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INTERVIEW D'EMMANUEL HOOG, PRESIDENT DE L'INA Valeur numérique
Propos recueillis par Guillaume Benoit et Mikaël Demets pour Evene.fr - Février 2009 - Le 27/02/2009
Véritable phénomène depuis son ouverture, le site internet Ina.fr a dessiné les contours d'une nouvelle donne de la diffusion du patrimoine en offrant à ses visiteurs la possibilité de consulter plus de 100.000 émissions. A l'heure du tout-numérique, l'archive n'a pas dit son dernier mot et s'impose comme une source incontournable de la connaissance à venir.
70 ans de programmes radio et télé, 3 millions d'heures d'images, plus de 100 kilomètres de bandes... Les chiffres ont de quoi fasciner. Et pour cause, l'Institut national de l'audiovisuel possède en son sein un trésor inestimable : la mémoire complète des deux médias les plus influents en France. Depuis 1992, l'INA est le passage obligé de toutes les images, de tous les sons, publics ou privés, diffusés sur le réseau hertzien et les ondes FM. Une richesse qui se heurte aujourd'hui à l'essor d'Internet et au développement du support numérique. Loin pourtant de jouer les bibliothèques obsolètes, l'INA a au contraire su amorcer un virage décisif en s'adaptant et en utilisant les nouveaux canaux d'information numériques pour mettre en valeur et diffuser son monumental patrimoine. Rencontre avec Emmanuel Hoog, président-directeur général de l'institut depuis 2001, et retour sur l'histoire d'un bouleversement technologique encore plein de promesses.
Quelle est l'ambition générale de l'INA ?
L'engagement que nous avons vis-à-vis des Français, depuis l'ouverture de l'INA en 1974, c'est de sauvegarder leur mémoire audiovisuelle. Faire en sorte de ne rien perdre et de tout stocker. Or le bouleversement technologique a fait naître un nouveau défi : le passage de l'analogique au numérique. D'un côté, l'analogique (le support film ou vidéo par exemple) est fragile, il ne dure pas ; de l'autre côté, le numérique pose d'autres questions sur la transmission des savoirs ou la pérennité des messages. S'il n'est pas suffisant, le travail de sauvegarde et de conservation est nécessaire, c'est lui qui permet tous les autres.
Mais l'INA ne se contente pas de conserver.
Emmanuel Hoog, président-directeur général de l'INA, 2008 (c) Laure Vasconi - INA, Droits réservés Si toutes les problématiques contemporaines propres à une société de l'information que sont le partage, l'accès ou l'éducation ne questionnaient pas l'INA, nous serions finalement atteints dans notre mission. Sauvegarder, c'est compliqué, mais partager est tout aussi compliqué. Hiérarchiser l'information, l'organiser, la mettre en perspective, la comprendre, c'est un véritable problème. Des images tournées en 1940 n'ont pas le même sens 70 ans plus tard. Il y a une grammaire de l'image, un vocabulaire de l'image, de même qu'il y a une grammaire du son ainsi qu'un vocabulaire du son.
De quelle manière l'INA intervient-elle sur la diffusion d'images dont elle n'est pas l'auteur ?
En tant que service public, l'INA doit être capable de donner aux citoyens les éléments de perspective, les capacités d'éclairage, la documentation et les possibilités de croisement pour garantir un accès aux plus de 3 millions d'heures de programmes dont elle dispose. Car laisser cette somme de documentation en l'état à chacun est une utopie : trop de savoir tue le savoir. Le savoir, c'est l'intermédiation, c'est la capacité à donner des éléments de discours, des éléments critiques, des points de vue, des regards pour permettre d'accéder à la connaissance à travers un certain chemin, certaines étapes. Mais il faut se souvenir qu'à ses débuts, la mémoire était une fonction parmi d'autres de l'institut. A l'intérieur de ce métier, il y avait toujours le tandem conservation et transmission.
Le dépôt légal de 1992 a fondamentalement modifié le travail d'archivage... (1)
Dépôt légal TV - salle de captation (c) INA, Droits réservés Auparavant, les archives de l'INA se géraient un peu comme les Archives nationales. L'INA a hérité de toutes les images stockées, certaines datant de 1926 (notamment les informations diffusées alors au cinéma). En tant que support physique, ce système est arrivé à son essoufflement maximal, du côté de la conservation aussi bien que de la transmission. Un livre, ça se feuillette, une bande vidéo ou un son nécessitent une intermédiation technique qui est contraignante. Dans le monde analogique, c'est une contrainte forte quand on possède 100 kilomètres de films. Seul le support numérique a réussi à résoudre ce double problème : donner une stabilité à l'archive et un accès plus souple. Cela ne signifie pas qu'il n'y a plus besoin d'intermédiation, mais le processus technique est bien plus fluide.
Justement, comment s'est déroulée cette entrée dans le monde numérique ?
C'est un peu le passage de la Mer Rouge. La mer se fend en deux. D'un côté, il y a la rive de l'analogique, de l'autre celle du numérique. C'est un moment assez rare dans une collection, la faire passer sur un autre support. C'est un grand chantier, prévu sur une quinzaine d'années. On est à peu près au milieu du chemin, on a fait le plus difficile. Le rythme est pris et la dynamique est là ; l'INA sera au rendez-vous de la promesse de la sauvegarde des archives fragiles ou en danger.
Techniquement, comment l'INA a-t-il pu amorcer un tel virage ?
C'est un processus complexe, nous sommes face à une multitude de supports, le film, le 16 mm, le 35 mm, de formats vidéo en tous genres, d'une volumétrie exceptionnelle aussi. L'INA est la plus grande collection d'archives du monde puisque la France a choisi, pour sauvegarder ses images télévisuelles, sa radio et demain Internet un dispositif assez centralisé. La source de difficulté est donc devenue, le numérique aidant, une force et une chance que l'entreprise a parfaitement su saisir.
(1) En 1992, le dépôt légal engage l'INA à collecter tous les programmes radio et télé hertziens. Elle se contentait, jusqu'alors, des seuls programmes de chaînes de télé et radio publiques.
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