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08/05/2012 01h48 salut Monsieur Rodney moi c'est Boussou Kassi je suis un Acteur résident en Côte d'Ivoire, je viens de voir cet article sur ce...
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CULTURE ET TELEVISION Je t'aime, moi non plus
Thomas Yadan pour Evene.fr - Septembre 2006 - Le 30/08/2006
Culture, télévision, télévision culturelle, culture télévisuelle, culture de masse, médium de masse, etc. Sous ce galimatias sémantique, la raison semble succomber sous le poids insupportable d'une communication globalisante et consumériste. Etat des lieux d'une relation ambiguë et inachevée entre la télévision et la culture.
C'est l'histoire de la culture. Celle qui n'a ni d'adresse, ni pays, ni époux. Juste des amants. Certains artistes, d'autres philosophes ou écrivains… Elle porte un joli nom allemand : Bildung. Un ami la définit affectueusement comme "le domaine où se déroule l'activité spirituelle et créatrice de l'homme", mais elle n'aime pas les restrictions autant qu'elle déteste les raccourcis vulgaires. Raffinée et autonome, son indépendance n'a d'égal que son caractère, fier de son identité. Née dans l'Antiquité, elle a traversé les âges, les lieux et les personnages dans le tumulte de l'Histoire. Heureusement, nombre de ses amants ont entretenu la flamme avec amour et ténacité. Au XIXe siècle, elle ne côtoie qu'un certain nombre d'individus, appartenant à ce que l'on appelle "la société". Mais la démocratisation a permis à cette société d'absorber la totalité de la population. Cette communauté inégalitaire et bourgeoise est devenue alors "société de masse". La culture s'est découverte progressivement de nouveaux admirateurs et a étendu le nombre de ses conquêtes. Elle devint, ainsi, plus attractive et s'en réjouit.
La rencontre de la culture et de la télévision
Aux environs des années 1950, la culture fit une rencontre qui allait bouleverser ses rapports affectifs. Un jeune adolescent à l'identité friable et aux perspectives attendrissantes : la télévision. Longtemps complice des supports oraux ou écrits, la culture a vite fondu sous le charme de ce nouveau médium de masse. A contrario, ses amants, plus ou moins légitimes, ont vu d'un mauvais oeil cette récente relation. Derrière le voile d'une vacuité juvénile se cacherait une personnalité autoritaire et paradoxalement influençable. Pour certains, jaloux et exclusifs, la télévision par son processus de généralisation allait tendre à restreindre le positionnement social privilégié dont la culture, utilisée à des fins individuelles et corporatistes, assurait la caution. Amour de soi, pour ces "philistins" dont la culture entretenait les intérêts. Pour les autres (Marcuse, Bourdieu, etc.), réellement passionnés, entièrement dévoués à la cause de leur bien-aimée, un tel médium représentait au contraire un danger démocratique. Lucides, ils craignaient les risques d'homogénéisation du discours, d'aliénation et de falsification culturelle, liés à sa puissance globalisante. Mais les intellectuels ont rapidement pris la mesure du risque qu'il y avait à s'exclure catégoriquement de l'espace public. Ne pas apparaître, c'était ne plus exister, mais aussi, accepter implicitement son ravissement par les audacieux spécialistes de la communication. Ainsi l'aversion initiale se transformera-t-elle rapidement en volonté d'imposer des programmes culturels au sein de la télévision généraliste.
La télévision aujourd'hui
Passé le stade éphémère de la première rencontre, la culture et la télévision se sont pourtant découvertes des divergences fondamentales. Friande de ses qualités d'images et de sons, la télévision a persévéré dans une partie de son être, favorisant l'émotion et le sensationnel. Non satisfaite de l'apparente austérité de la culture, la télévision a favorisé une massification à outrance aux dépens, trop souvent, de la qualité des programmes. Infidèle, la télévision, inspirée par une communication et un marketing extrêmement dynamiques, s'est trouvée un nouveau chouchou : le divertissement.
Attrayant par sa simplicité, par sa théâtralisation, le divertissement a su conquérir le coeur de la télévision. Et l'audience, fondamentale pour attirer le maximum d'annonceurs, est devenue le principe incontournable de la structure médiatique. Or, ce modèle, calqué sur l'économique et l'efficacité, impose un système de valeurs exclusivement consumériste. Ainsi, la téléréalité ('L'Ile de la tentation', 'Star Academy', etc.), les émissions de divertissements ('La Méthode Cauet', 'On ne peut pas plaire à tout le monde', 'Y a que la vérité qui compte', etc.) inondent la grille des programmes et le plus souvent en prime time ou en seconde partie de soirée. La télévision, un peu mégalo, recherchera, dorénavant, le public le plus large possible. Délaissée aux profits de maîtresses plus malléables, la culture renoncera progressivement au foyer conjugal (les chaînes généralistes) pour des logements précaires et instables (chaînes thématiques du service public, du câble ou du satellite). Le divorce est dès lors "consommé".
Culture et consommation
Le couple culture/télévision se sépare. Incompatibilité viscérale relative. Narcissisme d'une télévision qui verra dans le regard de ses nouvelles maîtresses (divertissement, audimat, consommation, etc.) un reflet valorisant et flatteur. Mais l'origine de la mauvaise entente est plus profonde : divergence "libidinale", dirait le psychanalyste. Plus précisément, les amoureux n'ont pas la même représentation du désir.
Désir métaphysique, d'indicible, de permanence et d'absolu pour la culture, au rapport au mondain sensuel et sincère. Désir d'immanence, brutalité d'une nudité dé-contextualisée, utilitarisme et fonctionnalité sont les enjeux de la télévision. Son plaisir est objectif et efficace, il se réalise spontanément dans la satisfaction, c'est-à-dire l'anéantissement du manque, la destruction du besoin. Son désir est consommation et les choses désirées réduites à n'être que "de pures fonctions du processus vital de la société comme s'ils n'étaient là que pour satisfaire quelque besoin". L'objet de la télévision est devenu "marchandise", facilement identifiable, particulièrement digeste, et par conséquent aisément destructible. L'audience dépendant de la symbiose entre le goût du public et les programmes proposés, la création a été laissée entre les mains de spécialistes de la communication et des médias. La télévision, devenue un authentique loisir de masse, représente désormais des intérêts économiques conséquents dépendant des téléspectateurs et des annonceurs. Son objectif est l'audience ; ses collègues de travail, la sémiologie, les sondages, les études de marché, le planning stratégique, etc. Comment la culture pourrait préserver des rapports positifs dans un cadre aussi hostile ? Comment ne pas partager son affliction légitime face à des émissions telles que 'Incroyable mais vrai', 'Le Maillon faible' ou 'Sagas' ?
Histoire d'une (ré)appropriation
Loin de se contenter de ses infidélités, la télévision, boulimique, s'est (ré)appropriée une partie de la culture. De même que la philosophie s'est vue ravir la notion essentielle de "concept" par la communication, la culture a été absorbée par la télévision. Non intéressé par l'identité de la chose, la vérité de l'objet, le médium de masse veut une culture utile et fonctionnelle. Les termes "vulgarisation" et "populaire" apparaissent alors comme une sémantique hypocrite révélant en réalité une falsification dangereuse de la culture. Comme le relativisait justement Arendt, il ne s'agit pas de condamner la massification de la culture, mais de crier à l'urgence quand les objets de la culture sont "modifiés, réécrits, condensés, digérés, réduits à l'état de pacotille pour la reproduction ou la mise en image". Ainsi, la télévision propage une image corrompue de son ancienne concubine et la soumet aux exigences de ses nouveaux amis : la poésie devient slogan publicitaire ; la musique, un espace de compétition et signifiant récurrent ; l'artiste, un commercial animant une émission ; le "fast thinker" remplace l'intellectuel ; la Vérité est délaissée pour l'opinion et le bon sens...
La culture télévisuelle
Mais se fourvoyer dans un ravissement des amis de la culture ne suffit pas à la télévision. Incapable d'appréhender les choses culturelles de manière authentique, elle décide de transformer l'identité de la culture, elle-même. Non contente d'une concubine émancipée et intransigeante, la télévision s'invente une culture de substitution. Après la culture de masse, va naître 'la culture télévisuelle'. Le support sans consistance originelle s'imagine une identité spécifique. A la fois dépendante des nécessités de la société (émotions, intérêts collectifs, etc.), elle devient à son tour génératrice de valeurs influant sur les structures, l'inconscient collectif et les choix individuels. 'Des enfants de la télé' qui suggère que le médium a une histoire, aux émissions investissant l'espace privée dans un esprit paternaliste et totalisant, la télévision s'attribue un véritable pouvoir de persuasion et de complicité. Plus dangereux encore, après avoir renoncé à l'extraterritorialité culturelle, la culture cathodique se doit de catégoriser au maximum le téléspectateur pour pouvoir canaliser et anticiper ses désirs. L'individu est alors réduit à une essence sociale, communautaire ou nationale. La télévision est devenue ainsi une autorité structurelle sans légitimité réelle au dépend d'une culture de l'universel.
Malgré ce constat amer, il semble rester un infime espoir. Loin de satisfaire les annonceurs, de gonfler les taux d'audiences ou de transiger avec leurs convictions, certains amoureux de la télévision et de la culture font de la résistance avec des émissions telles que 'Campus', 'Des racines et des ailes' ou 'Culture et dépendance' et tentent de préserver une entente cordiale. Arte agit comme une entremetteuse, non résignée à voir ce couple s'éloigner définitivement. Contre vents et marées, la petite chaîne continue insatiablement à présenter des programmes audacieux avec comme unique obsession : la monstration d'une culture débordante de création et d'intérêts. Si quelques instants d'une émission peuvent éveiller la curiosité ou attirer l'attention du public, la complicité conjugale peut retrouver un sens, peut-être même, entreprendre de nouvelles relations.

(1) A. Finkielkraut, La Défaite de la pensée
(2) Hanna Arendt, La Crise de la culture, p. 265, coll. Folio essais, Paris 2004
(3) Voir Deleuze, Qu'est-ce que la philosophie
(4) Ibid, p. 266
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