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EDWARD BOND ‘Les Enfants’ et autres pièces destinées à la jeunesse
Jean-Baptiste Touja pour Evene.fr - Juillet 2007 - Le 19/07/2007
Présentée au Festival Off d'Avignon, la mise en scène du texte 'Les Enfants' d'Edward Bond proposée par Gilles Martin repose sur une proposition pédagogique à part entière. L'occasion de revenir sur cette pièce et plus généralement sur le théâtre de Bond destiné à la jeunesse.
’Les Enfants’, un texte précisément écrit à leur intention par le dramaturge anglais Edward Bond. Destiné aux enfants, mais plus généralement aux jeunes en tant que public ou lecteurs, et conçu pour qu'ils puissent y participer en tant que comédiens. Voici l'histoire de Joe, un garçon d'une dizaine d'années, poupée à la main au début de la pièce, qui va accomplir un crime à la demande de sa mère qui s'en déresponsabilisera aussitôt. Commence dès lors pour Joe et ses camarades une fuite à travers une ville mystérieusement dépeuplée. Les enfants recueilleront sur une civière un homme trouvé dans un terrain vague, et progresseront dans un monde désolé, alors que leur groupe ne cessera de diminuer au fil des jours. Bientôt Joe et cet homme seront tous deux seuls face à leurs destins et leurs responsabilités respectives.
L'exemple de la compagnie Point de rupture
Ecrite en 1999, la pièce a été éditée en 2002 chez l'Arche, et créée en France la même année dans une mise en scène de Jérôme Hankins, traducteur de la pièce. En Angleterre la Classworks Theatre Company créait pour la première fois 'Les Enfants' en février 2000 à Cambridge. La mise en scène qu'en propose depuis avril 2006 la compagnie Point de rupture, est doublée d'un très intéressant projet artistique et pédagogique similaire à celui initié par la Classworks Theatre Company. Il repose sur le principe d'une collaboration entre deux comédiens professionnels et une quinzaine d'adolescents. Agés de 12 à 18 ans, la distribution est renouvelée à chaque changement de lieu de représentation. Après la Belgique (Mons), Paris (L'Etoile du Nord), la pièce est présentée dans le cadre du Festival Off d'Avignon (La Manufacture), et sera ensuite représentée en novembre 2007 au Centre culturel des portes de l'Essonne (Juvisy-sur-Orge). Ce projet en évolution est rendu possible après une série de 12 ateliers permettant aux adolescents de travailler sur la pièce et d'en donner des représentations publiques. L'occasion pour eux d'être confrontés véritablement au matériau littéraire, d'être impliqués en tant que comédiens et de participer activement à la pièce. Ce qui a été le cas pour 43 adolescents en 2006, et un peu moins du double en 2007. L'intérêt de cette dimension pédagogique n'en fait pas moins oublier l'exigence que l'on attend d'une représentation théâtrale. Exigence en bonne partie satisfaite par cette pièce dont les déplacements gagneraient parfois en cohérence, et dont le caractère minimaliste de la scénographie manque un peu d'inventivité. Reste une proposition suffisamment rare pour la faire remarquer. Son metteur en scène, Gildas Martin, indiquait en février 2005 qu'il s'agit ”d'emmener des adolescents dans une aventure artistique et humaine qui met en jeu et en question l'être humain en devenir qu'ils sont et le monde dans lequel ils voudraient vivre.” Autrement dit, développer et poursuivre la notion de responsabilité, thème central de ce texte.
Politique d'un théâtre destiné à la jeunesse
Une réflexion déjà présente dans 'Onze débardeurs' où Bond posait à deux reprises la question de la responsabilité de l'individu : de l'élève face à un proviseur, puis du soldat qu'il deviendrait face à un instructeur militaire. Bond l'avait écrite suite à une rixe qui s'était produite dans l'école à côté de son domicile : couteau à la main un élève avait menacé de mort un de ses camarades et poignarda le directeur qui était intervenu, allant de fait en prison. Edward Bond, dans la lettre adressée aux jeunes acteurs qui jouent dans 'Les Enfants', indique : ”Vous devez faire que la pièce soit la vôtre, (...) et plus tard il vous faudra faire de même pour le monde, quand vous ne serez plus les Enfants mais les Adultes.” Une fonction politique également présente dans 'Auprès de la mer intérieure', également écrit pour une troupe d'adolescents : un jeune se préparant à passer un examen va avoir affaire à la vision d'une femme le suppliant de raconter la vérité dans sa copie afin de la sauver elle et son bébé. Cette pièce comme 'Café' qui sera écrite en 1997, soit deux ans après 'Auprès de la mer intérieure', est marquée par les années de guerre civile en Yougoslavie. Pour reprendre un propos familier à leur auteur, regarder la scène revient à se regarder : ”Voilà la différence entre les images sur un écran et les images sur scène. Le théâtre a une différence spécifique” (entretien sur France Culture, avril 2003). C'est un théâtre politique portant directement sur l'avenir.
Le théâtre et ses enjeux
Dans leur radicalité, les fables d'Edward Bond sont le lieu de questionnements multiples à partir d'événements historiques tragiques. Celles destinées à la jeunesse sont plus particulièrement traversées par les question du devenir adulte, du devoir de mémoire, et par l'exercice de la responsabilité individuelle, ne cédant jamais à une quelconque simplification du propos. Tourné vers l'avenir, ce théâtre donne matière à penser le présent à l'exemple de l'actuel projet de loi portant sur la récidive adopté par le Sénat le 6 juillet. La ministre de la Justice soutenant le projet, Rachida Dati, avait indiqué que ”la certitude de la sanction, c'est le premier outil de la prévention.” Texte qui ne remettrait pas en cause le principe constitutionnel d'atténuation de la responsabilité pénale des mineurs mais qui prévoit qu'elle soit écartée pour les multirécidivistes violents de 16 ans, encourant dès lors la même peine que les majeurs. Robert Badinter, ancien ministre socialiste de la Justice, avait par ailleurs indiqué que ”l’inverse de la récidive, c’est la réinsertion réussie.” L'oeuvre patiemment construite par Bond n'est pas en marge de ces réflexions, elle fait le pari d'un théâtre considéré comme un besoin vital pour l'homme, questionnant les pouvoirs à l'oeuvre dans nos sociétés. Pour Bond, l'enjeu véritable de la démocratie repose sur l'étroite relation entre théâtre et éducation, sur leurs capacités à rendre l'imagination plus créatrice, une imagination comme premier outil de la responsabilité de l'agir en somme.
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