardaient le français à la maison. Ce que je trouve magnifique dans le joual, c’est que ce sont de vrais néologismes : les hommes ramenaient des mots anglais et les femmes inventaient leur traduction… Ceux qui ne voulaient pas voir ces femmes dans Les Belles-Soeurs ont pris la langue comme prétexte, en disant qu’ils la trouvaient laide. » Tremblay vise les tenants de la culture française et le complexe d’infériorité des Québecois. Mais en 1968, le Québec fait sa « révolution tranquille » : « On se débarrassait de la religion catholique qui nous avait tenus dans l’ignorance la plus totale pendant 350 ans. Avant, on se disait qu’on n’était rien, qu’on n’avait rien à dire. » Donc, quand Tremblay prend la parole, il le fait dans sa langue, et non en Français de France.

Un pièce qui devient une comédie musicale

45 ans plus tard, Les Belles-Sœurs (en)chantent dans une version musicale (et non dans un musical, car les beldoches ne dansent pas). Au départ, Tremblay, déçu par un projet avorté avec Broadway dans les années 80, ne prend pas trop au sérieux la proposition de René Richard Cyr. Il attend de voir, comme les critiques québécois, pas vraiment emballés par la démarche. Surprise, l’adaptation fait l’unanimité : les monologues et les chœurs se prêtent très bien à la mise en chansons du compositeur Daniel Bélanger. Le cast est parfait. Le rajeunissement évident. Un nouveau public découvre alors ces Belles-Sœurs sans rides : « Aujourd’hui, les jeunes filles qui viennent ne les connaissent pas mais les reconnaissent. Comme si elles appartenaient à un inconscient collectif, raconte René Richard Cyr. Beaucoup de gars viennent aussi et pleurent. Ils ont l’impression de voir leurs mères ou leurs grand-mères et sont émus de les voir vivantes ».

Une pièce qui revient à Paris

Giovanni Cittadini CesiBelles-Soeurs, Giovanni Cittadini CesiLes Belles-Sœurs ont été traduites dans 17 langues et montées dans près de 200 productions partout dans le monde. « Quand la pièce a commencé à être jouée hors de nos frontières dans les années 70, c’était le plus souvent le premier spectacle québecois à voyager, se souvient Tremblay. D’ailleurs, les Américains ne savaient pas que l’on parlait français au Québec ! » Mais Paris occupe une place particulière dans le coeur de l’auteur et son retour dans la capitale française est lourde de symbole : En 1971, Jean-Louis Barrault veut inaugurer le Théâtre des Nations avec la pièce, mais le ministre des Affaires culturelles du Québec refuse de payer le voyage pour une telle production. Deux ans plus tard, Les Belles-Sœurs traversent l’Atlantique grâce aux subventions du Canada, et non de la Belle Province… Revanche aussi sur le complexe de supériorité des Français. « N’importe quel mauvais acteur pouvait quitter Paris le matin et obtenir un premier rôle à Montréal le lendemain, rappelle Tremblay. C’était le colonialisme le plus total. Et le colonialisme se joue à deux : il y a celui qui débarque et celui qui accueille. » Cette fois, Les Belles-Sœurs débarquent et méritent une standing ovation.

Les Belles-Sœurs, au Théâtre du Rond-Point, du 8 mars au 7 avril. Réservations : 01 44 95 98 21.

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  • Fanchic2011

    05/05/2012 09h24 Dans les années 60, une mère de famille gagne le gros lot : un million de timbres, de quoi s’acheter tout ce qu’elle souhaite dans le catalogue et ainsi refaire entièrement sa maison. Seulement voilà, on ne colle pas comme ça un million de timbres dans un carnet, alors elle a l’idée d’appeler à l’aide sa fille et ses sœurs et belles-sœurs. Toutes les palettes de bassesse humaine y sont égrainées : jalousie, bêtise, envie, intolérance, méchanceté, j’en passe et des meilleures. Mais derrière le trait épais de la caricature symbolisée par une mise en scène sous la forme d’une comédie musicale, on trouve une approche sensible de la condition de la femme dans le monde ouvrier des années 60 au Québec. http://fanchic2011.blogspot.fr/2012/03/belles-surs.html  

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    Né à Montréal le 25 Juin 1942

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